jeudi 25 avril 2024

Dans les coulisses du phénomène «L’Iquipe» : « Le plus difficile, c’est l’idée »

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C’est le nouveau phénomène qui enflamme la toile. A la manière des dessinateurs de presse, L’Iquipe porte un regard décalé et humoristique sur l’actualité. Entretien avec Jean-Louis, créateur et rédacteur en chef de L’Iquipe.

Il y a un peu plus de six mois, L’Iquipe a commencé à faire des fausses « une » du journal l’Equipe. A la façon des dessinateurs de presse, ce compte twitter porte un regard décalé et humoristique sur l’actualité.
Ce qui n’était, au départ, qu’un jeu entre amis, est vite devenu un rendez-vous quasi incontournable sur la toile. Chaque couverture est vue par des milliers de personnes qui s’amusent de la dérision de la rédaction de l’Iquipe (avec un « I »), qui ne se refuse rien. A l’image de cette « une » de Neymar sur les toilettes ou de Jacques Henri-Eyraud en « docteur denfer ».
Aujourd’hui, Jean-Louis est le patron (un peu mégalo…) d’une véritable petite rédaction. Il nous livre les secrets de fabrication de ces « une » que la toile attend avec impatience. Il nous en dit plus sur L’Iquipe et son mode de fonctionnement.

Comment l’aventure L’IQUIPE a-t-elle commencé ?
Ça a commencé pendant la grève de l’Equipe en janvier dernier. On était plusieurs collègues sur un groupe whatsapp, et comme ils étaient en manque de leur journal, je me suis amusé à faire des unes marrantes. Quand la grève a cessé, j’ai arrêté, même s’ils auraient aimé que je continue ! Ensuite, alors qu’on était en pleine guerre des droits télé, Jacques-Henri Eyraud faisait n’importe quoi à l’OM, je me suis dit que ça méritait peut être de faire quelque chose. J’ai contacté de vieux amis, notamment Jean-Patrick, le graphiste, qui est une ancienne connaissance de lycée et c’était parti.

Et aujourd’hui, comment fonctionnez vous ?

Avec Whatsapp. On a des groupes de discussions où chacun lance ses idées, où on évoque les sujets potentiels. On est une démocratie, même si lorsque j’ai une idée bien précise, les autres ont une obligation contractuelle de l’encenser.

Vous avez été surpris par votre succès ?

Je ne sais pas si on peut parler de succès, on a QUE 12000 abonnés, ce n’est pas énorme sur twitter. En revanche 12000 abonnés en moins de six mois, oui, clairement c’était inattendu. Si on m’avait dit le 1er février dernier, jour de notre première une, qu’on aurait 1500 abonnés six mois plus tard, j’aurais signé tout de suite alors 12000…

« Il y a beaucoup de gens qui pensent au premier regard que c’est l’Équipe »

Pourquoi ça fonctionne selon vous ?

D’abord je pense que c’est grâce à l’identité du journal l’Equipe. Si on avait fait la même chose avec une charte graphique originale, je suis convaincu que ça n’aurait pas aussi bien fonctionné. L’identité visuelle de l’Équipe est ancrée dans l’esprit des gens, alors si on détourne ça avec de l’humour, ça interpelle. Il y a beaucoup de gens qui, en voyant passer la une dans leur fil d’actualité, pensent au premier regard que c’est l’Équipe, du coup forcément ça fait réagir.

Le plus difficile, c’est de trouver l’idée ?

Totalement, c’est même souvent un casse-tête. On peut avoir le sujet mais comment faire d’une actualité parfois anodine un sujet marrant ?  Parfois une « une »  peut être créée de A à Z  en 1h-1h30, mais parfois ça peut prendre 5 ou 6h…

Si je te dis que les couvertures de L’Iquipe sont un peu les dessins de presse humoristiques des temps modernes ?

Il y a de ça oui. On peut faire dire aux gens ce qu’on veut, les mettre dans les situations qu’on veut. On a pas mal chambré Neymar les premiers mois. Pour le OM/PSG il était absent à cause d’une gastro donc on l’avait mis sur des toilettes avec une tête déconfite et on avait titré « le gastrico » ensuite, nouveau débat sur son hygiène de vie donc on l’avait mis en scène un verre de whisky à la main et une clope à la bouche. C’est en ça qu’est la similitude avec les dessins de presse.

« Tout est parti de Jacques Henri-Eyraud, notre meilleur client »

La première elle est venue comment ?

Jacques-Henri Eyraud enchaînait les déclarations tellement surréalistes qu’on se demandait si ce n’était pas des fake news.
Du coup c’était une évidence. Notre meilleur client à ce jour d’ailleurs.

Comment naît une couverture ?

Des idées sont lancées toute la journée mais on s’active vraiment le soir. S’il y a un match, on en discute pendant, on cherche des idées et quand on trouve enfin, on écrit, on imagine le visuel. Une fois la une « pensée », on s’attaque aux encarts. L’étape suivante c’est de décrire au graphiste ce qu’on veut exactement, on lui envoie les textes et il s’occupe du reste. Il ajoute parfois même quelques fautes d’orthographe histoire d’y mettre sa touche personnelle.

Vous validez à plusieurs ?

Non, je suis le rédacteur en chef. Chacun donne son avis mais si je ne suis pas convaincu par quelque chose, j’ai le dernier mot. Parfois ce sont les autres qui arrivent à me convaincre que mon idée est mauvaise, dans ce cas je les écoute et si c’est un succès, je m’en attribue bien évidemment le mérite dans le cas contraire, je leur dis que j’avais raison.

« Parfois on est déçu du scénario d’un match car on avait trouvé une super idée pour l’inverse »

Vous préparez les couvs à l’avance selon les scénarios ?

Oui. Pendant l’Euro, c’était clairement le cas. Par exemple sur France – Suisse, on avait lancé des idées sur une victoire de la France et en parallèle des idées sur une victoire Suisse. C’est la même pour tous les matches. Parfois on est même déçu du scenario du match car on avait trouvé une super idée pour le scénario inverse.

Il y aura d’autres sports que le foot ?

On a fait quelques tentatives sur d’autres sports. Une « une »  sur le rugby, une sur la Formule 1 et une sur Roland Garros, mais clairement ça touche moins de monde et on ne va pas se mentir, on est moins à l’aise avec les autres sports… Encore que pour la Formule 1 et le tennis, il n’y a pas forcément besoin d’être connaisseur pour en parler, mais le rugby et les sports collectifs en général c’est plus compliqué.

Tu as une couverture préférée ?

Je n’ai pas spécialement de « une »  préférée. Visuellementj’aime beaucoup celle d’Eyraud en docteur denfer, ou la parodie de Star Wars avec les leaders de Ligue 1, mais de là à dire qu’elles sont mes préférées, je ne sais pas…

La plus facile à faire ?

Il n y a pas de une facile ou difficile. On en revient toujours à l’idée. Si l’idée est évidente alors la une est facile, mais parfois on n’a pas d’idée ou du moins, pas de bonne idée, et c’est là que ça se complique.

« La revanche des ex » est la couv qui a le mieux marché »

Celle qui a le mieux marché ?

« La revanche des ex », c’était sur Thomas Tuchel et Unai Emery au lendemain de la victoire de Chelsea en finale de  Ligue des Champions. Sinon celle sur Anthony Lopes après Monaco – Lyon a bien marché aussi et nous a fait gagner pas mal d’abonnés. En fait, il n y a pas de règle. Parfois, on passe des heures sur une « une »  en pensant que ce sera un carton, et au final c’est un « flop ». Parfois on a l’impression d’avoir presque bâclé et ça cartonne…

Le plus beau compliment qu’on vous a fait sur une de vos couv ?

Disons que, quand les gens nous insultent en pensant que c’est l’Equipe, on a le sentiment du travail bien fait. C’est même assez incroyable le nombre de personnes qui pensent l’Équipe capable de faire des unes comme ça… On a quand même fait une « une »  « Un portos tos pour un », pour Portugal – France.. Comment les gens peuvent imaginer une seconde que ce soit l’Équipe ??

La pire réaction sur une de vos couvs ?

Ah ! La une sur Portugal – Belgique ! Franchement c’était très inattendu mais les Belges deviennent très nerveux quand on évoque leur « seum » ! Du coup, on les taquine sur chacune de nos « une » depuis.

La couv du 15 août, jour de Clermont-Troyes fait déjà rêver L’Iquipe…

La couv que vous rêvez de faire ?

Il n y en a pas spécialement, même si on a tous vraiment hâte d’être au 15 août pour assister à Clermont – Troyes. Le football champagne on aime ça à la rédaction.

La couv que tu aimerais ne jamais avoir à faire ?

Malheureusement on l’a déjà faite, le jour où on a appris le décès de Philousports*. Je ne le connaissais pas personnellement, je n’avais même jamais échangé avec lui, mais c’était un vrai personnage de Twitter, bienveillant (et c’est assez rare sur ce réseau), drôle, et avec beaucoup d’autodérision et ça j’adore. À l’annonce de son décès ça m’a vraiment fait quelque chose comme à peu près à tout Twitter. C’est à ce jour, la une qui a généré le plus d’interactions, mais on en tire aucune satisfaction.  Je préfère que les gens s’abonnent pour ce qui fait notre identité à savoir la parodie, la clairement ça ne compte pas, même si je suis content que notre “hommage” ait touché les gens. 

Les couvertures de dimanche et lundi prochain, avec la finale de l’Euro, elles sont déjà en gestation ?

Non, on ne va d’ailleurs pas faire grand chose jusqu’à la finale. Il y a aura probablement des discussions mais rien pour le moment.

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*Influenceur français décédé le 19 juin dernier à l’âge de 49 ans, Philousports était principalement connu pour ses commentaires sportifs décalés sur twitter où il était suivi par 260 000 personnes. Atteint de myopathie il était en fauteuil roulant depuis son enfance. Très populaire sur twitter, il l’était aussi dans le monde du sport où de nombreuses personnalités (dont Kylian Mbappé) lui ont rendu hommage.

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