jeudi 29 septembre 2022

Bernard Tapie ou les folles années de gloire de l’OM

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Frédéric Denat
Frédéric Denat
Journaliste

Il y a 30 ans, l’OM était au zénith de sa force, avec un troisième titre de champion de France d’affilée, une première finale de Ligue des Champions qui annonçait le sacre de 1993… et la chute qui allait suivre. De la reprise en 1986 à l’implosion en 1994, retour sur les années Bernard Tapie.

Mi-avril 1984, quand Bernard Tapie arrive à la tête de l’OM, il hérite d’une situation sportive pas franchement rassurante. Après avoir évité de justesse la relégation la saison précédente, les joueurs d’Olarevic n’ont toujours pas assuré leur maintien.

Pourtant, la flamme persiste, comme requinquée par la perspective d’un nouvel élan. La finale de la Coupe de France est le premier événement vécu par le nouveau boss. Face à l’équipe phare des années 80, les Girondins de Jacquet emmenés par Giresse, Tigana, Lacombe, Battiston… les coéquipiers de Bell, parmi lesquels quelques minots comme Anigo, Galtier, ou Di Meco, le seul qui parviendra à monter dans le train, se hissent au niveau.

La reprise : « Bernard Tapie ne voulait pas perdre de temps » 

En marquant le but décisif en feuille morte dans les prolongations, Giresse ne le savait pas encore, mais il serait de l’autre côté un an après pour l’acte II, meneur de jeu de la première équipe version Tapie, managée par Michel Hidalgo et entraînée par Gérard Banide.

« Avec Domergue, Genghini, Papin… et le duo Hidalgo-Banide, on retrouvait des repères de l’équipe de France, se souvient Giresse. Tapie ne voulait pas perdre de temps et avait pris ceux qu’il considérait comme les meilleurs du moment, notamment Förster, mais aussi Sliskovic.

On avait rivalisé toute la saison avec Bordeaux avant de s’effondrer. A titre personnel, cette finale avait été très difficile à vivre tellement elle avait ravivé les circonstances de mon départ de Bordeaux. » 

A l’instar de ce qui allait se produire au niveau européen quelques années plus tard, Tapie allait tirer les leçons de ces deux premières finales perdues. Le retour européen en Coupe des vainqueurs de coupe allait lui permettre de peaufiner sa stratégie jusqu’à une demi-finale de prestige face à l’Ajax qui, malgré l’élimination, annonçait des jours meilleurs.

En éliminant Leipzig, finaliste en titre, l’Hajduk Split dans des conditions difficiles (le match retour arrêté en raison de mouvements de foule), en s’imposant à Amsterdam 2-1 (après avoir cédé 0-3 à domicile), l’OM s’invitait parmi les meilleurs clubs d’Europe, onze années après sa dernière incartade en C2 également face à Southampton. L’élan était donné…

La montée en puissance : «  On aurait pu gagner la C1 en 1990 et en 1991 ! » 

Avec toujours cette ambition suprême assénée dès son arrivée par Tapie; gagner la coupe aux grandes oreilles, être le premier club français à la soulever, encore fallait-il d’abord être maître en France, en terminer avec la domination du Bordeaux de Bez, résister au Monaco de Wenger autant que s’affirmer face à la rivalité naissante avec le PSG de Canal+.

La saison 1988/1989 allait permettre de franchir ce palier, grâce à un doublé obtenu de haute lutte devant le PSG en championnat (quel but de Sauzée !), face à Monaco en Coupe de France au cours d’une des plus belles finales de l’histoire (4-3) marquée du talent de JPP. Le train était lancé, encore fallait-il lui permettre de voyager loin sans perdre de sa vitesse.

Le début des années 90 : l’OM apprend à gagner avec Bernard Tapie

Pour ça, le boss sortait les grands moyens pour renforcer une équipe qui n’avait pas joué de Coupe d’Europe et qu’il sentait encore trop tendre. En recrutant Mozer, Sauzée, Amoros, Tigana, Waddle, Francescoli, Deschamps ou Germain, et en tentant même Maradona, il offrait à Gili ce qui se faisait de mieux sur la planète football en Europe.

« J’arrivais de Monaco, j’avais 27 ans et se retrouver dans un club aussi ambitieux était ce qui pouvait m’arriver de mieux, nous dit Manuel Amoros. Le club sortait d’un doublé, mais Tapie nous faisait bien comprendre que ça ne suffisait pas, que le but ultime était l’Europe. »

Tout en maintenant une main de fer sur le championnat de France, l’OM allait donc s’atteler à la tâche et buter une première fois sur Benfica en demifinale, avant de trébucher une deuxième fois l’année suivante en finale face à l’Etoile Rouge de Belgrade.

« A une époque où les clubs français ne parvenaient pas à aller très loin, se retrouver en demi-finale puis en finale, c’était déjà beau, se persuade Amoros trente ans après. Et dans les deux cas, nous étions largement supérieurs.

Sans vouloir refaire l’histoire, avec à peine un peu plus de réussite et d’efficacité, cette équipe aurait pu gagner les deux finales (Benfica avait perdu aux tab face au PSV Eindhoven en finale 1990, Ndlr). Elle en avait en tout cas les moyens parce qu’elle était supérieure à celle qui gagna en 1993. » 

Là encore, Tapie allait tirer les enseignements de ces deux échecs relatifs…

La gloire : Papin/Waddle remplacé par Völler/Boksic, vous êtes sérieux ?

Sur le chemin de la gloire, un autre obstacle majeur aurait pu être rédhibitoire si, une fois de plus, Tapie ne l’avait pas utilisé pour rebondir plus haut. Tout à sa domination nationale et d’un quatrième titre d’affilée qui lui tendait les bras, l’OM de Goethals allait trébucher sur la modeste équipe du Sparta Prague en 8èmes de finale de la C1 en novembre 1991.

« Ce fut un vrai tournant, analyse Michel Tonini, le président des Yankees, parce que Tapie a vendu dans la foulée Papin et Waddle pour les remplacer par un Völler vieillissant et un Boksic que personne ne connaissait encore… Franchement, on se posait beaucoup de questions. » 

Un défi immense contre le Milan en 1993

Cette saison à oublier, marquée également par le drame de Furiani, allait paradoxalement permettre de jeter les bases de l’épopée. Toujours aussi maître de son destin en France, l’OM de Goethals posait sa patte sur la deuxième édition du nouveau format européen de la C1 désormais appelée Ligue des Champions, avec en point de mire un nouveau rendez-vous face au Milan AC.

Deux ans après avoir obligé les Rossoneri à quitter, penauds, la pelouse du Vélodrome, l’Olympique de Marseille avait tout à perdre face au trio batave revanchard de Sacchi, Van Basten-Gullit-Rijkaard, le top du top mondial.

« Autant nous avions sous-estimé Belgrade en 1991, autant nous savions que le défi était immense face au Milan AC, se souvient Amoros. Mais, entre mon arrivée en 1989 et cette finale, j’avais vu le club grandir, Tapie lui insuffler un état d’esprit différent. En 1993, l’OM était respecté comme un grand d’Europe, parce que les meilleurs joueurs et coachs y étaient passés. Donc cette finale, inconsciemment, on ne l’a pas préparée de la même manière. » 

Aux artistes de 1991, Waddle, Francescoli, Stojkovic, Tigana, Vercruysse, Pelé, Papin avaient succédé les combattants de 1993, Boli, Desailly, Papin, Deschamps, Angloma… avec les seuls Boli, Di Meco et Pelé comme rescapés.

Sur le banc des remplaçants à Munich, Amoros a vu la différence. « Ce n’était plus la même équipe. Celle de Benfica surtout était supérieure, mais celle de Munich a été la plus efficace » . Comme si ses frustrations passées lui avaient offert ce supplément d’âme indispensable, cette énergie supplémentaire qui allait permettre à l’Olympique d’atteindre son Olympe. La chute n’en serait que plus dure.

La chute : « Les années Bernard Tapie ont décomplexé le foot français « 

En lui offrant un cinquième titre national, la victoire face au PSG d’Artur Jorge (3-1) et le but d’anthologie inscrit par Boli de la tête à la demi-heure de jeu, 72 heures après le sacre de Munich, aurait dû être l’apothéose d’une saison extraordinaire.

Elle fut son chant du cygne. Les premiers nuages de l’affaire VA-OM noircissaient déjà suffisamment le ciel pour estimer qu’ils pouvaient l’obstruer pour de longs mois. Suspendu par l’UEFA, après un bras de fer qui fit vaciller tout le foot français, l’OM se préparait à vivre au rythme des convocations et des scandales judiciaires.

Après de multiples rebondissements, la rétrogradation en D2 en 1994 et la condamnation de Bernard Tapie à de la prison ferme brisait le rêve du peuple phocéen. Près de trente ans après, il ne s’en est toujours pas remis.

La politique a dévoré Tapie

« Nous conservons beaucoup de rancoeur contre les instances qui se sont acharnées sur un homme (Tapie) qui a fait l’erreur de s’engager en politique. Traficoter des matches, à l’époque, tout le monde faisait pareil. Sauf que lui, il s’est fait prendre »  lâche Michel Tonini.

Dans le sillage de Saint-Etienne et de Bordeaux, eux aussi rattrapés par la patrouille judiciaire après avoir été au sommet, Marseille confirmait l’incapacité des clubs français à gérer, ou digérer, leur période de gloire.

Les années Tapie n’auraient été qu’un mirage si elles n’avaient pas « définitivement décomplexé les clubs et les joueurs français en même temps qu’elles offraient à l’OM un standing et un prestige qui dépasse de loin les limites de notre pays et dont profite le club aujourd’hui » conclue Manuel Amoros, un de ceux, avec Barthez, Durand et Casoni qui ont tout connu de l’ère Tapie; la lumière européenne et l’ombre de la D2.

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