jeudi 25 avril 2024

Karichma Ekoh (Erice, Italie) : « Je porte le voile et je joue avec, c’est personnel… »

À lire

Jean-Marc Azzola
Jean-Marc Azzola
Journaliste

Joueuse à fort caractère, Karichla Ekoh l’arrière droite de 24 ans (25 ans le 4 mars) assume ses choix forts. La native de Clichy, passée par Aulnay, Nantes, Besançon, Celles sur Belle, Fleury les Aubrais, St-Maur et Chambray, reste extrêmement ambitieuse alors qu’elle vient de quitter Chambray pour Erice en Italie. Entretien réalisé pour Handball Magazine et Le Quotidien du Sport.

Quelle est votre situation sportive actuelle ?

Je suis depuis janvier en Sicile et je porte les couleurs du club de Erice.

Pourquoi avoir quitté Chambray en cours de saison ?

A un moment donné, on ne vit pas pour les gens, mais pour ses objectifs et pour ce qu’on peut apporter ou non. Je pense que Mathieu Lanfranchi (le coach, Ndlr) n’a pas eu la franchise de me dire certaines choses, à savoir notamment qu’il ne me voyait pas dans son projet de jeu. Je m’en suis vraiment rendue compte quand on a effectué un déplacement et qu’on menait de plus 10. Tout le monde est rentré sauf moi ! Je me suis dit : soit tu ne sers plus à rien dans l’équipe soit tu déranges et tu es de trop.

J’ai donc préféré partir. Pourtant, j’avais un bon feeling avec les dirigeants. Mais je suis assez mature et responsable pour comprendre quand un coach a besoin de toi ou non. Il ne faut pas être dans le déni. J’ai alors fait mes valises. J’étais rentrée en contact avec de bons clubs français comme Metz, Paris, Nice, mais aussi des clubs à l’étranger. Cette opportunité italienne s’est présentée.

Pourquoi en France avec ces clubs cités cela ne s’est-il pas concrétisé ?

Pour la plupart, ils me voient comme quelqu’un d’ingérable, quelqu’un qui fait beaucoup de clubs sans finir ses contrats. Mais tant que les performances sont au rendez-vous… Une vie de sportive de haut niveau est faite de contrats, d’opportunités, de meilleurs rôles à tenir. Il faut que ces conditions soient réunies.

Mais avoir de la stabilité dans une carrière sportive, cela aide aussi non ?

Mais la stabilité cela veut dire quoi ? Je peux être très stable en alignant les performances. On pratique un sport collectif, mais si je n’éprouve aucun intérêt à rester quelque part pourquoi le faire ? C’est ma nature et je n’ai pas non plus papa et maman derrière moi. Prenons l’exemple de Fleury. J’y avais signé deux ans plus un. Je me sentais très bien dans ce club, je m’y étais bien installée. Quand on a été reléguées en deuxième division, cela m’a fait du mal.

A l’issue de la saison 2017/2018, vous avez été élue meilleure espoir du championnat de France. Etes-vous satisfaite de la trajectoire prise par votre carrière ?

On peut toujours mieux faire. Cependant, si j’avais pu éviter certaines choses je ne les aurais pas faites. Cela ne m’a pas aidée pour la suite.

« La fédération et l’IHF acceptent qu’on joue avec un voile »

De quoi parlez-vous ?

C’est toujours sensible de parler de Nantes. Mais quand cela s’est mal passé avec Monsieur Ponroy ainsi qu’avec les dirigeants du club à ce moment-là, on ne parlait pas des Neptunes, mais du Nantes Atlantique Handball. J’ai en particulier été victime de harcèlement dans ce club. On a davantage retenu le côté de la fille colérique qui en a eu marre plutôt que de s’arrêter vraiment sur le problème que je viens d’évoquer.

Après, quand le président Ponroy constitue un dossier contre toi et l’envoie à tous les présidents des clubs français, toute ta vie cela te suivra. Ce fichier sera enlevé quand je jouerai en Ligue des Champions avec un gros club ou alors quand depuis l’étranger je ferai parler de moi et je ferai fermer des bouches. On se dira alors que j’ai changé alors que c’est fait depuis longtemps. Je reste fière de mon parcours. Pourtant, je n’ai pas été entourée.

J’ai également appris de mes erreurs. Je vais déjà finir cette saison. Soit je vais continuer dans ce club où je me sens bien soit une opportunité meilleure se présentera, et je la saisirai. Je ne suis pas partie pour une vie de confort, mais pour jouer au plus haut niveau et disputer la Ligue des Champions. Et pour la gagner car c’est un objectif.

J’ai été championne d’Europe en 2017 (avec les U19), championne de France en 2021 (en deuxième division avec Celles-sur-Belle), vice-championne d’Afrique (2021 et 2022), MVP en équipe de France junior, j’ai eu des sélections A’. Bref, gagner la Ligue des Champions serait énorme. Mais avant de se projeter sur ce genre d’objectif je veux déjà devenir championne d’Italie.

Karichma Ekoh pas satisfaite avec les Bleues

Vous défendez les couleurs du Cameroun depuis 2021. N’y a-t-il pas eu un petit pincement au cœur de ne pas continuer à le faire avec l’équipe de France car vous avez brillé en espoir ?

Je suis partie jouer ma première sélection avec le Cameroun piquée dans mon orgueil. Il y avait certaines filles de mon âge qui étaient prises et pas moi alors que cela se passait bien pour moi. Je me suis alors dit : va prendre de l’expérience dans une sélection africaine et pourquoi pas le Cameroun. Mes parents sont camerounais. Je suis fière. J’ai fait ce que j’ai pu avec le Cameroun.

Où en êtes-vous avec la sélection camerounaise ?

Je ne sais pas ce qu’il en est vraiment. Il y a énormément de problèmes à régler. L’ancienne direction de la Fécahand a détourné des fonds. Il y a eu des impayés. Nous sommes toujours en attente de ce qui avait été dit et prévu à la base. Je ne suis pas bénévole. Mon seul gagne-pain est le hand. A partir du moment où on ne maintient pas ses dires, si cela ne me plaît pas, je bifurque. Je ne vais pas me détruire la santé pour cela.

Alors si demain j’ai l’opportunité de porter le maillot bleu, blanc, rouge, ce sera avec une grande fierté. Administrativement parlant, il faut attendre deux ans depuis fin 2022 quand cela s’est fini avec le Cameroun. Je serai alors à nouveau potentiellement sélectionnable. Défendre les couleurs tricolores serait magnifique. Vraiment symbolique et fort pour moi. Finir avec une sélection avant la fin de ma carrière ce serait beau.

Vous jouez avec un hijab, ce qui ne plaît pas à tout le monde…

Je porte le voile et je joue avec. C’est strictement personnel. Il n’y a aucune polémique. La Fédération et l’IHF l’acceptent. Cela a été décidé ainsi.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Actu

spot_img
spot_img

À lire aussi