jeudi 20 juin 2024

C’est quoi « le jeu à la Nantaise » ? Ces anciens Nantais s’expliquent…

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Les anciens joueurs nantais racontent leurs années au centre de formation et à la Beaujoire. Un récit passionnant de cette légende du jeu à la nantaise.

« J’ai effectué toute ma formation à Nantes, j’y ai signé mon premier contrat professionnel, obtenu mon premier titre de champion de France en 1983, et j’y ai tout appris au niveau footballistique, dans la continuité d’une éducation à travers le sport que n’ont jamais cessé de nous inculquer Coco Suaudeau d’abord et Jean Vincent ensuite », explique Fabrice Poullain*.

« Comme l’ensemble du club à cette époque, Suaudeau était en avance sur son temps. Il voyait, anticipait les choses, nous poussait à avoir le même état d’esprit pour appliquer ce qu’on a appelé le jeu à la nantaise et qui a ensuite rejailli sur l’ensemble du football français et même au delà.

Aujourd’hui, avec le recul, on s’aperçoit en fait que beaucoup de grands clubs européens, dans le sillage du Barça, appliquent les mêmes préceptes basés sur la priorité accordée au jeu collectif, à la récupération rapide et haute du ballon, au mouvement.

Nous n’avions pas de Messi dans notre équipe et c’est peut-être pour çaque nous n’avons jamais réussi à gagner une Coupe d’Europe par manque d’expérience ou de culture de la gagne aussi mais dans le jeu, nous ne pouvions pas rêver mieux.

Nous avions, certes, de grosses individualités, mais qui étaient toutes tournées vers le groupe, l’équipe. Parce qu’il voulait nous ouvrir l’esprit et nous amener à gérer plusieurs situations de jeu, Suaudeau avait l’habitude de nous faire jouer à plusieurs postes.

J’ai ainsi été milieu défensif, défenseur central ou faux latéral droit pendant mes années nantaises. Parce qu’au delà des tactiques et des qualités techniques des uns et des autres, le jeu à la nantaise c’était surtout ça : une priorité sans cesse accordée au collectif.

Je me suis toujours servi de cet apprentissage pour poursuivre ma carrière ensuite au PSG, Monaco ou Nice, en équipe de France. Je m’en sers encore aujourd’hui comme éducateur (avec les féminines des Chamois Niortais, Ndlr). »

* 54 ans, ancien milieu de terrain international du FC Nantes (1978-1985), champion de France 1983

Eddy Capron : « Le jeu à la nantaise, c’est avant tout le collectif »

« Pour moi, le jeu à la nantaise c’est avant tout le collectif, avec un mélange de mouvement et de simplicité. La notion offensive et spectaculaire qui se dégage généralement de cette notion aux yeux du grand public ne correspond pas toujours à la réalité de ce que nous vivions » commente Eddy Capron*.

Car à l’entraînement, s’il y avait beaucoup de jeu et de ballon dans les exercices proposés par nos coachs, tous les joueurs étaient concernés, pas seulement ceux à vocation offensive.

Et des Karembeu, Makelele ou Ferri représentaient aussi bien ce jeu qu’on nous apprenait dès notre entrée au centre de formation, que le trio Ouédec-PedrosLoko qu’on se régalait tous à voir évoluer ensemble et qui, parce qu’ils étaient à la finition des actions, était plus médiatisé que nous. A Nantes, nous étions formatés pour jouer ainsi, tellement qu’en quittant le club j’ai eu l’impression, aussi, de changer de sport.

J’ai alors pris conscience que ce jeu à la nantaise était une vraie institution, apprise par l’ensemble des équipes du club, véhiculé par tous les éducateurs, et que Coco Suaudeau puis Raynald Denoueix en étaient les meilleurs ambassadeurs avec les pros.

Si les deux techniciens avaient des personnalités bien distinctes, l’un étant plus démonstratif que l’autre, les deux agissaient selon les mêmes principes, pour la même philosophie de jeu.

Ils avaient la même culture, imprégnés par les préceptes de José Arribas. Ils respiraient le même football et ne faisaient aucune différence entre la formation et les pros.

Si j’avais plus d’affinités dans le jeu avec Makelele, pour moi c’est paradoxalement un joueur issu de l’extérieur, Japhet N’Doram, qui représentait le mieux à mon époque ce jeu à la nantaise que nous avions réussi à transcender pour parvenir au titre de champion de France : une vraie consécration ».

*46 ans, ancien défenseur central du FC Nantes (1990-1997), champion de France 1995

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