mercredi 22 mai 2024

Cyclisme : Cavendish-Greipel, Armstrong-Contador, Gaudu-Démare… Travailler ensemble malgré la haine !

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Cavendish-Greipel chez High Road et Armstrong-Contador chez Astana, ces coureurs ont été obligés de collaborer avec des coéquipiers qu’ils n’aimaient pas, ce que vivent aujourd’hui Gaudu et Démare chez Groupama-FDJ.

Cavendish-Greipel : la haine pure

C’est de notoriété publique, ils se détestent. Et ont appris à le faire dans la même équipe, chez High Road, sur les routes du Giro 2008. Poisson pilote de Cavendish, Greipel regarde d’abord gagner son leader à deux reprises avant de le devancer et de lui entendre dire au micro de la Rai, juste après l’arrivée, qu’il lui a laissé la victoire.

« Il ne m’a pas laissé gagner, j’étais tout simplement trop rapide pour lui ! » Deux ans après, le conflit monte d’un cran quand le « Cav », tenant du titre, est sélectionné pour Milan-San-Remo au détriment du « Gorille de Rostock » qui ne digère pas :

« Il n’avait aucune chance de gagner vu son état de forme alors que j’avais déjà 6 victoires à mon actif. » Réponse de Cavendish :

« L’an passé, j’ai gagné les doigts dans le nez, en revanche, Greipel ne gagnera jamais une grande course. » Le combat dure deux ans avant le départ de l’Allemand en 2011 chez Omega. De guerre lasse, en constatant que les propos de son leader n’étaient pas des paroles en l’air : « Même hors de forme, il est exclu qu’il soit au départ d’une course à laquelle je participe aussi. »

Bouhanni-Démare : c’est pas moi, c’est lui !

Avant d’en découdre avec Gaudu, Démare ferraille pas mal avec un autre sprinteur, Nacer Bouhanni, toujours au sein de la FDJ. Pour justifier son départ chez Cofidis en 2014, Bouhanni n’hésite pas à avancer « qu’Arnaud n’aime pas cohabiter. Il a déjà dit qu’il ne roulerait jamais pour moi. »

Trois ans après, sur le Tour, après s’être mutuellement accusés de « se fermer la porte », avoir été sanctionnés pour s’être frottés de trop près, Jacopo Guarnieri, poisson pilote de Démare sur le Tour 2017, remet une pièce dans la machine, au micro de la Rai :

« Bouhanni est un con, un imbécile, un trou du cul. Il a juste essayé de nous faire tomber. Pauvre gars. Il doit être nerveux. Il ne gagne jamais. » S’il s’est excusé sur la forme, l’Italien n’a pas remis en cause le fond. Et ce n’est surtout pas Démare qui a dit le contraire…

Leblanc-Virenque : la vengeance est un plat qui se mange froid

Leur animosité remonte à leur saison commune chez Festina en 1994 où, perturbé par la popularité du Varois, le Limougeaud n’a jamais trouvé sa place. Leblanc déclarait dans le magazine Pédale en 2013 : « Je n’avais aucune entente avec Virenque. Il y avait toujours des polémiques à cause des médias. C’était Richard Coeur de Lion et moi j’étais une merde. Je n’ai jamais vendu mon âme au diable pour me faire de la notoriété ! »

Après un Tour de France où ils finissent 4ème et 5ème, leur rivalité sportive et humaine atteint des sommets lors de championnats du monde 1994 à Agrigente, en Sicile, qui restent encore en travers de la gorge de Virenque. Les deux Festina visent le titre. Alors que, selon Virenque, l’idée est d’arriver en bonne position au pied de la dernière difficulté pour lui permettre d’attaquer, le scénario ne se passe pas vraiment comme ça.

La faute… à Leblanc qui prend les devants et s’en va chercher le maillot arc-en-ciel en résistant à Chiappuci, 2ème, et… Virenque, 3ème. Cinq ans après, le septuple meilleur grimpeur du Tour se venge en poussant le patron de Polti à se débarrasser de Leblanc pour le recruter. « J’ai été humilié, déclarait-il dans Pédale, car le patron de Polti a clairement dit qu’il voulait Richard parce qu’il avait plus de notoriété que moi. »

Armstrong-Contador : un crime de lèse-majesté

En 2008, le retour de l’Américain déchu, après quatre ans de pause, est largement perturbé par l’inimitié qu’il voue à Contador, le champion montant vainqueur du Giro et de la Vuelta la même année. Chez Astana, les deux prétendants au Tour de France 2009 ne parviennent jamais à s’entendre.

Aux ordres d’Armstrong, Johan Bruyneel n’a aucune influence sur le « Pistolero » qui n’en fait qu’à sa tête pour aller chercher son deuxième Tour au grand dam d’un Armstrong peu habitué à ne pas dicter le tempo et qui échoue, 3ème, dans sa quête d’un 8ème Tour. Jusqu’à la révélation de leur dopage, entre les deux leaders, les passes d’armes sont nombreuses. Dans L’Equipe, Contador avoue juste après le Tour 2009 : « Bien que ce soit un très grand champion, je n’ai jamais eu d’admiration pour Armstrong et je n’en aurai jamais. » Et pour cause…

Froome-Wiggins : fair-play britannique ?

Pour les deux Britanniques qui parviennent, bon an mal an, à coexister chez Sky, il y eut un avant et un après Tour de France 2012. En osant attaquer son partenaire, alors maillot jaune, sur les pentes de la Toussuire, Froome brise la tactique d’équipe et déterre la hache de guerre. Furieux, Wiggins, le futur vainqueur, aurait même menacé de quitter le Tour. L’année d’après, le Kenyan blanc remporte le pre

mier de ses quatre Tours et prend nettement l’ascendant sur un Wiggins qui reste son coéquipier jusqu’en 2015 mais avec lequel il ne partira jamais en vacances… allant même jusqu’à l’attaquer indirectement au moment où la polémique sur les AUT (autorisation à usage thérapeutique) remet en cause ses victoires.

Hinault-LeMond : « Tapie mettait de l’huile dans les rouages »

En quittant la formation Renault de Guimard et Fignon, LeMond savait que la cohabitation n’allait pas forcément être simple avec Hinault, tête d’affiche de la nouvelle équipe fondée par Bernard Tapie ; La Vie Claire. Il n’imaginait certainement pas qu’il allait devoir laisser au Blaireau un 5ème Tour de France qu’il aurait pu faire sien. Ne pouvant pas exploiter la grosse défaillance de Breton dans le Tourmalet, contrairement à ce qui avait été décidé au moment de son engagement, l’Américain ronge son frein et fait confiance à Tapie… et à Hinault pour un renvoi d’ascenseur.

En 1986, alors que le début du Tour du Français est étincelant, il craint une nouvelle fois de devoir lui laisser la vedette. Entre un Hinault qui lorgne sur la perspective d’entrer dans la grande histoire en accrochant un 6ème Tour, et un LeMond qui lui reproche de ne rien faire pour l’aider à en gagner un premier, les relations sont glaciales. Après les Pyrénées, Hinault en jaune, Tapie refuse de choisir et déclare que le vainqueur sera celui qui passera le mieux les Alpes.

En puisant sa motivation dans ce sentiment de trahison, LeMond fait la différence au sommet du Granon pour s’emparer du maillot jaune et donner l’apparence de l’entente cordiale le lendemain en arrivant main dans la main à l’Alpe d’Huez.

« Au départ de leur collaboration, LeMond ne comprenait pas Hinault, précise Jean-Paul Ollivier. C’était très tendu, mais sans jamais verser dans l’animosité du fait de Tapie qui mettait de l’huile dans les rouages et de l’issue de ce Tour 1986 qui en faisait le premier vainqueur américain. »

Anquetil-Poulidor : tout plutôt que l’autre…

Pour l’ancien journaliste Jean-Paul Ollivier, « s’ils avaient été dans la même équipe, je ne doute pas de la loyauté de Poulidor pour éventuellement aider Anquetil à gagner, s’il pensait qu’il était la

meilleure chance de l’équipe; Par contre, l’inverse n’aurait pas forcément été vrai. L’équipe aurait été profondément divisée… » C’est peut-être pour éviter ça que Poulidor refuse de participer au Tour de France 1961 en tant qu’équipier d’Anquetil au sein de l’équipe de France. Alors qu’il vient de remporter Milan-San Remo, et de battre son compatriote à la régulière dans une course de côte au Mont Faron, Poulidor ne s’imagine pas se mettre à son service…

C’est pourtant ce qui arrive aux championnats du monde 1966 en Allemagne. Alors qu’ils abordent les derniers kilomètres dans le groupe de tête, par peur de favoriser la victoire de l’autre, ils laissent Altig les devancer et terminent 2ème et 3ème. Un vrai gâchis qui alimente la rivalité entre le flamboyant « Maître Jacques » et le populaire « Poupou » qui, après s’être reniflé pendant toute leur carrière ont réussi à s’apprécier après.

Coppi-Bartali : la comedia dell’arte

Le moderne Coppi, le besogneux Bartali… Longtemps avant d’être à l’origine de la Semaine internationale « Coppi et Bartali », les deux champions italiens alimentent pendant quinze ans, entre 1940 et 1954, la première grande rivalité de l’histoire. D’abord simple coéquipier d’un Bartali déjà vainqueur de deux Tours de France et d’un Giro, Coppi ne reste pas longtemps à son service.

Il n’a que 20 ans quand il remporte le Giro pour sa première participation quand bien même il l’avait attaqué pour aider son leader à en gagner un troisième. Loin d’atténuer leur rivalité, la guerre va au contraire l’attiser car, à leur retour, les deux Italiens ne font plus partie de la même équipe.

Complexé par son jeune adversaire, jusqu’à l’obsession, Bartali gagne les deux premiers Giro post-conflit mondial de 46 et 47 avant de lui laisser l’édition 48… juste avant un Mondial qui les réunit de nouveau sous le maillot de la Squadra Azzura. Paroxysme de leur rivalité, les championnats du monde de Valkenburg, aux Pays-Bas, sont un vrai fiasco. Préférant laisser le titre au Belge Schotte plutôt que de risquer de faire gagner l’autre… ils ne finissent pas la course et sont suspendus deux mois par leur fédération.

Tom Boissy

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