dimanche 14 juillet 2024

Cyclisme : Chris Froome est-il fini ?

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Jean-Marc Azzola
Jean-Marc Azzola
Journaliste

Entre l’immense coureur qu’il a été et celui qu’il est aujourd’hui, Chris Froome (38 ans), privé de Tour de France cette année, est en train de sortir par la petite porte.

Le cœur lourd, la mort dans l’âme, Mark Cavendish, victime d’une chute, a dû quitter les routes du Tour de France lors de la 8ème étape. Chris Froome, lui, quadruple vainqueur de l’épreuve, n’a même pas pu les emprunter ! Terriblement déçu de ne pas participer à cette 110ème édition, l’intéressé a confié son désappointement sur sa chaîne YouTube :

« J’avais tellement travaillé dur pour en arriver là. Cela a été une très grosse déception de ne pas avoir été retenu dans l’équipe pour le Tour. J’avais vraiment l’impression que je m’étais remis sur de bons rails. Je sentais que physiquement j’étais prêt. J’avais atteint mes objectifs en ayant mon poids de course. Je n’avais pas perdu de muscle ».

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Chris Froome, c’est à ce jour 46 victoires au compteur au plus haut niveau, la dernière le 27 mai 2018 en décrochant le Giro. Mais on retient surtout ses quatre couronnements sur le Tour en 2013, 2015, 2016 et 2017. Ce serait aussi faire injure au Kenyan blanc d’omettre ses deux victoires dans le Tour d’Espagne en 2011 et 2017 et le Tour d’Italie en 2018.

Chris Froome sur le déclin depuis 3 ans

Après Bradley Wiggins (vainqueur du Tour en 2012), Froomey lui a succédé, et s’est à son apogée mué en véritable terreur du peloton notamment sur les routes du Tour :

« A mes yeux, il incarne le super grand champion, réagit le coureur américain d’AG2R Citroën Larry Warbasse. Il a toujours été très sympa aussi. A chaque fois que je l’ai croisé ou avant le début d’une course, il s’est montré toujours très cordial. Quand j’ai commencé à courir, il gagnait déjà de très grandes courses. Je l’ai toujours vu comme étant un travailleur infatigable. »

« Quelqu’un de très bosseur et un type super sympa, voilà comment je le vois. Maintenant il est vrai que cela ne s’est pas aussi bien passé ces derniers temps pour lui, mais cela arrive… Il n’empêche je le vois toujours comme un grand champion ».

Sauf que la dernière grande victoire de Froome remonte au Giro il y a cinq ans. Et ce dernier n’est plus le même depuis sa terrible chute lors d’une reconnaissance d’étape du Dauphiné survenue en juin 2019. Victime de multiples fractures (fémur, coude, hanche, vertèbre, sternum, plusieurs côtes cassées, hémorragie, perte de connaissance…), il met de longs mois à s’en remettre pour remonter sur un vélo.

En juillet 2020, l’équipe INEOS annonce qu’elle ne renouvelle pas son contrat. Depuis la saison 2021, le natif de Nairobi porte les couleurs de Israel-Premier Tech, mais pas avec les résultats escomptés. C’est peu de le dire !

« Il ne vaut pas son argent »

« On ne peut qu’être admiratif devant le palmarès de Chris Froome, rappelle le général manager de l’équipe Kjell Carlstrom. Il a remporté de nombreuses courses dans sa carrière et en particulier plusieurs Tours de France. Dès son arrivée, il a accru l’attention portée sur notre équipe du fait de sa présence. Dans le même temps, il a fait grandir les attentes placées autour de notre propre formation. Il fallait des coureurs qui puissent être au niveau pour pouvoir le soutenir, mais nous savons tous aussi que des blessures l’ont fortement gêné sans parler de ce terrible crash qu’il a subi pendant la période du Dauphiné. Tout cela ne lui a évidemment pas facilité la tâche ».

Quand Froome a commenté et remis en cause sa non sélection pour le Tour, cette réaction n’a pas forcément plu au grand patron d’Israel-Premier Tech, Sylvan Adams, qui s’est lâché sur le site cyclingweekly.com : « Chris n’est pas un symbole. Il n’est pas un outil de relations publiques. Donc non, je ne peux pas dire qu’il vaut son argent.

Ses performances n’ont rien à voir avec ses blessures, de mon point de vue. Je ne pense pas que Chris utilise encore cette excuse. (…) Nous avons pris un risque, mais nous signions le meilleur coureur de grands Tours de sa génération, et je voulais prendre ce risque. Cela a rehaussé notre visibilité, mais ce n’est pas un exercice de relations publiques. Mon idée était : ‘Wow, nous allons avoir quelqu’un pour être pertinent pour le classement général au Tour de France’, et cela ne s’est pas produit.

« Je suis très respectueux envers Chris. Il est quadruple vainqueur du Tour. Je respecte ses réalisations passées, mais si vous voulez faire partie de l’équipe du Tour de cette année ou de l’équipe du Tour de l’année prochaine, nous nous moquons de ce que vous avez fait il y a sept ans, nous nous soucions de ce que vous avez fait cette année et vous devez mériter votre place ».

« Ce genre de problématique ne doit pas être discuté dans la presse, mais plutôt traité en interne, estime pour sa part Kjell Carlstrom. Quand on s’est engagé ensemble, cela pouvait être vu comme une forme de pari. Comme je l’ai dit, Chris Froome a derrière lui une immense carrière. Bien entendu on aurait tous aimé que cela continue en ce sens pour lui après son retour de blessure. Force est de constater que les choses ne se sont pas vraiment passées de la sorte. Cela ne signifie pas que les résultats ont été mauvais non plus, mais on s’attendait à mieux aussi ».

5,5 millions par an, le salaire qui fait grincer des dents

Qu’attendre alors de ce champion désormais richement payé (5,5 millions par an) ? « C’est une question excessivement difficile, reconnaît Carlstrom. Chris Froome reste un coureur très motivé, mais le cyclisme est un sport qui a pas mal changé ces dernières années, la manière de courir n’est plus la même non plus. Tous ces paramètres tendent à faire penser qu’il est compliqué de définir avec la plus grande précision ses attentes. »

« Après, quand on évolue dans un sport comme le nôtre où les victoires sont primordiales, où la gagne est perpétuellement recherchée, il faut à un moment donné prendre des décisions aussi. On a étudié le calendrier le plus minutieux possible pour Chris, tout en faisant des sélections en fonction des courses. Néanmoins, concernant son retour à un certain niveau, c’est surtout lui qui a certaines réponses ».

Avec son contrat qui s’arrête en fin d’année au sein de Israel-Premier Tech, l’ancien multiple vainqueur du Tour va devoir prouver que le nom de Froome ne rime pas avec fin. D’autant que dans le même temps, son coéquipier Michael Woods a offert, à 36 ans, la 9ème étape du Tour de France à Israel-Premier Tech au sommet du Puy de Dôme…

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