jeudi 2 février 2023

1995 : les handballeurs français donnent tort à leur propre entraîneur !

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Frédéric Denat
Frédéric Denat
Journaliste

Bronzés aux JO de Barcelone en 1992, finalistes malheureux du Mondial 1993, c’est en Islande en 1995 que les Barjots offraient à la France sa première grande compétition internationale. L’année où, peut-être, on les attendait le moins. Paroles de Daniel Costantini, leur sélectionneur… Entretien réalisé pour Handball Magazine et Le Quotidien du Sport.

Aquelques secondes près, jamais Anquetil, Lathoud, Kervadec, Delattre, Monthurel, Mahé, Quintin, Munier, Stoecklin, Volle, Richardson et Martini ne seraient entrés dans la légende du hand et, au-delà, des sports collectifs français. Il s’en est effectivement fallu d’un petit but inscrit en fin de match face au Danemark, en match de poule.

« Dès le début de la compétition, nous n’étions pas bien dans nos baskets, se souvient Daniel Costantini, le sélectionneur. Sur les cinq matches du groupe, nous en perdons deux (Allemagne et Roumanie) et nous en gagnons trois dont un d’un but seulement, pour ce qu’on a appelé le miracle du Danemark (22-21). Sans cette victoire, on rentrait à la maison. »

Daniel Costantini ne croit pas aux chances des Bleus en début de mondial

Eu égard aux difficultés rencontrées lors des premiers matches de ce Mondial islandais disputé pour la première fois sur une première phase de cinq matches de poule, qualificative pour les 8èmes de finale, il eut été presque logique que l’aventure s’arrête là pour les Bronzés de Barcelone, les finalistes mondiaux de 1993.

« Mais il en allait ainsi de cette équipe de France, reconnait Costantini, qu’elle mettait du temps à entrer dans la compétition. En 1993 déjà, avant d’aller en finale, on s’était inclinés face à la Suisse alors qu’on restait sur une série de 14 victoires d’affilée contre elle. »

Arrivé en Islande sans sept majeur, avec pas mal d’incertitudes, le sélectionneur avait beaucoup modifié ses compositions d’équipe, ce qui avait fragilisé le collectif. Malgré tout, en passant par un trou de souris, les Bleus retrouvaient l’Espagne de Dujshebaev (le Russe tout juste naturalisé espagnol) en 8èmes de finale.

 « En finale, à lui seul Richardson a empêché la Croatie de réciter son handball »

« On les battait régulièrement, on les avait éliminés chez eux aux JO de Barcelone, mais on se disait qu’un jour ou l’autre la série allait finir par s’arrêter, poursuit Costantini. »

« Et c’est dans cette position d’outsider, avec la crainte de de l’élimination directe, que le groupe a su se mobiliser alors que je m’étais privé de Gardent, de Perreux et de Gaudin, trois titulaires habituels. A partir de là, on a montré un autre visage. Mais en n’étant que 3ème de notre groupe, nous avions dû nous expatrier dans le nord de l’île. Je me souviens qu’en montant dans notre petit avion avec interdiction d’emporter plus de 10 kilos de bagages par membre de notre petite délégation, on était dans nos petits souliers ! »

Dans un groupe divisé par la rivalité entre les joueurs de Marseille Vitrolles et du PSG, l’initiative de Denis Lathoud d’organiser une réunion de crise, sans le staff, avait permis de crever l’abcès et de créer une sorte d’électro-choc. Les Espagnols battus (23-20), « le plus dur était fait », la suite allait être plus conforme au talent d’une équipe hors norme, mais qui avait besoin « d’avoir la trouille, d’être au pied du mur, pour se mobiliser, sinon elle se contentait de l’à peu près. »

La Suisse expédiée (28-18) en quarts, l’Allemagne dominée en demi (22-20), il ne restait que l’obstacle croate en finale.

Une Équipe de France au talent inédit

« On les connaissait par coeur, beaucoup de joueurs de l’ex-Yougoslavie jouaient chez nous. Là encore, le respect qu’ils nous inspiraient et leur position de favoris, parce qu’ils avaient facilement battu la Suède en demi, allant jusqu’à mener de 11 buts à la pause, ont joué en notre faveur. C’est en outsider qu’on a abordé cette finale, en outsider qu’on l’a maîtrisée, avec 7 joueurs sur 12 qui ont été à leur top niveau. »

Adepte d’un système en 3-2-1, déboussolée par l’activité défensive de Jackson Richardson « à lui seul il a empêché les Croates de réciter leur handball » -, la Croatie a eu beau changer trois fois de schéma tactique, rien n’y fit. Deux ans avant le triomphe des Bleus de Jacquet en 1998, ceux de Costantini offraient un premier sacre mondial au sport collectif français.

« Même si ce succès a un peu tapé sur le citron de certains Barjots, rigole 27 ans après le coach marseillais, cette victoire est la récompense d’un travail amorcé à la fin des années 80 quand les mêmes joueurs qui ont gagné en Islande ont accepté de s’entraîner deux fois plus. J’avais vécu ça comme un aboutissement ».

Avec le recul, on peut aussi considérer que le succès des Barjots a eu des effets positifs sur l’ensemble du sport français en le débarrassant définitivement de ses complexes passés. « Nous n’étions plus les Poulidor du sport mondial ! »

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