dimanche 11 avril 2021

Le rugby français est-il sexiste ?

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Alors que seules quelques privilégiées peuvent bénéficier d’un statut de semi-professionnelles grâce au XV de France, la quasi-totalité des joueuses de rugby féminin sont toujours considérées comme amateures. Alors pourquoi les grands clubs masculins ne développent-ils pas plus les sections féminines ?

Ils ne sont que quatre clubs. Quatre clubs du Top 14 à avoir une section féminine qui évolue au plus haut niveau : le LOU, Montpellier, le Stade Français et le Stade Toulousain. Un club de Pro D2, Grenoble, a également une section féminine en Elite 1. L’équipe du Stade Rochelais évolue elle en Elite 2 féminine comme celle de l’USAP (Pro D2).

Pour la majorité des grands du rugby masculin à l’instar d’Agen, Brive ou Castres, les équipes féminines font partie de l’association, au même titre que les catégories jeunes. D’autres les ont délocalisées dans leur région comme l’ASM Clermont et son équipe de Romagnat, le Racing 92 avec le Racing Nanterre Rugby ou encore Pau et son partenariat avec Lons.

Le rugby féminin encore au statut d’association

Alors que le football commence de plus en plus à développer ses féminines, le rugby, lui, tourne au ralenti. Certains clubs n’ont d’ailleurs pas d’équipes féminines. Le président du Stade Montois

Jean-Robert Cazeaux a son explication : « On ne s’y est pas mis. Aujourd’hui, le rugby professionnel en France est développé par la LNR. Tant que les clubs professionnels ne s’engagent pas dans un processus de formation de joueuses de niveau professionnel, on n’aura que l’équipe de France.

Pour structurer le championnat féminin, sans dévoiler de secret, ce sera sûrement dans le prochain mandat du président de la Ligue pour trouver comment développer ce rugby féminin. Rien ne se fait sans moyens. On n’était peut-être pas encore prêts, mais on fera tous les efforts pour y arriver.

Pour le moment, je n’en ai pas les moyens financiers pour le développer à Mont-de-Marsan. On a une section féminine au club. On est très impliqués pour rebâtir une structure autour de ce rugby féminin en associant des clubs aux alentours. Il y a moins de potentiel humain que chez les garçons, mais on essaie de le renforcer. On espère pouvoir relancer une équipe un jour au plus haut niveau. Ce sera la première marche avant autre chose. Le rugby professionnel viendra de la part de la Ligue ».

La France en retard sur le Rugby féminin

Jusqu’en 2020, Valentine Guidicelli évoluait sous les couleurs d’un RC Toulon en sous-effectif. Malgré les demandes de recrutement, le comité de direction n’a pas agi. Après ce manque de considération, la joueuse de 34 ans a alors décidé de faire ses valises avec ses partenaires et de créer la section féminine du Racing club Pradétan.

« Dans les mentalités des personnes en général, le rugby est un sport masculin. La majorité des gens n’ont pas envie de voir un sport qu’ils jugent violent joué par des femmes. Alors que le rugby féminin n’a rien avoir avec le rugby masculin. Il est beaucoup plus rapide avec beaucoup moins de contact. »

Et si la première division est presque entièrement composée de joueuses « amateures », c’est la branche féminine du Montpellier Hérault Rugby (en fait de l’Association Montpellier Rugby Club) qui domine les débats avec trois titres consécutivement remportés, soit le huitième depuis sa création.

Des budgets minimes entre 80 000 et 250 000 €

Les hommes, de leurs côtés, continuent en revanche de courir après un premier sacre en Top 14 malgré les moyens mis par leur président Mohed Altrad… Une chose est sûre : le développement du rugby féminin est freiné par un facteur des plus importants : son budget. Ainsi, le Stade Olympique Villelonguet, qui évoluait encore en Elite 1 en 2019, avait un capital de seulement 80 000 euros.

Les clubs les mieux lotis atteignent, quant à eux, les 250 000 euros au maximum. Difficile de professionnaliser une discipline avec des sommes aussi peu conséquentes. Au total, une vingtaine de joueuses françaises seulement sont considérées comme semi-professionnelles.

La FFR prend en charge leurs contrats depuis 2018 pour un salaire moyen de 2000 euros par mois, et offre un emploi du temps aménagé avec des entraînements supplémentaires. Ancienne joueuse du XV de France, Anaïs Lagougine est, depuis cinq ans, coach adjointe du Stade Français féminin.

« Le rugby féminin n’a pas les moyens financiers d’assurer un groupe de 30 joueuses. On a du mal à assurer des sponsors, des médias, des partenaires car les oppositions ne sont pas encore de bonne qualité. On peut commencer par professionnaliser un staff. Les associations, qui gèrent les équipes féminines, sont limitées financièrement. Les clubs pros devront accompagner les équipes féminines vers le très haut niveau. »

Le rugby féminin manque d’exposition médiatique

Aujourd’hui, aucune chaîne ne retransmet de matches de l’Elite 1. Seules les rencontres du Tournoi des VI Nations sont assurées par le groupe France Télévisions. Les grands clubs français aux sections féminines plus développées que la moyenne ont les clés pour faire avancer la situation. Mais selon Valentine Guidicelli, des avancées majeures ne sont pas à prévoir à court terme.

« Il faudra attendre une dizaine d’années pour assister à une professionnalisation du rugby féminin. Il faudrait déjà professionnaliser l’ensemble des joueuses de l’équipe de France avec des contrats à temps plein, et non plus à mi-temps. Ce serait déjà un grand pas. Après, on pourra parler de professionnaliser au moins les deux premières divisions. Mais ce sera vraiment pour plus tard. »

Un sentiment partagé par Anaïs Lagougine qui souhaite un »encadrement prioritairement formé et surtout professionnalisé. »Le rugby féminin est selon l’ancienne joueuse du XV de France »à court de temps. »Le constat est assez simple.

« Pour la plupart, on est salariés d’un travail en marge. Mettre des filles sans contrat, mais sans pouvoir les encadrer, je n’en vois pas l’intérêt. Si les finances étaient là, on arriverait sûrement à mieux gérer l’encadrement avec la mise sous contrat de quelques filles. Ce serait déjà un bon début. » Dans le flou total, le rugby féminin avance doucement sur le chemin de la professionnalisation. Alors que des progrès se font sentir, notamment dans le XV de France, les joueuses espèrent toujours et encore pouvoir vivre pleinement leur passion, histoire d’imiter définitivement les équipes masculines.

Oscar Bertrand

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