lundi 4 mars 2024

Coupe du monde, tournoi des 6 nations… Enfin les vérités de Fabien Galthié

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Arnaud Bertrande
Arnaud Bertrande
Rédacteur en chef — Pole Sport Lafont presse

Avant le Tournoi des 6 Nations, le sélectionneur national a accepté de revenir sur l’échec de la Coupe du monde. Maître dans l’art de la communication et… des datas, il nous a laissés sur notre faim. Rendez-vous dans quatre ans…

Après l’élimination en quarts de finale de la Coupe du monde, vous avez pris le temps de l’analyse. Qu’en ressort-il ?

Il y a d’abord le temps du deuil. Pour nous, ça a été une énorme déception. Quatre ans de travail acharné, de travail réussi, qu’on le veuille ou non, avec plus de 80% de victoires, avec tous les records que vous connaissez, quatre ans de progression cohérente, de développement de cette équipe, quatre mois de préparation sur la compétition. Le seul objectif, notre objectif, c’était d’être champions du monde. Il n’y en avait pas d’autre. Il faut accepter le fait de ne pas avoir atteint l’objectif. On est tous responsables. Ensuite, il faut dépasser cet état-là.

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Fabien Galthié ferme sur ses choix

Avez-vous le sentiment de vous être trompé sur la stratégie et le coaching sur le quart de finale contre l’Afrique du Sud ?

Absolument pas ! (il répète) Un point… Un point, c’est rien, mais un point, c’est tout et à partir de là on peut tout remettre en question, évidemment… On est rentré 11 fois dans la zone de conclusion avec le ballon, soit 50% de plus par rapport à nos objectifs qui étaient de rentrer 6 fois. Nous avons marqué 3 fois et je rajoute une pénalité que nous avons transformée. A un moment, sur le dernier geste, sur les dernières options, sur le dernier choix, sur des faits de match, de jeu, ça n’a pas suffi, ça n’a pas souri.

J’ai pris les 7 matches des phases finales et même les 2 matches qui sont pour moi les 2 plus gros matchs de poules, à savoir Nouvelle-Zélande-France et Afrique du Sud-Irlande. Nous sommes la seule équipe à s’être procurée autant de temps forts. On travaille sur des logiciels, sur des datas. Ça nous amène à un potentiel de marque de 37 points.

La tactique du XV de France était bonne contre l’Afrique du Sud

Nous en avons marqué seulement 28. Tactiquement, quand vous êtes en position de marquer 37 points, face à l’Afrique du Sud, c’est que tactiquement vous ne vous êtes pas trop trompé sur un plan offensif. Sur un plan défensif, on a encaissé 29 points et l’Afrique du Sud rentre pour la première fois et pose un ruck dans nos 22 à la 55ème minute. Avant ça, ils ont marqué 3 essais sur 3 fulgurances, 2 duels gagnés sur le 3ème rideau où on a été battus en l’air.

Les Sud-Africains ont été hyper efficaces, hyper réalistes. Sur l’expect goal, ils ont un potentiel de marque de 24, ils en marquent 29. Bravo à eux ! Mais, sur un plan tactique et stratégique, si c’était à refaire, je reprendrai la même stratégie. Le coaching, je sais que ça a été aussi un débat. Il était prévu qu’on coache plus tôt.

On a retardé le coaching sur certains postes. Il nous a semblé que c’était le bon moment pour intégrer les joueurs qui étaient sur la feuille du match… On meurt à un point, mais je voudrais féliciter les joueurs qui sont restés focus jusqu’à la dernière possession pour essayer d’aller arracher cette victoire.

Fabien Galthié s’attend à diriger une équipe vieillissante

La prochaine Coupe du monde, c’est dans quatre ans. Pensez-vous que l’équipe peut encore progresser ou a-t-elle atteint son apogée ?

Lorsqu’on a monté l’équipe après la Coupe du monde au Japon, on avait une équipe qui avait 24 ans de moyenne d’âge et 8 sélections. On s’est avancé face à l’Afrique du Sud avec une équipe de 27 ans de moyenne d’âge et 33 sélections. En face de nous, les Sud-Africains avaient 31 ans de moyenne d’âge, 66 sélections, 3 Coupes du monde, une demi-finale perdue face aux All Blacks en 2015 de 2 points et un match gagné pour la 3ème place, un titre de champion du monde en 2019.

Dans quatre ans, si l’équipe de France ne bouge pas, elle aura 31 ans de moyenne d’âge, on peut espérer qu’elle aura 25 sélections de plus. Dans le meilleur des cas, elle aura presque 60 sélections, ce qui ne sera pas le cas puisqu’on sait très bien que nous, dans notre manière de travailler, on ne sélectionne pas les joueurs les plus sollicités durant l’hiver donc ils ne partent pas en tournée ce qui donne un potentiel de 8 sélections pour les meilleurs.

L’âge va faire que certains joueurs vont peut-être quitter le groupe. Mais je pense qu’on peut monter sur l’expérience et la maturité collective de 2 ans, voire 3 ans et de 20 sélections. A partir de là, cette équipe sera sûrement encore plus forte que celle qui a perdu face à l’Afrique du Sud d’un point en quarts de finale.

Dupont, capitaine encore dans 4 ans ?

La prochaine Coupe du monde, c’est dans quatre ans. Pensez-vous que l’équipe peut encore progresser ou a-t-elle atteint son apogée ?

Lorsqu’on a monté l’équipe après la Coupe du monde au Japon, on avait une équipe qui avait 24 ans de moyenne d’âge et 8 sélections. On s’est avancé face à l’Afrique du Sud avec une équipe de 27 ans de moyenne d’âge et 33 sélections. En face de nous, les Sud-Africains avaient 31 ans de moyenne d’âge, 66 sélections, 3 Coupes du monde, une demi-finale perdue face aux All Blacks en 2015 de 2 points et un match gagné pour la 3ème place, un titre de champion du monde en 2019.

Dans quatre ans, si l’équipe de France ne bouge pas, elle aura 31 ans de moyenne d’âge, on peut espérer qu’elle aura 25 sélections de plus. Dans le meilleur des cas, elle aura presque 60 sélections, ce qui ne sera pas le cas puisqu’on sait très bien que nous, dans notre manière de travailler, on ne sélectionne pas les joueurs les plus sollicités durant l’hiver donc ils ne partent pas en tournée ce qui donne un potentiel de 8 sélections pour les meilleurs.

L’âge va faire que certains joueurs vont peut-être quitter le groupe. Mais je pense qu’on peut monter sur l’expérience et la maturité collective de 2 ans, voire 3 ans et de 20 sélections. A partir de là, cette équipe sera sûrement encore plus forte que celle qui a perdu face à l’Afrique du Sud d’un point en quarts de finale.

« Essayons de monter tous encore d’un cran notre niveau. Et c’est à ce prix qu’on sera encore plus performant »

Vous êtes-vous poser des questions avant de repartir pour quatre ans malgré un contrat courant jusqu’en 2028 ?

Il y a une blessure et une douleur. Pour en avoir parlé avec les leaders, la blessure fera une ci- catrice et cette cicatrice on l’aura à vie. Mais ça fait partie de notre chemin. Pour avoir vécu de nombreuses déceptions, ce n’est jamais un handicap. Avec le temps, ça devient doucement, mais sûrement ce qu’on appelle de l’expérience.

Pensez-vous pouvoir travailler dans les mêmes conditions ? On a déjà entendu certains clubs tirer un peu la langue…

Pendant quatre ans, l’équipe de France a été un succès. Lorsque l’équipe de France marche bien, c’est d’abord pour tous les clubs du rugby français, les 2000 clubs, des ressources supplémentaires. L’équipe de France, c’est un centre de recettes, pas de coûts !

1 euro investi pour l’équipe de France, c’est fois 20 pour les res- sources de la Fédération Française de Rugby, c’est 90%. Par effet de ricochet, lorsque l’équipe de France tourne bien, ce sont des stades pleins en 2ème division, en Nationale et en 1ère Division.

On marche ensemble. Entre le Top 14, la Pro D2, la Ligue et la Fédération, on marche ensemble et je veux croire qu’on va continuer à marcher ensemble. Je veux croire que tout le monde a bien compris l’intérêt pour les deux institutions d’être associées dans les bons moments, dans les très bons moments, il y en a eus beaucoup, comme dans les moments plus difficiles. Ça s’appelle la solidarité. En pensant que le meilleur est à venir.

Le XV de France modifie son staff

Emmanuel Meafou est désormais Français. Le vivier est-il là sur des postes compliqués comme la 2ème ligne ou celui de pilier droit ? Avez-vous de quoi renouveler cette équipe de France ?

Je me souviens très bien quand on a pris l’équipe de France. Après la Coupe du Monde au Japon en 2019, on me disait courage et on me posait les mêmes questions. Il n’y a personne à droite, il n’y a personne là ou là… Lorsqu’on crée l’aspiration et qu’on est en capacité d’apporter la bonne méthodologie pour bien préparer l’équipe de France pour qu’elle soit performante, on peut être surpris par les potentiels qu’il y a dans le rugby français.

Il faut que tous les joueurs de Pro D2, de Top 14, de Nationale, des centres de formation pensent qu’ils peuvent avoir l’ambition de jouer en équipe de France. Vous avez parlé de Meafou, mais il y a beaucoup d’espoirs aujourd’hui qui ont le potentiel pour jouer en équipe de France, qui ont aussi cette ambition. Soyons exigeants collectivement et individuellement. Essayons de monter tous encore d’un cran notre niveau. Et c’est à ce prix qu’on sera encore plus performant.

Le Tournoi des VI Nations sans Ntamack

Vous allez commencer le prochain Tournoi sans Antoine (Dupont) ni Romain (Ntamack) à la charnière. Qu’est-ce que ça change ?

C’est toujours l’opportunité de découvrir et de faire monter en compétence des potentiels. Ça ouvre la porte du vestiaire à d’autres profils. C’est une opportunité et pour nous un challenge.

Repartez-vous d’une feuille blanche avec un nouveau staff ?

On a quatre ans d’expérience, quatre ans de vécu très fort. Mais il ne faut pas s’interdire de modifier les organisations, de les faire évoluer en ayant identifié des marges de manœuvre et la possibilité de progrès. Il n’y a aucune raison qu’on ne soit pas encore plus fort, qu’on ne soit pas sublimé par ce qu’on a vécu.

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