samedi 2 mars 2024

Carapaz (EF Education Easy-Post) peut-il le faire ?

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Eric Mendes
Eric Mendes
Journaliste

Dans un pays où le cyclisme n’est pas le sport roi, Richard Carapaz a tout de même su devenir une idole capable de bousculer les idées reçues. A 29 ans, le grimpeur équatorien, passé à l’intersaison d’INEOS Grenadiers à EF Education-EasyPost, a déjà repoussé les limites pour s’offrir un destin hors du commun.

Au moment de refermer le livre de sa carrière, Richard Carapaz pourra mesurer tout ce qu’il a accompli dans un pays qui n’était pas connu et reconnu pour son cyclisme, l’Équatorien a su gravir les échelons pour s’offrir une carrière unique couronnée de succès et de grandes conquêtes. Avec un prénom comme Richard, Carapaz était bel et bien destiné à voyager et à conquérir l’étranger. De tout son cœur, le natif de Tulcan a su faire vibrer tout un pays grâce à ses exploits.

Au départ, il a fallu un coup du destin pour montrer la voie. Quand, à 5 ans, son père trouve dans une décharge son premier vélo, il était encore inimaginable de croire que le grimpeur équatorien allait devenir le précurseur du cyclisme en Équateur.

Carapaz a travaillé le goût de l’effort

« J’ai dû faire beaucoup d’efforts et de persévérance, expliquait-il à ses débuts. Sortir et jouer dans l’élite qu’est le World Tour est très difficile dans un pays comme l’Équateur. J’aime mon pays mais, malheureusement, c’est une nation de football et seul ce sport est soutenu. Heureusement, j’ai eu l’occasion de voyager, de courir en Colombie et dans d’autres pays d’Amérique comme l’Argentine, le Mexique… dans lequel j’ai vu que j’avais un don pour le cyclisme et j’ai cherché à l’exploiter au maximum. Je n’ai jamais abandonné, et c’était la clé pour en arriver là. »

De ses débuts à 15 ans au sein de la formation amateure de Panavial-Coraje Carchense à Panavial-GAD Carchi, en passant par le RPM Ecuador, il décide de quitter son pays pour la Colombie en 2015 pour le Strongman-Campagnolo. Champion panaméricain sur route Espoirs, il y remportera ses premières courses comme le Tour de Colombie Espoirs avant de tenter sa chance en Europe en 2016.

Il est alors engagé chez Lizarte où il poursuit sa progression avant de taper dans l’œil d’Eusebio Unzué, le grand patron de la Movistar. Caparaz venait alors de s’ouvrir les portes du succès grâce à son panache et ses talents de grimpeur.

Bernal : « L’un des meilleurs au monde »

Dans l’ombre de Nairo Quintana et Alejandro Valverde, Richard Carapaz attendra patiemment son heure pour s’offrir la lumière. En 2018, il remporte sa première étape sur un grand Tour lors du Giro 2018. Sans le savoir, l’Equatorien vient de prendre rendez-vous avec son destin. L’année d’après, il réalise l’un de ses rêves en remportant le Tour d’Italie devant Vincenzo Nibali et Primoz Roglic, alors que le leader initial de la Movistar était Mikel Landa.

Cette victoire le fera définitivement basculer dans un nouveau monde. A l’étroit chez Movistar et souhaitant s’épanouir, Richard Caparaz profite, en 2020, d’une offre d’INEOS Grenadiers, pour quitter l’Espagne. Un transfert accueilli avec enthousiasme par son nouveau coéquipier, Egan Bernal.

« C’est l’un des meilleurs cyclistes au monde, également latino-américain, c’est une fierté pour nous de l’avoir, c’est un grand grimpeur. » Mais son aventure sous pavillon britannique ne se passera pas comme il l’aurait voulu. Malgré son appétit de lion, Richard Carapaz tarde à retrouver sa couronne malgré deux podiums sur la Vuelta 2020 (2ème) et le Tour 2021 (3ème).

C’est finalement à Tokyo que Carapaz redevient impérial pour se parer d’or sur la course en ligne des Jeux Olympiques. Une médaille qui va lui permettre de devenir une personnalité de premier plan en Équateur, mais aussi en Amérique du Sud.

Le successeur d’Uran

Après une année 2022 qui le verra de nouveau sur le podium du Giro (2ème) et de la Vuelta comme vainqueur du classement de la montagne, grâce notamment à ses trois succès d’étapes, Richard Carapaz sentait qu’il était temps de tenter sa chance ailleurs pour enfin être considéré à sa juste valeur. Chez EF Education-EasyPost avec qui il s’est engagé jusqu’en 2025, tout indique que Carapaz sera le successeur naturel de Rigoberto Uran.

« Carapaz a toujours été l’un de mes coureurs préférés, révélait le manager général Jonathan Vaughters. Et pas seulement parce qu’il gagne. Carapaz gagne avec intelligence, timing, agressivité et courage. Il a gagné le Giro parce qu’il était vraiment intelligent et qu’il a attaqué exactement au bon moment. Il était incroyablement courageux et prêt à prendre un risque pour le faire, et il a réussi. Aux Jeux Olympiques, même chose. Il a parfaitement chronométré son attaque pour remporter la médaille d’or. »

« Pour le style de notre équipe, Richard s’intègre parfaitement, car nous avons besoin d’un leader capable de gagner des courses en utilisant des tactiques astucieuses et pas seulement de la puissance brute. C’est ce que Richard nous apporte et nous sommes vraiment ravis de l’aider autant que possible à exploiter son style de course agressif et astucieux. »

Devenu une icône en Amérique du Sud, Richard Carapaz sait qu’il a encore beaucoup à offrir. Sur et en dehors de la route. En effet, en Équateur, il n’a pas hésité au développement du Team Banco Guayaquil pour permettre aux coureurs équatoriens d’avoir une passerelle vers le monde professionnel. Un projet animé « par des rêves et des illusions » comme il a pu le confirmer lors de la présentation de l’équipe en début d’année.

Et comme Carapaz a déjà pu le confirmer, c’est en rêvant que l’on peut prouver que tout est possible. Mais, auparavant, il lui reste encore de belles pages à écrire dans sa carrière pour définitivement valoriser sa légende.

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