dimanche 21 avril 2024

EXCLUSIF – Alain Giresse : “Un entraîneur du PSG n’est pas un vrai entraîneur”

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Nous avons eu le plaisir de parler à Alain Giresse juste avant son départ pour le Kosovo, où il va poursuivre sa passionnante mission pour le développement de cette jeune sélection. L’occasion d’évoquer son rôle de sélectionneur, mais aussi Christophe Galtier et les Girondins de Bordeaux.

Alain, vous êtes sélectionneur du Kosovo, ce n’est pas le même métier que celui de Didier Deschamps avec les Bleus…

Disons que la façon de le faire n’est pas exactement la même. Notamment en ce qui concerne le suivi des joueurs. Si les Bleus ne jouent pas en France pour la majorité, ils ont une visibilité qui permet à Didier de les suivre. Pour le Kosovo, c’est plus compliqué.

Le fait d’être un pays neuf et surtout d’être affilié à la FIFA depuis seulement six ans, accentue encore le problème…

Comme vous le savez, ce pays est né de l’éclatement de la Yougoslavie. La sélection n’existe officiellement que depuis six ans. Pendant la guerre, beaucoup de Kosovars ont fui et se son installés dans des pays européens, où ils ont commencé par fréquenter les équipes de jeunes. C’est le cas de Shaqiri par exemple, qui a choisi la sélection suisse, mais qui aurait pu jouer pour le Kosovo.

« Je me rappelle d’avoir sélectionné un joueur qui revenait pour la première fois dans son pays d’origine ».

Aujourd’hui, trouver ces joueurs qui pourront faire progresser votre équipe, c’est votre priorité ?

Pas la priorité, non, mais un élément important. Prenez le deuxième gardien de Francfort par exemple (ndlr : Diant Ramaj, né en 2001), il est d’origine kosovare, mais il est international allemand dans les équipes de jeunes. Il y en a beaucoup comme lui. Ce n’est pas évident de les convaincre de porter les couleurs de leur pays d’origine. C’est un phénomène, que j’ai beaucoup rencontrer en Afrique, pas évident à régler. Je me rappelle d’avoir sélectionné un joueur qui revenait pour la première fois dans son pays d’origine. Il avait grandi en France, il avait la culture française et revenait pour la première fois en Afrique pour jouer avec la sélection de ses origines.

Que pensez-vous des propos de José Mourinho qui veut du changement à la FIFA pour que les talents africains jouent pour leur pays ?

C’est un débat compliqué. On demande aux gens d’origines étrangères de s’intégrer au mieux à la culture du pays dans lequel ils vivent, ce n’est pas pour les obliger à jouer pour leur pays d’origine. Quand j’étais sélectionneur du Mali, on me parlait de Kanté, Sissoko, Sidibé… Je répondais que ces joueurs sont nés en France, ils sont imprégnés de la culture française.

Aujourd’hui, avec ou sans ces joueurs, quelle est votre ambition avec le Kosovo ?

L’ambition, c’est de faire progresser l’équipe. C’est un petit pays tout neuf, une sélection qui a six ans…

« Aller à l’Euro, ça reste du domaine du rêve… »

L’objectif, c’est une qualification pour l’Euro 2024 ?

Aller à l’Euro, ça reste du domaine du rêve… On va bien voir le tirage en octobre (ndlr : le tirage au sort des groupes pour les éliminatoires aura lieu le 9 octobre), mais on ne sera pas favori… (sourire)

Ce n’est pas frustrant de savoir qu’on ne gagnera jamais rien, ni même que l’on ne participera pas à une grande compétition internationale ?

Quand je suis arrivé en poste en Tunisie (ndlr : Alain Giresse a été sélectionneur de la Tunisie entre 2018 et 2019), un journaliste m’a fait remarquer que je n’avais jamais rien gagné. Mais je n’ai jamais laissé une sélection en ruine, bien au contraire même. Quand je suis arrivé au Gabon par exemple (ndlr : 2006/2010), l’équipe était 156ème au classement FIFA, et quand je suis parti, elle était 40ème. C’est le résultat du bon travail effectué.

Il faut être patient, avec le Kosovo aujourd’hui, comme cela a pu être le cas avec les sélections africaines. En 2019, j’ai perdu en demi-finale de la CAN, avec la Tunisie contre mon ancienne équipe, le Sénégal. Aliou Cissé m’a rendu hommage en expliquant que la finale qu’il allait jouer contre l’Algérie (ndlr : victoire de l’Algérie), c ‘était aussi la mienne car j’avais posé les bases de l’équipe.

Ça ne remplace pas les titres…

Mais vous savez, les titres ne se gagnent pas sans très bons joueurs.

« Quand on entraine le PSG, on n’est pas un vrai entraineur, on est surtout un manager ! »

Rolland Courbis dit qu’un bon entraineur, c’est celui qui sait tirer le maximum de son groupe…

Oui, ça c’est un bon entraineurs. Les grands entraineurs, ce sont ceux à qui ont donnent le possibilité de gagner des titres… Mourinho, Guardiola, Ancelotti… ils ne gagnent pas avec n’importe quels joueurs !

Tout le monde n’est pas certain de savoir diriger des grands joueurs non plus… On se posait la question pour Christophe Galtier par exemple…

Mais quand on entraine le PSG, on n’est pas un vrai entraineur, on est surtout un manager ! Quand vous avez un Neymar dans les dispositions actuelles, Messi, Mbappé… ça vous facilite la tâche.

Un mot sur les Girondins pour terminer. Vous avez été soulagé de voir le club continuer en Ligue 2 ?

Soulagé, oui, car le club a failli disparaître. Il est toujours en vie ! Maintenant, il faut rester très prudent. Les Girondins étaient dans une situation financière compliquée, mais aussi dans une très mauvaise situation sportive. N’oublions pas qu’ils ont terminé 20èmes de Ligue 1 et qu’ils étaient déjà dans une situation très compliquée après être passés entre les mains du fonds d’investissement américain. Il va falloir du temps pour que le club remonte la pente.

« Bordeaux est toujours en vie, mais il faut rester prudent »

N’avez-vous pas peur justement que Gérard Lopez ne prenne pas le temps ?

Mais il n’a pas le choix. S’il veut redonner de la valeur au club, ça doit passer par des résultats. Pour ça, les Girondins doivent d’abord se reconstruire. Peut-être pas remonter dès cette saison, mais poser des bases saines.

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