vendredi 24 mars 2023

Cyclisme : les quatre espoirs français à suivre en 2022

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Eric Mendes
Eric Mendes
Journaliste

Alan Jousseaume (TotalEnergies) : « Je suis surtout attiré par les courses par étapes »

En performant sur la Ronde l’Isard en 2020 et dans le Tour d’Alsace en 2021, Alan s’est découvert des talents de grimpeur qu’il ne soupçonnait pas et qui lui ont ouvert la voie d’une carrière professionnelle.

Puncheur-sprinteur ou grimpeur, quel est votre profil ?

J’avais plutôt un profil de puncheur, mais lors de ma première année chez Vendée U, j’ai pas mal marché sur les courses dures avec beaucoup de dénivelés comme le Tour du Maroc.

Avec le confinement qui arrivait, je me suis posé des questions sur ce qui m’attirait le plus dans le vélo. Et j’ai pris conscience qu’il s’agissait des étapes de montagne, où il faut dépasser ses limites en permanence, ce qui leur offre une saveur particulière. Dans la foulée, j’ai fait beaucoup d’efforts pour réguler mon alimentation et je suis sorti du confinement avec quatre ou cinq kilos de moins. C’est dans ce contexte, et sans aucun autre repère, que j’ai abordé la Ronde de l’Isard pour aller chercher une 3ème place.

Jousseaume misent sur les étapes de montagne

Qu’est-ce que ça change pour vous ?

Beaucoup de choses dans la confiance. Cette performance sur un terrain qui n’était a priori pas le mien m’a rassuré dans ma logique de changement de profil. Le regard des autres n’est plus le même, je sens qu’on est prêt aussi à ma confier davantage de responsabilités.

Dans quel état d’esprit êtes-vous avant d’aborder votre première saison pro ?

J’ai hâte d’y être, d’enfiler mon premier dossard et de me retrouver au milieu des autres coureurs, surtout dans une équipe qui prend une autre dimension avec l’arrivée de Peter Sagan. Je suis pas mal excité par cette perspective. Je l’ai manqué lors de notre premier rassemblement cet automne, mais je savais pouvoir le retrouver lors du premier

stage de la saison en décembre au cours duquel on devait prendre connaissance de notre programme et découvrir nos nouveaux coéquipiers.

Vous avez 23 ans, c’est devenu un âge déjà mur pour un cycliste qui voit ses meilleurs éléments gagner de grandes courses à 20 ans ou moins !

Chacun a sa trajectoire personnelle, mais le fait est que de plus en plus de jeunes coureurs parviennent de plus en plus tôt au plus haut niveau et sont déjà compétitifs en juniors ou en espoirs. C’est le cas de tous ceux qui étaient déjà très pros dans leur approche du vélo dans les catégories de jeunes. A titre personnel, ma trajectoire a été tout à l’opposé, avec une croissance tardive et une musculature qui ne s’est développée qu’en espoir première année.

« Jacky Durand et Cadel Evans ont marqué ma jeunesse »

De quelles courses rêvez-vous aujourd’hui ?

Je suis surtout attiré par les courses par étapes. J’ai en général une bonne récupération donc je rêve plutôt des grands Tours, avec une préférence pour le Tour de France. Y participer serait un rêve, y briller sur une étape un but ultime.

Quels furent vos idoles de jeunesse ?

Jacky Durand et Cadel Evans ont marqué ma jeunesse. J’ai une cassette du Tour de 1998 avec Durand que j’ai longtemps regardée en boucle et que je me repasse régulièrement. En 2005, au bord de la route du Tour, j’ai récupéré un bidon de Cadel Evans dans l’étape où il est passé en tête en haut du col du Soulor. Je l’ai toujours à la maison. Ce sont deux profils de battants qui ne lâchent jamais rien, j’aime ça !

Paul Lapeira (AG2R Citroën) : « J’ai réalisé un rêve de gosse »

En décembre, c’est pour le traditionnel stage de reprise, en Espagne, du côté de Gandia, que le Normand de 21 ans va faire ses premières armes de pro (il a signé deux ans jusqu’en 2023) au sein d’un équipe AG2R Citroën au sein de laquelle son profil de puncheur devra lui permettre de saisir toutes les opportunités de se montrer pour perpétuer son rêve d’enfant.

Dans quel état d’esprit êtes-vous à l’aube de votre première saison professionnelle ?

Je suis super motivé pour découvrir de l’intérieur le fonctionnement de l’équipe, le staff, les coureurs, le niveau professionnel, un environnement que j’ai un peu côtoyé en tant que stagiaire, mais que j’ai hâte de vivre avec le statut de néo-pro, pour apprendre et progresser. Le maître mot est vraiment celuilà : la motivation.

Comment appréhendez-vous ce passage dans l’univers professionnel ?

Il y a cinq ans, avant d’intégrer la filière formation à Chambéry, je ne l’aurais pas cru possible, c’était davantage du domaine du rêve qu’un véritable objectif. Signer pro est donc pour moi un rêve de gosse qui s’est réalisé. Mais je reste compétiteur et je ne veux pas m’arrêter là. Mon but est aujourd’hui de réaliser une belle carrière, de parvenir à durer et à gagner le plus de courses possibles.

« Il ne faut pas avoir trop longtemps les yeux qui brillent »

Avez-vous pour cela des échéances à respecter, un plan de carrière en tête ?

En tant que néo-pro il est toujours très difficile de prévoir, de se projeter sur une saison avec des objectifs précis car le planning bouge sans cesse. Il faut juste s’y préparer pour être en capacité de saisir toutes les opportunités qui se présentent. L’approche est forcément différente des pros confirmés qui ont plus de visibilité. On est un peu comme des coureurs amateurs qui doivent courir tous les week-ends. Cette première saison est comme une transition entre le monde amateur et le monde pro. Au moins, je ne serai pas dépaysé.

Dans quel domaine êtes-vous le plus à l’aise ?

En bon Normand qui se respecte, je suis plutôt un puncheur, moins à l’aise en montagne. J’aime les efforts courts, du sprint classique à l’effort de cinq à dix minutes où je peux exprimer le mieux mon potentiel, mes qualités. Quand je sens la victoire se profiler, je suis focus à 100% dessus. J’aime aussi le côté stratégique des courses.

A quel profil de coureur ou de carrière rêvez-vous ?

Julian Alaphilippe a la carrière idéale. Mais je n’ai pas envie de me comparer, je veux faire mon propre chemin pour en être fier le jour où je gagnerai ma première course.

Laquelle vous fait le plus fantasmer ?

Si j’étais chauvin je dirais la Polynormande car elle a lieu à cinq kilomètres de chez moi ! Dans les Ardennaises qui me correspondent bien, si j’avais à en choisir une, ce serait la Flèche Wallonne, ou le Tour de Lombardie…

Un puncheur aux grandes ambitions

… que vous avez gagné cette année chez les amateurs (Piccolo Giro di Lombardia) !

Ce fut d’ailleurs le moment le plus fort émotionnellement de ma carrière. Je sortais d’un mois d’août très difficile, et à ce moment là de la saison et de mon parcours, je ne pouvais pas espérer gagner plus belle course.

Quel est le piège principal qu’un néo-pro doit éviter en arrivant sur le circuit ?

Rester spectateur et avoir trop longtemps les yeux qui brillent de côtoyer des coureurs que vous ne regardiez qu’à la télé avant. Il faut vite sortir de ce schéma là pour devenir un acteur. Je pense que ce ne sera pas facile à faire, mais j’ai un tempérament qui me pousse à ne pas m’enflammer. Je suis plutôt dans le contrôle, pas très expressif. Même si à l’intérieur ça peut bouillir (rires) !

Hugo Toumire (Cofidis) : « M’étalonner dans de grosses courses, avec un gros niveau »

Il est Normand… et grimpeur. A 20 ans, après une saison de découverte dans l’antichambre des pros, Hugo Toumire se prépare à faire son entrée dans la cour des grands. Avec un potentiel certain et prometteur, une grande excitation et beaucoup d’ambition.

Que représente pour vous cette première saison professionnelle ?

Que du bonheur ! En entrant dans la cour des grands, mon rêve de gosse devient réalité. Je n’ai qu’une hâte : y être ! Montrer ce que je peux faire et repousser mes limites pour aider l’équipe au maximum.

Comment appréhendez-vous ce passage chez les pros ?

On ne peut pas vraiment dire qu’il est logique, mais j’ai tout fait pour y arriver donc c’est plus une récompense, et en même temps une étape, une opportunité qu’on m’accorde et que j’ai bien l’intention de saisir. Mais, gamin, si on m’avait dit ça… je ne l’aurais pas cru.

Quelles ambitions personnelles aurezvous en 2022 ?

J’aimerais découvrir de grosses courses avec un gros niveau, pour m’étalonner, voir ce à quoi je peux prétendre, de quelle manière je vais pouvoir aider l’équipe. Me rendre compte de ce qu’est le haut niveau. Je suis impatient et excité à l’idée de me confronter aux meilleurs. Je pense que ça va me booster, me donner envie de m’entraîner encore plus fort.

Comment vous situez-vous par rapport à des jeunes coureurs de votre âge qui ont déjà gagné de grandes courses ?

Je n’ai surtout pas la prétention de me comparer à eux. Chacun a son parcours. Certains peuvent s’exprimer très tôt, d’autres attendre 28 ou 29 ans… L’important est d’être en accord avec soi-même.

« J’aime les coureurs qui dynamitent les courses »

Quelles épreuves vous font le plus rêver ?

Je ne vais pas être original en citant le Tour de France. C’est mythique, magique. Même si elle ne correspond pas à mes qualités, je citerai en deuxième Paris-Roubaix (il a terminé 2ème du Paris-Roubaix junior en 2019, Ndlr) pour tout ce que cette classique dégage comme émotions et spectacle.

Vous ne vous imaginez pas en vainqueur de Paris-Roubaix un jour ?

Je suis grimpeur… et on ne peut pas gagner sur tous les terrains (rires) ! Dans un premier temps, il est peut-être plus pertinent de se spécialiser sur ses points forts. On verra avec le temps comment appréhender les autres secteurs, les courses qui peuvent me correspondre plus que les autres.

Jusqu’à présent, quel est votre meilleur souvenir ?

Même si toute l’équipe de France a été malade, le Tour de l’Avenir a été une belle expérience à vivre (il a fini 5ème du général, Ndlr).

Alaphilippe comme grand modèle

Quels cyclistes vous inspirent ou vous ont inspiré dans votre enfance ?

Aujourd’hui, j’admire beaucoup de coureurs, et si je devais en citer un ce serait Julian Alaphilippe, parce qu’il est à l’attaque et court beaucoup à l’instinct. Lorsque j’étais enfant, j’étais fan d’Alberto Contador puis de Tony Martin un peu plus tard. Ils ont des profils différents, mais j’aimais beaucoup chez eux leur mentalité, leur capacité à dynamiter les courses, à être solides mentalement.

Si vous aviez à cerner chez vous deux qualités et deux défauts, quels seraient-ils ?

Difficile (rires)… pour les qualités, je suis un grand optimiste qui ne lâche rien, un battant. Pour les défauts, je peux être parfois trop têtu, trop impulsif aussi, pas assez réfléchi dans la conduite des courses. Il va falloir que je m’améliore.

Je suis vraiment pressé de voir ce que ça va donner. Cette année, j’ai pu mettre un pied dans l’équipe lors de certains stages, pour connaitre l’organisation, les coureurs, l’encadrement, ça va m’aider à m’intégrer plus vite.

Milan Vader (JUMBO-VISMA) « Ma maison sera divisé en deux : VTT et route »

« Il est physiquement très doué et techniquement très bon ! » Les propos de Merijn Zeeman, le directeur sportif de Jumbo Visma, expliquent le recrutement du spécialiste de VTT dans l’équipe néerlandaise. A 25 ans, le double champion des PaysBas de VTT cross-country attend notamment de son arrivée sur route… qui ne l’empêche pas de réaliser son rêve olympique en 2024 à Paris.

Pourquoi ne vous êtes-vous pas mis à la route plus tôt ?

J’ai commencé à faire du VTT parce que c’était ce que je préférais. Très vite, j’ai obtenu de très bons résultats et, comme j’avais 14/15 ans, mon objectif était de décrocher une médaille aux Jeux Olympiques. Donc jusqu’en 2021, je me concentrais entièrement sur Tokyo. Avant de choisir Jumbo Visma pour la suite de ma carrière.

Avec quels objectifs pour 2022 ?

Avant tout apprendre… Je vais diviser ma saison en deux : une partie VTT et une partie route. La partie route est nouvelle pour moi à ce niveau. Nous allons essayer autant de choses différentes que possible et il n’y a aucune pression sur le résultat. Ce sera différent en VTT où je vais suivre un programme précis avec davantage d’ambitions sur les résultats.

Les classiques Wallonnes pour se tester

Quel rôle aurez-vous dans votre nouvelle équipe ?

Je vais commencer avec l’objectif d’apprendre à connaître ma nouvelle équipe. Au début, l’accent sera principalement mis sur ce point et sur l’utilisation maximale de toutes les possibilités offertes par Jumbo Visma. En ce qui concerne mon rôle dans les courses, je vais tout expérimenter comme leader, mais aussi comme simple équipier. L’équipe vise à donner à chacun un rôle différent dans notre processus de développement.

Quel est votre profil, plutôt grimpeur, plutôt rouleur ?

Les courses avec des montées ne dépassant pas 10-15 minutes devraient me convenir. Les classiques wallonnes, en particulier, semblent bien correspondre à mon profil. Mon programme comprendra des courses d’un jour et des circuits afin d’acquérir de l’expérience sur tous les terrains.

Pourquoi avez-vous choisi Jumbo-Visma ?

Mon choix s’est fait assez rapidement. La partie performance de l’équipe est particulièrement solide et offre de nombreuses possibilités de développement pour moi en tant que coureur. Le fait que je puisse combiner le vélo de route et le vélo de montagne n’a fait que rendre l’offre plus attrayante.

Quels sont vos coureurs préférés ?

Je n’en ai pas vraiment. Il s’agit davantage

de la performance elle-même. Si quelqu’un fait quelque chose de spécial, je peux l’apprécier et l’admirer.

Quelles courses rêvez-vous de gagner un jour ?

De préférence le plus grand nombre possible, mais une grande classique serait cool ! Et bien sûr, la course olympique de VTT à Paris en 2024.

« Je rêve de la course olympique à Paris 2024 »

Pourquoi de plus en plus de vététistes se mettent-ils à la route selon vous ?

Je pense que les coureurs tout-terrain en général ont des qualités qui conviennent aussi bien à la route. Le VTT est un sport assez complet. Nous voyons dans le cyclisme contemporain un certain nombre de coureurs qui sont très bons dans de nombreux domaines. De plus, on ne peut nier que sur la route, le travail est plus professionnel. Je pense que cela attire aussi.

Sur quels axes allez-vous travailler ?

Il y a beaucoup de choses que je peux encore améliorer. J’ai l’ambition de m’attaquer à mes points faibles. C’est la chose la plus importante et c’est ce qui me fera progresser en tant que coureur au bout du compte.

Connaissiez-vous déjà des coureurs de votre nouvelle équipe ?

J’ai participé au camp d’entraînement en janvier dernier (2021) et j’ai donc rencontré la plupart des coureurs.

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