lundi 27 mai 2024

Daniel Pautrat : « Aujourd’hui, Les retransmissions télé du Tour sont d’une grande tristesse »

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Frédéric Denat
Frédéric Denat
Journaliste

Cet été, à 85 ans, comme tous les ans depuis 1961, Daniel Pautrat quittera les Hauts-de-Seine, où il habite à 400 mètres de l’arrivée du premier Tour de France de 1903. Et avant de rejoindre le Var où, dans sa maison secondaire, il a longtemps été proche voisin de Robert Chapatte, à Grimaud où a aussi vécu le fondateur du Tour, Henri Desgrange -, l’ancien journaliste de TF1 et Antenne 2 sera une fois de plus sur les routes du Tour… Entretien pour Cyclisme magazine et Le Quotidien Du Sport.

Entretenez-vous toujours de fortes relations avec le cyclisme ?

Quand je suis chez moi, tous les matins, je fais une heure de VTT dans le Parc de Saint Cloud. Et je me rends le plus souvent possible sur les courses, sur le Tour évidemment même si, depuis vingt ans, je n’y suis plus du départ jusqu’à l’arrivée. Désormais, je n’y vais plus que quelques jours. Mais j’ai tous mes badges depuis 1961 !

Que pensez-vous du vélo d’aujourd’hui ?

J’ai été très triste du spectacle proposé pendant une quinzaine d’années, au début des années 2000… avant l’arrivée des Van Aert, Roglic, Pogacar, Alaphilippe et compagnie. Avec eux, je me régale. Ils m’ont rajeuni car ils me font penser à ce qu’on a appelé les trente glorieuses ; la période entre Merckx et Hinault.

L’arrivée de nouvelles nationalités, dans le sillage des Anglais, à l’instar des Slovènes, et la mondialisation du cyclisme nous offrent des profils singuliers qui cassent les codes. Je regrette juste que les coureurs ne soient pas plus accessibles. Ils ont trop tendance à rester dans leur bus alors que l’essence même du cyclisme est au contraire son accessibilité. Je l’ai dit à Madouas dernièrement :

« Dès que tu as passé la ligne, n’oublie pas d’enlever ton casque et tes lunettes pour que les gens te reconnaissent ! » Sinon, ils restent des objets pédalant non identifiés ! Dix jours après que Pinot gagne l’étape de l’Alpe d’Huez sur le Tour, je me suis retrouvé par hasard avec lui dans un restaurant de plage de Saint-Tropez. Personne ne lui a demandé un autographe !

« Jalabert ne dit que des lieux communs, heureusement qu’il y a Voeckler pour réveiller tout le monde »

Pourquoi ?

Parce que personne ne le reconnaissait. Comment voulez-vous reconnaitre un coureur qui a un casque et des lunettes au milieu d’un peloton où on a déjà du mal à identifier ne serait-ce que les couleurs d’une même équipe. Il y a tellement de maillots différents, qui changent tous les ans, qu’on finit par ne plus s’y retrouver. Au moins que les casques soient en rapport avec les tenues, où qu’on y inscrive une bande clairement identifiable… Donc si en plus, lorsqu’ils ont passé la ligne, les coureurs s’enferment dans leur bus, il ne faut pas s’étonner que personne ne les reconnaisse.

Le prochain vainqueur français du Tour, lui, ne devrait pas manquer de notoriété !

On attend depuis tellement longtemps qu’on se demande si ce n’est pas trop tard… ou trop tôt ! Je ne sais plus qui disait, vrai : « Il ne faut pas s’habituer aux deuxièmes places ! » J’ai l’impression que nos coureurs français s’en contentent trop facilement.

Vous avez été un des commentateurs phares du cyclisme sur TF1 et Antenne 2 pendant plus de trente ans (1961-1992), que pensez-vous des retransmissions télé actuelles sur le Tour notamment ?

Je les trouve d’une grande tristesse. Jalabert ne dit que des lieux communs, heureusement qu’il y a Voeckler pour réveiller tout le monde ! On peut rester vingt minutes sur une échappée sans savoir qui la compose. Quand on a la prétention de s’adresser à un large public, il faut répéter sans cesse le nom des coureurs, les montrer, expliquer d’où ils viennent. Dans ce registre, la télé belge (RTBF) le fait beaucoup mieux.

C’est dommage car les images sont magnifiques. En même temps, à leur décharge et à celle d’Alexandre Pasteur que j’ai eu comme élève à l’école de journalisme, quand nous étions à l’antenne pendant la dernière heure de l’étape, ils y sont, eux, six ou sept heures d’affilée. C’est dur de tenir et surtout d’avoir la même proximité que nous avions avec le peloton. Ceci-dit, avec Richard Diot et Jean-Michel Leulliot, nous avons fait du super boulot. On dictait le tempo au réalisateur quand c’est lui qui décide aujourd’hui quelles images il faut montrer alors qu’il n’a pas forcément la compétence pour apprécier le timing de la course.

Le Tour de France 1964 dans la légende

Quelle est votre Tour de référence ?

J’ai vécu celui de 1964 au plus proche du duel Anquetil-Poulidor, un souvenir fantastique. En parler encore aujourd’hui me donne des frissons tellement le scénario a été incroyable, véritable tragicomédie des temps modernes. J’ai passé 4000 kilomètres sur la moto à me prendre pour un coureur à une époque où on pouvait franchir la ligne d’arrivée avec eux, au coeur de la course.

J’ai retrouvé la même intensité avec la montée de Pra-Loup en 1975 dans le sillage de Gimondi, Thévenet, Merckx, puis de l’Alpe d’Huez en 1977 avec Zoetemelk, Kuiper, Van Impe et Thévenet. Quand j’en parle, je le revis (rires) !

Quel est votre podium pour le Tour 2023 ?

(après une longue réflexion) J’apprécie la grande simplicité de Pogacar, je connais moins Vingegaard, j’ai beaucoup d’admiration pour Van Aert. Et je suis curieux de savoir jusqu’où il peut aller s’il dépense autant d’énergie pour lui qu’il en a dépensé pour Vingegaard l’année dernière. Avec la saison de cyclo-cross, peut-être ne pourra-t-il pas tenir jusqu’à cet été. Yates est très souvent placé, mais jamais gagnant. J’aimerais voir Gaudu sur le podium après son beau Paris-Nice, en espérant qu’il ne s’en contente pas.

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