lundi 3 octobre 2022

Bernard Thévenet où l’époque de la France qui gagne en cyclisme

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Double vainqueur du Tour de France en 1975 et 1977, Bernard Thévenet revient avec nous sur sa carrière, de ses débuts jusqu’à ses deux titres à Paris. « Nanard » évoque notamment sa rivalité avec les autres cadors de sa génération et notamment le Cannibale…

C’est dans la campagne franc-comtoise que Bernard Thévenet débute le vélo :

« J’étais sportif depuis tout petit, j’habitais dans un petit patelin et le cyclisme était le seul sport dont on parlait et uniquement pendant le Tour de France.

J’entendais les anciens parler de Bobet et de Pélissier alors j’ai commencé à m’intéresser au Tour de France. Pour moi, c’était une sacrée aventure. C’était quelque chose qui sortait de l’ordinaire. Quand j’avais 13 ans, le Tour est passé devant la ferme de mes parents et je me suis dit qu’un jour j’y serai… »

Bernard Thévenet pédale depuis tout petit

Après l’obtention de son certificat d’étude, le petit Bernard obtient un vélo à la suite d’un compromis avec son père…

« A l’époque, on passait le certificat d’étude et on travaillait à la ferme, il n’y avait pas d’alternative. Quand mes sœurs ont passé le certificat, elles ont eu une mobylette. Quand moi j’ai eu mon certificat, je voulais un vélo de course, mais mon père ne voulait pas car il savait que je n’allais pas travailler assidûment à la ferme donc on a fait un compromis ».

En cachette, il prend une licence dans un club de cyclisme et s’inscrit à des courses « mais mon père s’en doutait un peu. Il m’a demandé si je courais dimanche, je lui dis « oui » et il m’a répondu « très bien je vais t’emmener et voir ce que tu es capable de faire ».

Là, il ne fallait pas se louper. Sur le parcours, il y avait une bosse et, comme je montais plutôt bien, j’ai gagné la course Après ça, il me laissait un jour par semaine pour m’entraîner. Pour eux, c’était une fierté que leur fils gagne des courses. »

Une fois les échelons gravis en amateurs, Bernard Thévenet devient champion de France sur route en 1968. En 1970, il passe professionnel avec l’équipe Peugeot. La même année, il apprend qu’il sera sur le Tour de France la veille du départ !

« Une attaque qui a changé ma carrière »

« Je n’ai pas eu le temps de gamberger. On m’a appelé le mercredi et il fallait que je sois jeudi à Limoges pour le départ.

J’ai demandé conseil à un ami qui avait déjà fait le Tour de France dans les années 20, Victor Ferrari. Avec mon directeur sportif, Gaston Plaud, ils se connaissaient alors Victor l’a convaincu et moi aussi par la même occasion. »

Sur la route de la Grande Boucle, la première semaine est la plus compliquée. Au final, c’est dans la 18ème étape à La Mongie que « Nanard » se démarque :

« Normalement, c’est Robert Delisle qui devait jouer l’étape mais, finalement, le peloton le rattrape et, au fur et à mesure, je me retrouve dans le groupe des meilleurs avec Merckx, Poulidor et mon directeur sportif me demande d’attaquer. Moi j’étais content, on allait parler de moi à la radio.

J’attaque, je ne me suis jamais fait aussi mal de ma vie et ça a changé ma carrière. » Avec une belle saison en 1973 avec une 2ème place sur le Tour de France et sur le Critérium du Dauphiné ou encore une 3ème place sur la Vuelta.

L’année 1974 est à oublier avant de briller l’année suivante. Tout d’abord sur le Critérium avec la victoire finale puis sur la Grande Boucle en faisant tomber Eddy Merckx !

« Pendant le Tour, lors de la fameuse étape NicePra Loup, je n’arrêtais pas d’attaquer, mais Eddy répondait et a fini par me faire craquer dans la descente du col d’Allos où je perds 1 minute. Au fur et à mesure de l’étape, les rôles se sont inversés avec Eddy. Je le passe et je gagne l’étape, c’est le mécano qui m’a annoncé que je venais de gagner le maillot jaune. »

Avec une avance de 58 secondes d’écart sur « le Cannibale », Bernard Thévenet va réussir à reprendre du temps et, une fois avec trois minutes, « je me suis senti moins anxieux ». Après cette année glorieuse, l’année 1976 commence plutôt bien avant la désillusion…

« J’ai gardé le maillot pour 8 secondes »

« Je gagne le Dauphiné et je finis 3ème du prologue alors que je n’aime pas ça donc je me dis que cette année ça va aller. Malheureusement je suis tombé le 3ème ou 4ème jour et j’ai craqué à bout de forces dans les Pyrénées où je prends 20 minutes à Saint-Lary-Soulan.

L’abandon en 1976 est un de mes plus mauvais souvenirs. J’étais parti pour gagner et obligé d’abandonner ça m’a fait vraiment mal. » Puis vient le deuxième maillot jaune ramené à Paris, en 1977, après deux 2èmes places au Dauphiné et au Midi Libre, Bernard Thévenet voulait éviter une nouvelle place de dauphin :

« Je ne voulais pas finir 2ème du Tour. La bagarre a surtout eu lieu à la fin. On commençait par les Pyrénées, on ne voulait pas se découvrir alors ça a traîné jusqu’aux Alpes, 10 jours avant la fin de l’épreuve. J’ai pris le maillot jaune pendant le contre-la-montre à Avoriaz.

Quand est venue la fameuse étape de l’Alpe d’Huez, j’en ai bavé, parce que Kuiper, Van Impe et Zoetemelk s’étaient ligués contre Peugeot. »

Une étape riche en rebondissements dans la course au maillot jaune : « Dans cette montée, le maillot jaune a dû changer trois fois d’épaule car Van Impe était parti tout seul dans le col du Glandon. A l’Alpe d’Huez, Kuiper m’a attaqué aussi. Au final, j’ai gardé le maillot pour 8 secondes !

« Je vois passer le peloton mais j’ai l’impresseion d’une course par équipes »

Je n’avais vraiment plus de forces. Si la ligne avait été reculée de 50 mètres, je n’y serais pas arrivé. Le soir, à l’hôtel, je n’arrivais même pas à monter les marches pour aller dans ma chambre. C’est mon soigneur « Pierrot » qui m’a aidé.

Le lendemain, j’étais frais et dispo ! » Pour « Nanard » qui s’imposera finalement de 48 secondes devant Hennie Kuiper, la mentalité dans le cyclisme actuel a changé :

« Ce qui change beaucoup, c’est la course d’équipe. Avant, un leader, il avait deux coureurs qui étaient à sa disposition. Deux coureurs qui faisaient la même taille pour pouvoir changer de vélo. Et, pour le reste, du moment que ça restait dans la ligne directrice qu’on s’était fixé le matin, ils étaient un peu plus libres.

A l’époque, on voyait beaucoup plus des équipiers du leader essayer de se mettre dans l’échappée, maintenant c’est très rare, on garde tous les équipiers autour du leader. Pendant la course, je vois passer le peloton, mais j’ai l’impression que c’est une course par équipes, c’est une façon très différente de courir. »

Bernard Thévenet toujours proche du Tour de France

Le double vainqueur de la Grande Boucle revient également sur le vainqueur des deux dernières éditions, le prodige slovène Tadej Pogacar :

« Pogacar a fait un grand coup au Grand Bornand, mais quand je compare avec Merckx ou Ocana, ce n’est pas meilleur. Ce qu’a fait Ocana en 1971 et en 1973, c’était un autre calibre que Pogacar ».

Après sa carrière, Bernard Thévenet devient directeur sportif de l’équipe La Redoute en 1984 et de RMO basée à Grenoble quelques années plus tard de 1986 à 1987. Ensuite, il est parti dans la presse écrite avec le Provençal puis à la radio sur Radio Tour.

Toujours proche du cyclisme et du Tour de France, il a commenté la course de 1994 à 2004. Aujourd’hui, il travaille avec ASO, avec le titre d’ambassadeur pour les relations publiques.

Nathan Rayaume

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