samedi 2 mars 2024

Cédric Vasseur accuse : « Les équipes sont trop dépendantes des sponsors »

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Arnaud Bertrande
Arnaud Bertrande
Rédacteur en chef — Pole Sport Lafont presse

En réalisant la meilleure saison de son histoire (19 victoires), Cofidis a conservé haut la main sa place dans le World Tour et s’est donnée les moyens de viser encore plus haut. En ciblant davantage ses courses, en changeant de stratégie, la formation de Cédric Vasseur espère notamment aider Guillaume Martin, son leader, à se rapprocher du podium sur le Tour.

A bientôt 30 ans (le 9 juin), Guillaume Martin fait-il partie de vos coureurs pas encore parvenus à 100% de leur potentiel ?

Je l’espère ! Sauf que sa marge de progression sera forcément moindre qu’un Axel Zingle. Guillaume est notre leader, notre assurance pour aller chercher des points UCI. Il veut légitimement aller au combat avec les meilleurs sur les grandes courses. Or, ce n’est pas forcément là qu’on optimise son classement. Il a une marge de progression sur le choix de son programme de courses. Je m’explique. Si on le met sur le Tour de l’Ain,il ne sera pas confronté aux meilleurs, mais il va gagner.

Or, Guillaume a besoin de côtoyer la victoire plus souvent. Il a aussi besoin d’une grande victoire, mais il ne faut pas que ça devienne une obsession, ce serait le meilleur moyen de déjouer. Porter le maillot à pois et l’amener à Paris ou gagner une étape sur le Tour pourrait le faire changer de dimension, comme un Virenque ou un Jalabert l’ont fait, comme Simon Geschke l’a fait et ça doit lui trotter dans la tête.

Il est l’un des plus constants de l’équipe, c’est un coureur qui n’abandonne jamais, mais il manque de vitesse sur certains rendez-vous, une vitesse qu’il peut encore aller chercher. En 2021 et en 2022, il a gagné… la suite logique est de briller sur le Tour. C’est aussi pour ça qu’on a ciblé le seul Tour de France cette année car, si on l’écoutait, il ferait tout, il participerait à toutes les courses qui font l’histoire du vélo.

En 2021, il a voulu faire Milan-San Remo, mais on savait très bien que ce n’était pas une course pour lui. Il fallait qu’il en prenne conscience et ça participe à sa marge de progression.

« Guillaume Martin est notre leader »

Que peut-il viser sur le Tour cette année ?

Le Top 5 sera quasiment intouchable. Une 6ème place, je signe tout de suite. Le handicap de Guillaume est de jouer sur le même terrain que les stars, ça veut dire qu’il doit gagner dans les Alpes et les Pyrénées, pendant que les favoris s’y mettent une peignée pour la gagne. Pour Martin comme pour un Alaphilippe, c’est compliqué.

Tactiquement, le pensez-vous capable de courir comme Alaphilippe ?

Non, parce qu’il manque d’explosivité. Il est endurant, ne lâche jamais le morceau mais, face à la nouvelle génération de 2224 ans, c’est difficile. Axel (Zingle) se rapproche davantage d’Alaphilippe.

Entre le maillot de champion de France que vous n’avez jamais gagné et une étape du Tour qui vous échappe depuis 2008, vous choisissez quoi ?

Le choix est difficile. Un ou l’autre me rendrait heureux. Le Tour fait rêver, l’attente est forte donc je choisirais plutôt le Tour, mais le maillot tricolore, que tu portes pendant un an, est un tel emblème. En plus les championnats de France sont cette année chez nous, à Cassel. Si on peut gagner les deux (rires).

Cofidis est entrée dans le Top 10 mondial en 2022, ambitionnez-vous aussi d’être la meilleure équipe française ?

Pour moi, ce n’est pas important. Groupama-FDJ est 7ème avec une belle marge d’avance sur Cofidis. Chapeau à Marc (Madiot). Mon objectif est d’être dans le Top 10 et si FDJ est 3ème et AG2R Citroën 5ème, c’est super, ça veut dire que le cyclisme français se porte bien. On a la chance d’avoir quatre équipes saines dans le World Tour, il faut savoir l’apprécier à sa juste valeur.

« Le cyclisme de demain sera un cyclisme avec une équipe continentale »

Groupama-FDJ a une équipe réserve que vous n’avez pas…

C’est aussi ce qui nous manque et nous fait rêver, mais nous n’avons pas le budget nécessaire. Le cyclisme de demain sera un cyclisme avec une Continentale. Les équipes qui en possèdent une ont 45 coureurs quand nous n’en avons que 30.

Au-delà de la Conti, qui sera notre objectif pour les trois ans qui arrivent, on est déjà heureux d’avoir pu créer une équipe féminine. Par rapport à nos partenaires, une équipe féminine était devenue incontournable. Paris-Roubaix et le Tour de France femmes ont cartonné et se concentrer uniquement sur les hommes serait trop réducteur. Nous sommes réticents à investir dans la Conti car nous voulons d’abord que l’équipe féminine soit performante. Mais je ne désespère pas de le faire avant 2025.

Que vous inspire la disparition de B&B Hotels ?

Elle montre que quand le sponsor principal a des difficultés, l’équipe arrête. On ne voit jamais un club de football disparaitre pour les mêmes raisons. Notre modèle économique repose uniquement sur un sponsor principal qui apporte 70 à 80% du budget. Le jour où il se retire, l’équipe est morte. Faut-il se résoudre à continuer comme ça et être aussi dépendant d’un seul partenaire ? Non, il faut trouver d’autres leviers pour que le système soit plus pérenne.

On le dit depuis vingt ans, mais il y a une telle concurrence que ça permet aussi à d’autres d’exister davantage, de prendre la place sur le Tour par exemple. Il faudrait trouver les moyens de continuer au moins un an même après le départ du sponsor principal dans un système en circuit fermé que personne ne souhaite.

C’est à l’UCI et aux ligues de réfléchir à ça. Avec des budgets de 15 à 50 M€, des salaires qui augmentent, sans merchandising, sans entrées aux stades, sans recettes d’organisateurs qui souffrent pour exister… tout repose sur la marque titre. Les équipes ont conscience qu’il faut s’attaquer à ce modèle économique car dépendre à 80% d’un sponsor c’est dangereux, mais ça va être un long combat. On devrait déjà développer les départements marketing pour aller chercher d’autres partenaires.

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