vendredi 21 juin 2024

Christophe Pignol : « Ce que je fais aujourd’hui me ramène à la vraie vie »

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Ancien joueur de Nantes, Monaco et Lille, puis consultant sur BeIN Sport, Christophe Pignol intervient aujourd’hui dans les hôpitaux pour venir en aide aux patients atteints du cancer. Sans laisser de côté sa passion pour le foot et le FC Nantes.

Champion de France avec le grand Nantes, en 1995 (une seule défaite), puis avec Monaco (2000), Christophe Pignol a vu sa carrière stoppée nette par une leucémie aigüe, en 2001, dont il est aujourd’hui guéri.

Après avoir été longtemps consultant pour BeIN Sport, il s’est un peu éloigné du football depuis deux ans, pour passer un diplôme d’Onco Coaching de haut niveau et intervenir dans une clinique au près des patients atteints du cancer.

Resté proche du FC Nantes, où il a passé quatre ans, Christophe fait aussi partie du groupe de réflexion du Collectif Nantais, au côté de Mickaël Landreau. Des activités sur lesquelles il revient, pour Le Quotidien Du Sport.

« Quand j’étais moi-même malade, je me suis nourri de témoignages forts pour trouver de l’espoir et lutter pour m’en sortir »

On ne vous a plus vu depuis que BeIN Sport a perdu les droits de la Ligue 1, que devenez-vous ?

Je me suis un peu éloigné du foot, pour m’investir un peu plus dans un projet qui m’a toujours tenu à cœur : l’accompagnement des personnes malades d’un cancer.

Depuis votre grave maladie*, vous avez toujours voulu aider les malades atteints d’un cancer à trouver la force de lutter et de s’en sortir…

J’ai toujours rendu visite à des patients, dans des états plus ou moins critiques, pour partager mon expérience, leur apporter du réconfort et leur donner de l’espoir. Quand j’étais moi-même malade, je me suis nourri de témoignages forts pour trouver de l’espoir et lutter pour m’en sortir.

Aujourd’hui, vous le faites dans un cadre officiel…

J’ai rencontré Pierre Dantin, (vice-doyen sport du haut niveau, de la faculté des sciences du Sport de Marseille), qui a été membre du directoire à l’OM, et qui a créé « l’Académie des coach », un groupe de réflexion de coachs de haut niveau sur le management. Il a ensuite créé un diplôme baptisé « Onco Coaching de haut niveau », destiné à former des anciens sportifs de haut niveau pour les amener justement à intervenir au près des malades pour les aider à rebondir. Il s’agit d’une formation universitaire qui structure ce rôle, avec notamment des cours de psychologie. J’ai passé ce diplôme, puis je me suis mis en quête de trouver du travail.

Ça a dû être facile de trouver avec votre passé de joueur et votre notoriété…

Pas tant que cela. J’ai frappé à beaucoup de portes, envoyés plusieurs courriers, avant que le docteur Brun, patron de l’unité « soins supports » en cancérologie, de la clinique Bonneveine à Marseille, ne me réponde. Il ne savait même pas que j’avais été footballeur professionnel. Il avait été touché par ma lettre et m’a proposé de travailler avec lui.

« J’essaye de donner les clés pour permettre aux malades de rebondir »

Concrètement, ça se passe comment ?

Je travaille 4 à 5 demi-journées par semaine. Le docteur Brun définit les profils des malades et je leur rends visite. J’évoque mon expérience bien sûr, avec une approche psychologique structurée. On ne sort jamais indemne d’une grave maladie comme un cancer. J’essaye de donner les clés pour permettre aux malades de rebondir.

Christophe avec le docteur Brun, de la clinique Bonneveine, à Marseille.

Le foot, c’est de l’histoire ancienne ?

Ça reste ma passion. Je suis toujours tout se qui se passe dans le foot, à travers notamment les nombreux contacts que j’ai encore. Mais j’avoue que je trouve qu’il n’a pas très bien évolué. Quand on voit encore ce qui s’est passé la saison dernière… Ce que je fais aujourd’hui me ramène à la vraie vie. Vous êtes en relation avec des gens sincères, qui sont en contact direct avec la mort. Ça m’a éloigné un peu du foot…

Vous pourriez revenir au foot ?

J’aimais bien le rôle de consultant. Ça vous permet de rencontrer des gens, d’avoir une approche globale d’un match. Ça me plaisait d’analyser un match, je pense que j’ai assez d’expérience pour le faire, sans bien sûr donner de leçon.

Si on vous appelle, vous y allez ?

Sans aucune hésitation, à condition que ce soit compatible avec mon activité à la clinique.

« La formation, l’enfant, le rôle social du club, etc… des valeurs que le FC Nantes a longtemps véhiculé et qui ont été un peu bafouées ces dernières années »

Il y a un sujet aussi qui vous tient à cœur, c’est le fameux « Collectif Nantais », mené par Mickaël Landreau… Comment vous êtes vous trouvé mêlé à ce projet ?

Micka, que j’apprécie beaucoup, m’a parlé du projet dès le départ, et m’a demandé si ça m’intéressait de participer à un groupe de réflexion sur le club. J’ai immédiatement été enthousiaste.

Nantes, c’est votre club de cœur ?

J’ai passé quatre ans à Nantes. C’est là-bas que je me suis révélé sportivement, mais aussi que j’ai grandi en tant qu’homme.

Qui constitue ce groupe de réflexion, et en qui consiste-t-il ?

Il est constitué d’anciens joueurs, de formateurs, d’entrepreneurs… On parle de l’évolution du club. De ce que nous aimerions en faire… On écrit beaucoup…

Pensez-vous sérieusement que le Collectif Nantais puisse un jour devenir propriétaire du FC Nantes ?

(Sourire) ça, je n’en sais rien ! On sait très bien qu’il faut beaucoup d’argent aujourd’hui pour racheter un club comme le FC Nantes, mais nos réflexions peuvent aussi servir à un futur acheteur.

« Un livre blanc pour l’avenir du FC Nantes ? C’est exactement sur ça que nous travaillons avec le Collectif Nantais »


Une sorte de « livre blanc » sur l’avenir du club ?

Voilà… C’est exactement ça. Un acheteur peut arriver et nous mettre de côté, mais il peut aussi s’appuyer sur notre travail et nos propositions pour les appliquer. On a vu, par exemple, ce qui s’est passé à Bordeaux. Gérard Lopez est arrivé pour racheter le club, puis il a fait n’importe quoi.

Autour de quoi tournent vos réflexions ?

La formation, l’enfant, le rôle social du club, etc… des valeurs que le club a longtemps véhiculé et qui ont été un peu bafouées ces dernières années.  Le spectacle aussi, le jeu… Si le club vient de faire une très belle saison, cela faisait longtemps qu’on n’avait plus vu de spectacle au stade.

Aujourd’hui, un club professionnel peut-il exister au plus haut niveau, en s’appuyant sur ces valeurs ?

Attention, on a bien conscience que seuls les résultats pourront valider un tel projet. Mais je ne pense pas que les supporters de Nantes se voient gagner la Ligue des Champions non plus…

Il y a un club en Ligue 1 qui véhicule un peu ces valeurs, c’est le RC Strasbourg…

Je ne connais pas vraiment comment ce club fonctionne, mais une chose est sûre, quand tu vois jouer le Racing à la Meinau, tu sens qu’il y a une vraie communion entre l’équipe et les supporters.

*Le 10 avril 2011, Christophe apprend, presque par hasard, qu’il est atteint d’une leucémie aigüe. Alors joueur à Lille, il doit mettre un terme à sa carrière et combattre, entre la vie et la mort, pendant de longs mois, avant d’obtenir une rémission, puis une guérison.

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