lundi 15 juillet 2024

ASSE : un géant qui ne demande qu’à être réveillé

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Frédéric Denat
Frédéric Denat
Journaliste

Le 18 août, c’est à Monaco que les Verts disputeront leur 2533ème match de Ligue 1 pour entamer leur 70ème saison dans l’élite, la première sous pavillon étranger.

C’est la cinquième fois que les verts remontent en Ligue 1 depuis 50 ans. En 1962, après une seule saison en D2, en 1986 après l’affaire de la caisse noire et deux saisons de puragtoire en 1999 et en 2004, chaque fois, trois ans après la déscente, et donc en 2024.

Au pire, l’ASSE sera restée trois ans d’affilée dans l’antichambre de l’élite, une éternité pour les supporteurs, surtout, une incontestable capacité à se remobiliser qui a toujours permis au club de rebondir vite. Cette année, cette inexorable remontée s’est accompagnée d’une vente qui ne l’était pas moins. Dans les tuyaux depuis cinq ans, elle a fini par se concrétiser surtout grâce à la persévérance de l’ancien président du Conseil de surveillance de l’ASSE.

« Roland (Romeyer) était réticent, aujourd’hui que les droits TV sont en nette baisse, il me bénit tous les jours », nous dit, soulagé, Bernard Caïazzo. Après avoir refusé plusieurs offres (1), il nous explique pourquoi il a accepté celle de Kilmer Sports Ventures, société appartenant au richissime homme d’affaires canadien Larry Tanenbaun et présidée par le Sud-Africain Ivan Gazidis.

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Caïazzo, le grand artisan de la vente de l’ASSE

« Le but n’était pas de trouver un actionnaire qui emprunte des millions d’euros et place le club en difficulté comme on le voit dans trop de clubs français. La réalité économique fait qu’aujourd’hui tous les clubs français qui n’ont pas un actionnaire milliardaire sont en grand danger. »

Les temps sont effectivement difficiles pour « les entrepreneurs français qui ont fait fortune et qui aiment le foot, Il n’y a plus de place pour eux. Au Havre, à Reims, à Montpellier, à Brest et même à Nantes où Kita a dilapidé un tiers de sa fortune, les pertes vont se chiffrer à plusieurs milliers d’euros. La seule solution sera de vendre des joueurs. »

Co-propriétaire des Verts depuis 20 ans, l’ancien président de Premier Ligue, le syndicat des clubs français, qui ne se retrouve plus dans ce professionnalisme désormais dirigé par des « présidents qui ne connaissent rien de l’histoire du foot, qui n’ont aucune culture de ce sport », se félicite d’être tombé sur des acheteurs « aux grandes valeurs humaines » qui ont accepté de conserver la même direction (le triumvirat Jean-François Soucasse, président exécutif, Loïc Perrin, directeur sportif, et Samuel Rustem, directeur général adjoint en charge des activités sportives), de n’effectuer aucun licenciement tout en apportant leur grande expérience managériale dans le domaine du sport et leurs importants moyens financiers.

« 10 M€ de bonus avec la montée en L1 »

« On me reproche de ne pas avoir vendu cher, c’est peut-être vrai, mais avec le système des bonus, ça peut vite monter (on parle d’une vente autour de 20 M€ plus 10 M€ avec la montée en L1 et d’autres bonus liés aux performances futures de l’équipe, Ndlr) et, surtout, je ne voulais pas vendre à des hommes d’affaires sans foi ni loi comme il y en a beaucoup aux Etats-Unis. Pour m’assurer que ce n’était pas le cas, j’ai pris le taureau par les cornes et je me suis déplacé à Toronto, à Miami, à New-York pour rencontrer les gens en tête à tête. Il n’y a que comme ça, face à face, qu’on peut voir à qui on a affaire. »

En route pour l’Allemagne où il ne voulait manquer aucun match des Bleus, Bernard Caïazzo continue de se justifier : « Economiquement et socialement, il y a eu suffisamment de casse comme ça à Saint-Etienne ces derniers temps. L’objectif était davantage de trouver un repreneur crédible que de gagner quelques millions d’euros de plus à titre personnel au risque de mettre, à terme, le club en danger avec tous ses salariés. »

« Ils ont compris qu’elle était la dimension historique et sociale de l’ASSE, un géant qui ne demande qu’à être réveillé, et c’est aussi pour ça qu’ils sont là alors qu’ils pourraient être à Chelsea. En L2 comme en L1… si le prix d’achat était différent, leur engagement était le même, la preuve de leur attachement au projet. »

« Tous les clubs français qui n’ont pas un actionnaire milliardaire sont en grand danger »

Dès le lendemain du rachat, une fois Ivan Gazidis, « un homme de parole », reparti, les deux vice-présidents exécutifs en charge du football chez Kilmer Sports, Huss Fahmy (spécialiste data) et Jaeson Rosenfeld (négociateur et expert en conception de contrats), incarnations des nouveaux propriétaires, n’ont pas tardé à se mettre au travail pour bâtir l’effectif de la saison prochaine en relation immédiate et directe avec Jean-François Soucasse ;

« Un mec droit et compétent qui a mis la tête dans le guidon et s’est occupé du quotidien du club, tient à ajouter Caïazzo. Une fois qu’il a adhéré au projet, on a tous été dans la même direction, chacun dans son rôle. Lui a joué le sien à la perfection. Et je lui sais gré d’avoir convaincu Roland (Romeyer), de lui avoir fait prendre conscience que le moment était venu de vendre au risque de plonger le club dans une grande incertitude. »

Près d’un siècle après Pierre Guichard, le premier président de l’ASSE, Ivan Gazidis est donc le dix-huitième, le premier étranger également qui arrive dans le Forez avec une belle carte de visite. Directeur général d’Arsenal pendant dix ans (20082018), président du Milan AC entre 2018 et 2022, il est aussi et surtout le représentant de Kilmer Sports Ventures, déjà présent dans le hockey (Maples Leafs de Toronto), le basket (Raptors de Toronto) et le football (Toronto FC en MLS et les Argonauts de Toronto en ligue canadienne).

Passée sous pavillon canadien, l’ASSE appartient désormais à Larry Tanenbaum. Le peuple vert s’y fera d’autant plus facilement si les joueurs de Dall’Oglio conservent leur belle dynamique de 2024 pour ouvrir une nouvelle page dans la grande histoire de l’AS Saint-Etienne.

(1) L’Américain David Blitzer, le Russe Sergeï Lomakin, les Français Jacques Pauly et Olivier Markarian, le prince cambodgien Norodom Ravichak.

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