vendredi 14 juin 2024

Christian Prudhomme (patron du Tour de France) : « Je suis un homme du Tour »

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Frédéric Denat
Frédéric Denat
Journaliste

Le patron du Tour de France, ancien journaliste et commentateur de la Grande Boucle entre 2000 et 2003, revient pour le Quotidien du Sport sur son parcours personnel comme sur celui d’un Tour 2022 qu’il a construit pour les puncheurs. A 61 ans, plus que jamais enchaîné à une épreuve qui a changé sa vie…

Avant d’être, pendant trois ans, la voix du Tour de France sur France Télévisions, aviez-vous rêvé d’occuper un tel poste ?

J’ai plus rêvé de commenter le Tour que d’en être son directeur. Lorsque j’étais enfant, il faut savoir que le Tour à la télé se résumait aux derniers kilomètres. Mes références étaient des voix de radio, qu’on écoutait religieusement avec mon père en changeant de fréquence, de RTL, Europe 1, RMC à France Inter, au gré des flash infos et des passages au sommet des cols.

Quel est votre premier souvenir marquant de téléspectateur ?

J’ai 11 ans pour le Tour de 1971 lorsque Jean Michel Leulliot s’arrête au bord de la route pour montrer que le goudron fond sous l’effet de la chaleur sur l’étape d’Orcières-Merlette où Ocana prend le maillot jaune. Cela peut paraître banal aujourd’hui mais à l’époque, cela m’avait beaucoup marqué… autant que l’issue d’un Tour qui avait paru gagné pour Ocana avant sa chute vers Luchon qui avait remis Merckx dans la course.

Quelles furent les voix les plus marquantes pour vous ?

C’étaient Robert Chapatte, qui alternait radio et télé, mais surtout Jean Paul Brouchon à la radio, plus tard, Patrick Chêne, qui a aussi été mon patron… avec une grande évolution du métier ensuite, puisque les étapes sont désormais retransmises dans leur intégralité. On est passé de deux ou trois intervenants autour du commentateur principal à une large palette de consultants, journalistes spécialisés, pour montrer la course mais aussi la France. Les progrès de la technique, notamment à travers la fameuse Wescam (caméra gyrostabilisée montée sur un hélicoptère : ndlr) ont permis de sortir du pur registre sportif pour découvrir les beautés des paysages. Lorsque j’ai pris le relais, pendant trois ans, j’ai senti que je devenais une sorte de chef d’orchestre qui donnait la parole aux uns et aux autres, en l’occurrence, Jalabert, Thévenet ou Adam. Mon obsession était de leur donner la parole au bon moment. J’ai eu la chance de fonctionner avec des consultants qui faisaient preuve d’une grande humilité. Parce qu’ils étaient de vrais inconditionnels du Tour, qu’ils l’aimaient, et l’aiment encore viscéralement, ils acceptaient que je leur coupe la parole pour être en direct avec la moto. Ils n’en ont jamais pris ombrage.

« Je suis devenu journaliste grâce au Tour, j’ai été directeur du Tour grâce au journalisme. »

Comment vous êtes-vous retrouvé commentateur principal en 2001 après le départ de Patrick Chêne ?

Je pense que tout s’est joué lors des Mondiaux de 1989 à Chambéry, que j’ai commentés avec Cyrille Guimard, Eric Bayle et Philippe Bruet pour la Cinq – dont on fête d’ailleurs cette année les 30 ans de sa disparition. Il s’agissait de la première course retransmise en intégralité. Lorsque Charles Biétry est arrivé à la tête du service des sports de France Télévisions pour remplacer Patrick Chêne, c’est parce qu’il se souvenait que j’avais commenté ces Mondiaux, mais aussi Paris-Nice, le Midi Libre ou le Tour des Flandres sur cette même chaîne, qu’il a pensé à moi. Et de fil en aiguille, c’est parce que j’étais commentateur du Tour que Jean Marie Leblanc m’a sollicité en 2004.

Vous considérez-vous plus comme un homme de télé ou un homme de vélo ?

Je suis un homme du Tour ! Chez moi, tout tourne autour du Tour. Jusqu’à mon enfance lorsque, gamin, j’allais chercher le journal pour lire le compte rendu des étapes, chez un marchand de journaux qui s’appelait M. Goddet (du nom du fondateur du Tour, Jacques Goddet : ndlr). Çe ne s’invente pas ! Depuis, j’ai n’ai eu de cesse de vouloir témoigner et raconter. La direction du Tour de France était le seul poste qui pouvait me faire quitter le journalisme. Je suis devenu journaliste grâce au Tour, j’ai été directeur du Tour grâce au journalisme. Une continuité… Mais à condition qu’on veille bien de moi, j’aurais très bien pu rester au commentaire du Tour pendant vingt ans.

« Si on ne fait jamais le parcours pour un coureur, je revendique le faire pour un certain type de coureurs »

Comment abordez-vous ce Tour 2022, votre quinzième en tant que directeur ?

Avec enthousiasme. Je reviens d’un séjour sur le Tour du Pays basque où j’ai reconnu les étapes du départ de 2023, j’ai hâte d’y être, au moins autant que pour le départ de Copenhague. Dans les deux cas, le terrain s’y prête, les pentes naturelles du Pays basque et la traversée du Grand Belt sur 18 km au dessus de la mer au Danemark à batailler au milieu des rafales.

Qu’espérez-vous de cette édition ?

Si elle pouvait nous offrir la même première semaine qu’en 2021 et la même dernière semaine qu’en 2020, hors covid évidemment, je prends !

Vous avez bâti le tracé pour ça ?

Si on ne fait jamais le parcours pour un coureur, je revendique le faire pour un certain type de coureurs, en l’occurrence les puncheurs, les hommes des Classiques, les Van Aert, Van der Poel, Alaphilippe etc.

Ne craignez-vous pas que s’ouvre une ère de domination Pogacar qui tuerait le suspense ?

On préfère évidemment qu’il y ait du suspense jusqu’au bout mais on sait aussi apprécier le talent et reconnaitre la force d’un coureur. Ce que réalise Pogacar depuis le début de la saison est remarquable et impressionnant. Comme Merckx en son temps, il est présent de mars à octobre. On aime aussi quand le vainqueur du Tour gagne un des grands Monuments, c’est valorisant, ça me plait.

Rêvez-vous forcément d’un Français en jaune à Paris ?

On attend ça depuis 1985 et on a pu y croire avec plus ou moins d’espoir entre 2014 et 2021, avec les podiums de Pinot, Perraud, Bardet, les exploits d’Alaphilippe, le raid de Pinot en 2019. C’est plus compliqué depuis l’avènement de Pogacar et d’un Roglic que j’ai vu très constant sur le Tour du Pays basque et qui n’a pas hésité à revenir en France pour gagner Paris-Nice cette année.

Pouvez-vous vous permettre de nous donner votre pronostic de podium ?

Non, je ne peux pas. Je peux juste vous dire qu’un super favori sera sur le podium… Aux autres de faire en sorte d’assurer le suspense le plus longtemps possible.

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