samedi 2 mars 2024

Bordeaux – Paris : les coulisses d’une résurrection

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Frédéric Denat
Frédéric Denat
Journaliste

De Bergerac à Rungis en passant par Châtellerault, le grand retour du Derby de la route est programmé pour le 20 octobre. Eric Ramos directeur de Velostar Organisation, nous emmène dans les coulisses d’une résurrection. Entretien pour Cyclisme Magazine et Le Quotidien Du Sport.

D’où vous est venue l’idée de relancer Bordeaux-Paris 36 ans après ?

Nous organisons depuis huit ans la Crito’Star, un critérium d’après Tour derrière derny du côté de Choisy-le-Roi. C’est à travers cette expérience que j’ai eu envie de relancer la seule épreuve mythique dont je ne comprenais pas pourquoi elle avait disparu alors que la volonté de tous était là. Il suffisait de s’en emparer. C’est ce que j’ai fait.

De la théorie à la pratique, à quelles difficultés vous êtes-vous heurté ?

Il fallait en premier lieu trouver les villes de départ, intermédiaire et d’arrivée. On y travaille depuis deux ans. Grâce à Pascal Chanteur, nous avons rapidement pris contact avec Bergerac. Sylvain Chavanel nous a aidés à rencontrer les élus de Châtellerault. Quant à Rungis, nous avions déjà un solide réseau né de l’organisation de la Crito’Star, et il nous semblait intéressant d’arriver sur le MIN (marché d’intérêt national) où nous avions déjà des partenaires potentiels.

Pourquoi ne pas l’avoir appelé Bordeaux-Paris ?

Nous aurions pu essayer, mais le nom a été repris par la société Extra-Sport qui organise le Bordeaux-Paris cyclo. Et, au final, on est très heureux de mettre en avant les villes qui ont accepté de nous recevoir.

Pourquoi l’avez-vous situé en fin de saison ?

Nous ne voulions pas interférer sur les épreuves de Coupe de France. De manière générale, les managers ne sont pas favorables aujourd’hui à des épreuves de ce type en cours de saison, il nous a donc semblé plus logique de la programmer le 20 octobre, une semaine après le Chrono des Nations pour ne pas perturber la préparation des équipes.

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« Je ne comprenais pas pourquoi cette course mythique avait disparu »

Comment est perçue cette initiative ?

Toutes les instances ont rapidement senti l’intérêt de relancer cette course, de proposer ce genre d’épreuve de longue distance qui a le vent en poupe en ce moment, à travers beaucoup de cyclo-sportives notamment. Certains pros y participent déjà, et l’accueil des équipes et des coureurs a été favorable.

Avez-vous une idée du plateau ?

Il est encore beaucoup trop tôt. Nous venons juste d’envoyer des invitations à toutes les équipes professionnelles. Comme il ne nous faut qu’une vingtaine de participants, un ou deux coureurs par équipes suffiront. Mais je ne doute pas de la présence de certains des meilleurs coureurs du World Tour. On a besoin d’une ou plusieurs têtes d’affiche. Nous avons déjà des contacts avec certains d’entre eux. Ils savent que le vainqueur de cette première édition sera forcément très médiatisé.

Pourquoi l’UCI n’attribue-t-elle pas de points pour cette première édition ?

Après une absence de près de 40 ans, l’UCI veut voir ce que ça peut donner, et cette édition a valeur de test. Ils ont confiance en nous, mais comme la course n’est pas ouverte à tous, ils ne veulent pas offrir des points à ceux qui seront sélectionnés. On verra en 2025 et au-delà comment gérer la suite.

Éric Ramos prêt pour le Bordeaux-Paris

Sur une telle distance, on imagine que les contraintes liées à la sécurité et à l’organisation ne sont pas simples à assumer ?

C’est un fait lorsqu’on a 580 km à sécuriser ! Mais nous avons déjà l’habitude d’organiser des cyclo-sportives de longue distance. Nous avons fait des repérages en dissociant les départements traversés pour solliciter tous les clubs de toutes les fédérations, FFC, FSGT, UFOLEP etc. en constatant avec plaisir que le projet faisait l’unanimité même au sein de structures pas forcément toujours sur la même longueur d’ondes.

De Bergerac à Châtellerault, les coureurs seront en groupe avant de prendre les dernys pour le véritable début d’une course où il restera 310 km à parcourir. Chaque coureur aura deux dernys (un de remplacement) et sera suivi par un motard de la Garde Républicaine en plus des motos de l’organisation. Au total, une cinquantaine de motos assureront la sécurité de la vingtaine de coureurs.

Tous les carrefours où nous ne serons pas prioritaires seront assurés par des signaleurs, ce qui nécessite d’en trouver 450 dans le réseau des clubs locaux, mais aussi de la part d’amis organisateurs de courses élites qui nous ont assurés de leur soutien. C’est aussi cette mobilisation qui nous a motivés pour mener à bien ce projet. A ce sujet, je souhaiterais ici remercier Guy Boudet pour le comité d’organisation de Bergerac et Michel Soulat président du club de Châtellerault pour leur aide efficace afin de relancer cette épreuve de légende.

La classique atypique

Créée en 1881, disputée jusqu’en 1988, l’épreuve a rapidement trouvé un public conquis par son originalité. Longue de plus de 500 km, disputée de nuit au départ de Bordeaux, pour arriver le lendemain après-midi sur Paris, elle avait aussi la particularité, sur la seconde partie de son parcours, d’accueillir un engin motorisé, un derny, derrière lequel se rangeait chaque coureur.

Dans les années 60 et 70, les meilleurs coureurs du peloton s’y essayèrent, avec succès pour Jacques Anquetil en 1965, qui la remporta le lendemain de sa victoire dans le Critérium du Dauphiné Libéré, avec moins de réussite pour Eddy Merckx. Elle fut en effet l’une des trois classiques, avec Paris-Tours et le Championnat de Zurich, à lui avoir échappé.

De grands noms l’ont à leur palmarès à l’instar de Ferdi Kübler (1956), Louison Bobet (1959), Tom Simpson (1963), Walter Godefroot (1969 et 1976), Gilbert Duclos-Lassalle (1983) et Bernard Vallet (1987). Mais le grand spécialiste et le recordman des victoires (7) fut le Belge Herman Van Springel (1970, 1974, 1975, 1977, 1978, 1980 et 1981).

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