mardi 23 avril 2024

Dupont / Ntamack meilleure charnière du monde ?

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Le renouveau de l’équipe de France coïncide avec l’avènement de la charnière Dupont-Ntamack. Jeune, talentueuse, évoluant dans le même club (Toulouse), peut-on d’ores et déjà dire qu’elle est la meilleure que les Bleus aient connue et même du monde ? 

La patience n’est pas la première qualité des Français. Ces dernières années, les sélectionneurs se sont succédés, les ouvreurs et les demi de mêlées aussi sans que l’on trouve vraiment la paire magique qui puisse s’installer dans la durée. L’instabilité de la charnière était un gros problème car c’est un secteur de jeu qui a besoin de stabilité, il est nécessaire aussi d’installer un buteur qui puisse évoluer en pleine confiance. La France était même l’une des rares nations qui n’avait pas de stabilité dans ce domaine : « Si vous regardez les nations qui ont de la stabilité, ce sont souvent des pays qui ont un réservoir moins important du fait de leur taille. Je pense notamment à l’Irlande. Culturellement, la France a toujours fabriqué d’excellents 9 ou 10. Ce n’est pas facile de trouver l’alchimie parfaite entre deux joueurs, il faut pourtant y arriver ou s’en rapprocher le plus possible car c’est vraiment le cœur de l’équipe, deux postes à hautes responsabilités. Le réservoir français est énorme, il y a trois ou quatre joueurs à chacun des deux postes qui ont le niveau international », explique Sébastien Piqueronies, l’ancien sélectionneur des U20. Abondance de biens ne nuit pas.

« Ils ne font aucun complexe »

Si, aujourd’hui, c’est la paire toulousaine Dupont-Ntamack qui a la préférence des sélectionneurs, les matches face à l’Italie et en Angleterre lors de l’Autumn Cup ont montré, en effet, que les remplaçants (Jalibert, Serin, Couilloud, Bézy, Carbonel) pouvaient aussi être performants comme le souligne l’ancien demi de mêlée de l’équipe de France Aubin Hueber : « Carbonel, Jalibert, Serin, Couilloud, Hastoy, le jeune du Stade Français Joris Segonds, sont aussi très forts. On a vu contre l’Italie que le changement de charnière ne baissait pas le niveau de l’équipe. Contrairement aux dernières années il y a beaucoup de talents à ces deux postes. C’est ce qui fait la particularité de cette nouvelle génération, elle joue sans beaucoup de pression, elle a la gagne en elle. Ils ont déjà battu les Anglais, les Blacks en jeunes, ils savent qu’ils peuvent les battre, ils ne font aucun complexe. Antoine est mis en avant et c’est normal car il est irréprochable. Il a une grosse capacité à performer au haut niveau. Il me fait penser à Byron Kelleher dans sa capacité à mettre les gros sur le cul. Il a de gros appuis, c’est un bon stratège. Et il est jeune donc il peut encore progresser. Il faut maintenant qu’il accumule les matches de haut niveau. Antoine Dupont doit encore travailler son jeu sous pression, mais il s’en sort car physiquement il est costaud. La charnière joue ensemble en club, c’est un plus sur la concurrence, c’est évident. » Dupont et Ntamack n’ont pas un long vécu derrière eux car ils n’ont pas toujours été alignés ensemble à Toulouse.

« Un talent exceptionnel »

Si Dupont a toujours été indiscutable en 9 malgré la forte concurrence de Sébastien Bézy à Toulouse, il jouait avec un vrai 10, Zack Holmes, qui avait été recruté à La Rochelle pour apporter la qualité de son jeu au pied. Romain Ntamack au début de sa carrière toulousaine faisait plutôt des apparitions au centre comme avec les U20 avec lesquels il a été champion du monde en 2018. Entre les blessures et les méformes d’Holmes, les envies de Romain Ntamack de jouer plus et les grosses performances au centre de la paire Guitoune-Ahki, le staff toulousain s’est petit à petit laissé tenter par l’idée d’installer Ntamack en 10 la saison dernière. Le joueur voulait aussi être positionné en 10. Son duo avec Dupont était né même s’il arrive encore à Romain de jouer en 12, Thomas Ramos prenant alors l’ouverture : « Antoine a un talent exceptionnel. C’est un joueur qui décide des situations, seuls les meilleurs ont cette capacité de décision et ils ne sont pas nombreux. Il est brillant quand il porte le ballon, sur les courses en soutien. Avec lui, le mot joueur de rugby prend tout son sens. Il a toujours fait la différence, depuis son arrivée à Toulouse Ugo (Mola) l’a parfaitement accompagné. C’est un garçon qui est déterminé, il est programmé pour supporter cette énorme pression. C’est la marque des grands » reconnait admiratif Sébastien Piqueronies.

Romain Teulet qui l’a connu à ses débuts à Castres va encore plus loin dans les éloges adressées à Antoine Dupont qui aujourd’hui fait clairement partie du Top 4 mondial au poste de demi de mêlée avec Aaron Smith (Nouvelle-Zélande), Faf de Klerk (Afrique du Sud) et Nic White (Australie) : « On a vite compris que c’était un phénomène. Il avait déjà une grande maturité, il gardait la tête froide en toutes circonstances. Dès ses premiers matches, il s’est montré indispensable. Une telle pépite, on en voit une tous les 15, 20 ans et encore. Quand il n’est pas là, son équipe ne joue pas pareil. Je n’ai jamais vu un demi capable de créer autant de soutien, il est toujours en soutien, toujours acteur. Il est toujours au bon endroit. Il n’a pas d’équivalent pour presser l’adversaire, dans sa capacité à rattraper les joueurs, ses interventions défensives. C’est un détonateur capable de changer le cours d’un match. Il sait se sortir de situations improbables. Le pire, c’est qu’il peut encore progresser au niveau tactique, stratégique, dans son jeu au pied aussi. Je trouve qu’il forme avec Romain une charnière très complémentaire. Romain semble aussi très détaché, il absorbe la pression. »

« Une pépite comme Dupont on en voit une tous les 15, 20 ans et encore »

En équipe de France, c’est Jacques Brunel qui leur a fait confiance lors du Tournoi des Six Nations 2019 puis lors de la Coupe du monde. Quand il a pris ses fonctions, Fabien Galthié a continué avec eux. Il a eu raison puisqu’ils ont tous les deux été nominés dans la liste du meilleur joueur du Tournoi et c’est Antoine Dupont qui a décroché le titre. Sébastien Piqueronnies reconnaît que, depuis son repositionnement en 10, Romain Ntamack a beaucoup progressé, il s’est approprié le poste et il a énormément travaillé son jeu au pied pour être le plus efficace possible dans son rôle de buteur car Antoine Dupont n’est pas un 9 qui bute régulièrement comme pouvait l’être Morgan Parra, par exemple. Au plus haut niveau, ce qui fait la différence dans les matches serrés, c’est la qualité de l’ouvreur buteur : « Romain est polyvalent, il est aussi excellent en 12. Sur le Mondial U20 en 2018, comme je ne voulais pas me priver de Louis (Carbonel) ou de Romain, je l’avais mis en 12. Ça marchait bien car les deux garçons ont la même mentalité. C’est un plus d’avoir un ouvreur en 12, ça permet de soulager le 10 sur les dégagements ou la gestion du jeu. L’Angleterre le fait avec Farrell et Ford, Toulon le faisait aussi avec Wilkinson et Giteau. Maintenant qu’il est installé en 10 à Toulouse, Romain a énormément progressé dans la gestion du jeu notamment. De toutes façons, il a toujours été surclassé, c’est un talent pur et les talents s’expriment à tous les postes. Il a de grosses qualités tactiques, émotionnellement c’est un rock, rien ne l’atteint, c’est impressionnant pour son âge. »

En 2020, la charnière a fait impression avec une seule défaite en Ecosse lors du Tournoi. Même si des ouvreurs comme Jalibert ou Carbonel frappent à la porte, ce duo est parti pour durer et pourrait devenir à terme la meilleure charnière des Bleus de l’histoire. Aubin Hueber : « Ce n’est qu’au bout de 30-40 sélections ensemble que l’on pourra dire si elle est la meilleure du monde, c’est sur la durée qu’on juge. Même chose de l’histoire des Bleus. Ils ont été très vite reconnus comme les meilleurs à leur poste, mais il faut voir aussi comment ils réagiront quand ils seront dans une moins bonne période. Chaque époque est différente, en France c’est difficile de sortir une charnière car on n’en a pas eue sur la durée comme l’Australie avec Gregan-Larkham ou l’Irlande avec Sexton. En France, on a eu Galthié-Lamaison, Hueber-Penaud, Lacroix ou Mesnel, mais on changeait souvent le 9 ou le 10. » Pour Sébastien Piqueronies, les deux joueurs ont les qualités pour entrer dans l’histoire du rugby français. « Avec le temps, elle peut devenir la meilleure charnière de l’histoire des Bleus. Je ne suis pas loin d’être persuadé que c’est inéluctable. Pour cela, à un certain moment, il ne suffira pas de bien jouer, il faudra aussi gagner des titres. »

« Cette génération a la gagne en elle »

Comme la Coupe du Monde 2023 par exemple… Le temps joue pour eux car ils sont jeunes et devraient évoluer ensemble pendant de longues années. L’un des grands perdants de l’émergence de ce duo est Louis Carbonel. Le Toulonnais, double champion du monde des U20 était présenté comme le futur 10 des Bleus. Il est certainement le plus doué de la nouvelle génération des ouvreurs, mais lorsque Jacques Brunel a choisi Dupont-Ntamack, Carbonel était en retrait, il a laissé le train passer d’autant plus que dans l’esprit des sélectionneurs il est numéro 3 derrière Ntamack et Jalibert. Il aurait pu profiter de son entente à Toulon avec Baptiste Serin pour s’imposer en Bleus devant le duo toulousain, mais s’il y avait éventuellement match pour le poste de 10, il n’y a jamais eu de débat en 9, Antoine Dupont étant largement supérieur à ses concurrents (Serin, Couilloud). Les choix ont été faits, les dés sont jetés, c’est Dupont-Ntamack, qui n’ont rien à envier aux charnières Youngs-Farrell (Angleterre), Murray-Sexton (Irlande), De Klerk-Pollard (Afrique du Sud) ou Smith-Mo’unga (Nouvelle-Zélande), qui a la charge et la responsabilité de mener le jeu des Bleus. A eux d’emmener l’équipe de France vers une victoire dans le prochain Tournoi dans un premier temps avant de rêver plus grand. Le temps presse, la France n’ayant plus gagné le Tournoi des Six Nations depuis 2010, une année où elle avait fait le Grand Chelem. 

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