mercredi 24 juillet 2024

Cyclisme : les réserves pros mettent-elles en danger les clubs amateurs ?

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Depuis les années 2000, les équipes professionnelles se structurent pour posséder une réserve.Un phénomène qui s’est accentué ces dernières saisons. Peut-il mettre en péril la santé de ces clubs amateurs ?

Il fut un temps où les coureurs faisaient leurs armes en amateurs avant de tenter leur chance dans le monde professionnel. Thibaut Pinot ou Warren Barguil ont, par exemple, porté les couleurs du CC Etupes, l’un des clubs français les plus réputés, Julian Alaphilippe était lui dans l’équipe de l’Armée de Terre.

Aujourd’hui, ces équipes ne sont plus les portes d’entrée privilégiées du monde professionnel, les équipes World Tour se dotant depuis les années 2000 d’une réserve, une sorte de centre de formation comme cela se fait dans le foot. Une situation préjudiciable pour les clubs amateurs dont les coureurs sont démarchés de plus en plus jeunes :

« Depuis deux ans, c’est très difficile. Les équipes professionnelles viennent chercher les coureurs de plus en plus jeunes. Avant, ils démarchaient ceux de l’équipe première, maintenant ils contactent les jeunes. J’essaie de les mettre en garde car parfois ils sont sollicités par des équipes continentales qui n’ont pas de grosses structures ou de gros moyens financiers.

Les jeunes n’ont plus de patience

En partant dans ce genre d’équipe, ils peuvent s’enterrer. Parfois, il vaut mieux attendre de meilleures opportunités. Mais, de nos jours, les jeunes sont pressés.

Quand ils voient des contrats professionnels, ils foncent sans forcément réfléchir. Dans le même temps, on a de plus en plus de pros qui redescendent de niveau car la concurrence est de plus en plus importante » regrette le président du CC Etupes, Sylvain Chalot.

Si, en foot, un club peut récupérer une indemnité de formation, en cyclisme c’est le flou total, rien n’est prévu pour préserver le monde amateur : « Nous n’avons aucune protection. En foot, il y a des indemnités de formation pour tous les petits clubs où a évolué le joueur, nous ils nous donnent parfois des cartons de bidons ou de gants, mais rien de plus. »

« Au foot, il y a des indemnités de formation, nous ils nous donnent parfois des cartons de bidons ou de gants… »

« En cyclisme, on parle de changer la loi pour mieux protéger les clubs amateurs depuis plusieurs années, mais rien ne change. Le pire, c’est que l’on peut perdre un coureur en pleine saison, c’est difficile de planifier les saisons, on ne sait jamais avec qui on la terminera.

Les contrats aidés pour les jeunes ont été supprimés par l’Etat, ça nous a également fait très mal. En plus, la convention du sport ne nous autorise pas de signer des CDD, on est donc coincés de tous les côtés et vulnérables. Financièrement, on ne peut pas proposer grandchose aux gamins. Les collectivités en ont marre aussi de nous donner des subventions, de payer pour la formation quand elles voient qu’on ne garde pas les jeunes. »

Pas facile dans ce contexte de construire une politique durable. Le patron du CC Etupes ne se montre pas optimiste pour l’avenir. Selon lui, le phénomène va s’amplifier. Pour résister à l’attrait des réserves, il faudrait que les équipes amateures deviennent professionnelles et puissent ainsi proposer un projet concret à leurs coureurs. Mais cela engendrerait de gros efforts financiers que beaucoup de structures ne pourraient pas assumer.

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