jeudi 29 septembre 2022

Adil Rami : « Je suis franc, un peu fou, j’ai le caractère qu’il faut pour l’OM »

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Frédéric Denat
Frédéric Denat
Journaliste

Adil Rami, ancien joueur de l’Olympique de Marseille actuellement à Boavista au Portugal se livre sans langue de bois. Une philosophie que le champion du monde 2018 a toujours souhaité garder. Il a notamment rejoint les rangs de RMC dans l’émission « Top of the Foot » en tant que consultant. Entretien.

Tout d’abord, comment allez-vous ? Sportivement, où en êtes-vous ?

Je suis très heureux, ici à Porto, où j’apprécie les conditions dans lesquelles je peux continuer à exercer mon métier, ma passion. Petit à petit, je retrouve la confiance même si la Covid ralentit le processus. Je suis venu ici pour encadrer les jeunes. Les dirigeants et le coach me font confiance pour ça, être un leader sur le terrain et dans le vestiaire.

J’adore ce rôle de grand frère et ils aiment la manière avec laquelle je me comporte, comment je parle aux joueurs, l’exemple que je peux leur donner à l’entraînement. Franchement, je me régale. Après deux années difficiles, je sens beaucoup de respect autour de moi, ça me change et ça me fait du bien.

Comment jugez-vous le groupe ?

Le groupe est jeune, avec une grosse marge de progression et 19 nouveaux joueurs à intégrer dont la plupart entre 19 et 22 ans. Je leur ai dit de ne pas paniquer, d’avoir confiance. Le potentiel est là, et les défaites se dessinent souvent dans les dernières minutes.

Plus que tout, j’ai eu un vrai coup de cœur pour Luis Campos, grâce à qui je suis ici cette saison, et je veux absolument lui renvoyer cette confiance. Lui ne s’est pas laissé influencer par les rumeurs infondées venues de France, de Marseille précisément. Il connaît mes qualités et d’abord celle d’être quelqu’un d’entier et d’honnête. Partout où j’ai joué j’ai toujours été le même, avec une attitude de leader qui agit toujours pour le bien de l’équipe.

« Je regrette uniquement de ne pas avoir eu la possibilité de remonter la pente après la Coupe du monde »

Avec le recul, que retenez-vous de vos deux saisons à l’OM ?

Beaucoup de choses positives avec une finale de Ligue Europa et la Coupe du monde qui a suivi. Il y a eu des hauts, mais aussi des bas. Le problème, c’est que je n’ai pas pu intervenir pour agir sur ces moments difficiles qui font partie d’une carrière. Je n’ai pas pu me rattraper, montrer aux supporteurs que je pouvais réagir et revenir à mon meilleur niveau.

Sans l’OM, vous n’auriez certainement pas été champion du monde…

Attendez… vous parlez du FC Séville là, pas de n’importe quel club ! Avant de signer à l’OM, je venais de faire deux grosses saisons en Liga, on s’était qualifié pour la Ligue des Champions et ils ne voulaient pas me laisser partir. C’est moi qui voulais jouer à l’OM alors que le club andalou reste plus huppé et compétitif. Aujourd’hui encore. Je pense donc que j’aurais quand même pu être champion du monde…

Regrettez-vous d’être venu à l’OM ?

Je regrette uniquement de ne pas avoir eu la possibilité de remonter la pente après la Coupe du monde. Je regrette de ne pas avoir insisté pour avoir quinze jours de préparation physique de plus après le Mondial alors que j’en avais besoin, que mon corps et ma tête en avaient besoin.

« Villas-Boas, voilà un coach avec qui j’aurais aimé travailler »

Que pensez-vous de l’OM de Villas-Boas ?

Voilà un coach avec qui j’aurais aimé travailler. L’OM de Villas Boas évolue avec un bloc plus défensif, plus bas, avec l’aide des milieux de terrain, ce qui m’aurait permis d’être plus efficace. Avec Garcia, à la fin, on ne savait pas presser, on le faisait à contre-temps, on laissait trop d’espace. Même s’ils ne parviennent pas à emballer les matches, depuis un an et demi on sent quand même un groupe compact. J’aurais été bien dans ce collectif.

Avez-vous gardé des liens avec l’OM ?

On s’appelle parfois avec des gens du club, ceux qui font la part des choses et me connaissent vraiment. Je sais que beaucoup ont été peinés du fait de mon départ, et des conditions dans lesquelles il est intervenu. Pourtant, je pense toujours que j’étais fait pour un club comme l’OM. Je suis franc et un peu fou, j’ai le caractère qu’il faut.

L’histoire n’est peut-être pas finie ?

Marseille est une ville de foot, pourquoi pas… mais en l’état actuel des choses, c’est difficile de l’imaginer.

Si vous n’aviez qu’un moment à garder en souvenir de ces 75 matches avec l’OM ?

Le but que je marque face à Monaco en janvier 2018 (2-2, 23ème journée, Ndlr), parce que j’égalisais pour un match au sommet au Vélodrome. Ce but m’a fait énormément de bien. En plus, sa conception m’a beaucoup plu parce que j’étais au départ de l’action avant d’être à sa conclusion.

Au contraire, quel moment aimeriez-vous oublier ?

La dernière année, celle où le club m’a laissé tomber avec ce jour où j’ai reçu le courrier du président. Je ne m’y attendais pas.

« Je suis franc, un peu fou, j’ai le caractère qu’il faut pour l’OM »

Vous connaissez la motivation de ce licenciement, avant tout lié à l’obligation de réduire la masse salariale. Qu’auriez-vous fait à la place du président ?

Je sais tout ça. Lorsqu’on nous a remis la Légion d’Honneur, j’ai eu une discussion avec lui. Je lui ai dit que j’étais lucide et conscient d’avoir fait une moins bonne saison que la précédente, mais que j’étais aussi plus motivé que jamais pour remonter la pente. Je lui ai parlé des problèmes avec Garcia, de mon statut dans le groupe, de ce qu’il fallait essayer d’améliorer.

J’étais dans une approche constructive. Et il avait apprécié ce discours, ma démarche. Il m’a dit, « ok, je vois ça avec le nouveau coach ». En même temps, j’ai été franc. Derrière, j’ai plus de nouvelles avant de recevoir ce courrier (lettre de licenciement, Ndlr).

« J’ai pris un coup que je n’ai pas vu venir mais, aujourd’hui, je suis très bien entouré »

Vous pensez que cette histoire a refroidi certains clubs ?

Cette histoire comme vous dites a entaché ma carrière. Beaucoup de clubs qui étaient intéressés ont baissé les bras à cause de ces mauvais échos. J’ai dû m’exiler, en Turquie, où j’ai kiffé, puis en Russie, où on a subi de plein fouet les effets de la première crise de la Covid. Maintenant, au Portugal, je me régale.

On vous sent encore très marqué par cet épisode.

J’ai pris un coup que je n’ai pas vu venir mais, aujourd’hui, je suis très bien entouré dans un bon club avec de bons gars et un cadre qui me motivent énormément.

Et un nouveau rôle de consultant radio… Est-ce, à 35 ans, l’ébauche d’une reconversion ?

On verra bien… Pour moi, RMC a toujours été la Ligue des Champions de la radio ! Là encore, j’ai accepté leur offre car je me sens suffisamment bien encadré pour pouvoir le faire dans de bonnes conditions. En l’absence de Ligue des Champions ou de Ligue Europa avec Boavista, j’ai pas mal de temps libre après les entraînements.

Vous pourriez aussi passer vos diplômes de coach ?

Je vais les passer, mais pas tout de suite. Je ne pense pas être encore suffisamment assagi pour envisager d’être coach un jour. Mon discours n’est pas assez formaté. Disons que, pour le moment, il correspond davantage à celui d’un consultant radio.

Il y a dix ans, vous attaquiez votre cinquième et dernière saison à Lille. Dans dix ans, où aimeriez-vous être ?

Quand j’y pense, c’est fou ce destin ! Et dix ans avant j’étais encore à Fréjus… Si on m’avait dit ça, je ne l’aurais pas cru. J’aimerais beaucoup aller promouvoir le football aux Etats-Unis. Avec cet accent que les Américains aiment tant, je pense que je pourrais avoir un discours efficace pour aider au développement du soccer, à la radio ou ailleurs…


Rami se confie dans son livre « autopsie »

À la lecture d’un livre dont il est le sujet principal, mais qui a été écrit par Géraldine Maillet, la compagne de Daniel Riolo, Adil Rami avoue avoir « beaucoup pleuré » parce qu’il a pris conscience de tout le chemin parcouru. Ce travail d’introspection était d’autant plus nécessaire pour Adil Rami qu’il a un caractère entier, pas le style à anticiper ou à baliser sa vie, sa carrière de footballeur, plutôt à croquer les deux à pleines dents.

De Fréjus à Porto, en passant par Lille, Milan, Séville, Marseille, mais aussi la Russie ou la Turquie, le champion du monde revient dans « Autopsie » (éditions Hugo Sports) sur un parcours aussi exceptionnel qu’atypique, révélant les coulisses d’un milieu qui l’a fait roi, mais sans jamais lui faire de cadeaux. À la manière d’Eric Di Meco dans le Foot Marseille, le champion du monde livre ses impressions.

Au fil des pages, les anecdotes fleurissent qui disent beaucoup sur l’hyper sensibilité d’un homme, ses forces et ses faiblesses, souvent enfouies derrière son éternel sourire de façade. Mieux comprendre qui il est, d’où il vient, pour mieux juger sa carrière et tout le chemin qu’il a parcouru jusqu’à toucher les étoiles, une étoile. La sienne.

« Autopsie », d’Adil Rami, avec Géraldine Maillet, éditions Hugo Sports, 19,85€

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