dimanche 2 octobre 2022

Lennard Kämna, le nouvel Ullrich, a-t-il le potentiel pour gagner le Tour ?

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Frédéric Denat
Frédéric Denat
Journaliste

A 24 ans, fort d’une étape alpestre dans le Tour et d’une autre dans le Dauphiné, le grimpeur allemand de Bora-Hansgrohe, Lennard Kämna, a assez de talent pour représenter la montée en puissance de la nouvelle vague du cyclisme et prétendre, lui aussi, accrocher un grand tour.

Capable de briller sur tous les terrains, de gagner une étape de haute montagne dans le Tour (la 16ème, à Villard-de-Lans), de ne céder la seconde à Dani Martinez, au sommet de Puy Mary, qu’au sprint, de s’imposer en costaud à Megève dans le Dauphiné, Lennard Kämna l’est aussi de briller en contre-la-montre, champion du monde par équipes en 2017. Prototype du cycliste moderne, l’Allemand, initié au professionnalisme et aux exigences du World Tour chez Sunweb (20172019), n’a peur de rien. 40ème puis 33ème du Tour cette année, sa marge de progression peut lui laisser espérer viser le Top 10 en 2021.

A une autre époque, son profil de rouleur l’aurait condamné à n’être que l’héritier de son compatriote Tony Martin, son idole de jeunesse, son modèle. Aujourd’hui, décomplexé et refusant d’abdiquer sur un registre sous prétexte qu’il ne lui serait naturel, il construit sa carrière en ne se refusant rien, surtout pas de surprendre ou d’accepter ses propres limites, de les intégrer même à son processus de progression. Ainsi, il n’a pas hésité à demander à ses dirigeants de faire une pause de quelques mois en 2018, après son premier Milan-San Remo, pour mieux digérer sa montée en puissance, conscient qu’à ce rythme il allait au burn-out. Sa lucidité sur ses performances lui a permis d’éviter le pire et de rebondir.

Proche du burn-out en 2017

Cycliste atypique à la sensibilité exacerbée, Lennard Kämna a su tirer partie de ses faiblesses pour en faire des atouts et sortir toujours plus fort de ses rares échecs. Après trois années d’apprentissage, les choses sérieuses vont commencer pour lui en 2021 avec des choix stratégiques à faire. “Je pense que je peux jouer les classements généraux des grands Tours”, disait-il en fin de saison, après un abandon dans la Vuelta en 2017, et deux Tours où, avant cette année, il avait déjà tiré son épingle du jeu dans deux étapes de montagne à Foix Prat d’Albis (6ème) et Valloire (4ème) en 2019.

Avec l’arrivée de Kelderman, pour remplacer Majka sur le départ chez UAE Emirates, Schachmann et Buchmann, Bora-Hansgrohe pourra compter sur un autre profil de coureur complet à l’aise sur tous les terrains et qui ne cache désormais plus son ambition d’accrocher, lui aussi, un jour un grand Tour à son palmarès.

En attendant, même s’il n’a étonnamment pas été retenu pour les Mondiaux d’Imola, il a pris rendez-vous avec l’avenir en étant une des révélations du Tour, en quelque sorte le sauveur d’une formation qui espérait davantage de son leader, Buchmann (38ème) et qui n’a pu compter sur l’habituelle efficacité de Peter Sagan. 5ème au classement du meilleur jeune, il a assez démontré pour redistribuer les rôles et avoir un statut augmenté la saison prochaine.

La manière avec laquelle il a résisté aux meilleurs dans toutes les étapes de haute montagne cette année, et son passé de meilleur junior du monde en contre-la-montre démontrent un potentiel rare, un de ceux qui peuvent rêver amener un jour le maillot jaune jusqu’à Paris. Les Allemands attendent ça depuis 1997 et Jan Ullrich, Andreas Klöden se classant 2ème en 2004 et 2006, le dernier à monter sur le podium. Le prochain pourrait être Lennard Kämna…

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