lundi 4 mars 2024

Elle peut faire basculer une course : l’art de le descente

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Jean-Marc Azzola
Jean-Marc Azzola
Journaliste

Si les duels dans les cols sont souvent fermés tant les leaders se surveillent et les équipes cadenassent la course, les échappées dans certaines descentes peuvent réserver de drôles de surprises et influer sur le classement.

À la lecture du parcours du Tour de France 2021, parmi les moments-clés figurent deux passages. Deux descentes ! Celle de la 8ème étape (151 km) menant au Grand-Bornand avec un départ donné depuis Oyonnax et arrivant en descente après le col de la Colombière (7,5 km à 8,5%).

Puis celle de la 11ème étape menant à Malaucène (199 km) où la ligne d’arrivée sera franchie après une double ration du Mont Ventoux (15,7 km à 8,8%). « Cela devrait donner lieu à une descente très rapide, quelques différences pourraient être faites là » souligne Julien Jurdie.

La 14ème étape entre Carcassonne et Quillan (184 km) arrivera elle aussi en descente après avoir escaladé le col de SaintLouis (4,7 km à 7,4%) tout comme la 15ème entre Céret et Andorre-la-Vieille après avoir gravi le col de Beixalis (6,4 km à 8,5%). Si ce Tour de France sera assez pyrénéen dans son ensemble (sans parler de la Bretagne bien sûr…), les bons descendeurs pourront donc s’en donner à coeur joie :

« Une descente en col mouillé n’est forcément pas la même qu’en col sec, précise le directeur sportif d’AG2R Citroën. Les descentes demeurent des ingrédients importants pour la réussite des victoires d’étapes. Le succès peut donc se dessiner dans une descente. Je ne cesse de répéter à mes coureurs que les descentes sont pratiquement aussi importantes que les montées.

Ce n’est pas sans raison que tout le monde a bien progressé dans ce secteur. Cela devient de plus en plus difficile de lâcher les meilleurs dans un col comme ça l’est dans les descentes. Les écarts sont devenus tellement infimes dans les cols qu’on essaie de faire des différences dans les descentes. On cherche à optimiser les bonnes trajectoires. »

La descente en cyclisme demande une grande stratégie

Une grande part de stratégie s’impose : « La descente est toujours quelque chose qu’on étudie avec attention. En 2015, quand Romain (Bardet) gagne son étape sur le Dauphiné (la 5ème), on avait prévu de faire la descente à bloc. Néanmoins, il ne faut jamais négliger la prise de risques. Il faut y aller doucement en termes de coaching dans les descentes. Si vous transcendez votre coureur à descendre à bloc, la prise de risques devient alors très élevée. La chute peut vite  intervenir ».

Certains, dans le peloton, apprécient tout particulièrement l’exercice. « Cela dépend de quelles descentes on parle, explique le coureur d’Arkéa Samsic Warren Barguil. Mais Julian Alaphilippe descend très vite.

Clément Russo de mon équipe descend également vite. On s’amuse bien tous les deux, on descend pas mal (rires). Au Tour de Provence, il y avait une descente très rapide. On est sortis du peloton sans le vouloir. Peter Sagan et Vincenzo Nibali demeurent également de grands spécialistes ». Julien Jurdie :

« Alaphilippe et Bardet sont très à l’aise. Nos acrobates cyclocrossmen Van der Poel et Van Aert le sont également. Souvent Nibali se détachait dans une descente. C’est moins le cas maintenant. Le peloton a bien progressé là-dessus. Désormais, parmi les 30 meilleurs mondiaux, peu se font avoir dans une descente. La densité du peloton fait qu’il n’y a plus de coureurs vraiment largués.

C’est devenu difficile de lâcher de bons grimpeurs. Tout le monde descend relativement bien maintenant. Pinot n’est certes toujours pas le meilleur descendeur du peloton, mais on ne le distance pas autant qu’avant. C’est notamment pour cela qu’il y a moins de coureurs qui sortent vraiment du lot dans les descentes. Fatalement, cela devient moins une arme fatale à exploiter sur un Tour de France dans une course où on avait pu faire quelques différences il y a 5, 6 ans ».

« Les descentes sont pratiquement aussi importantes que les montées »

Personne n’a oublié le numéro de Romain Bardet dans le Tour 2016 ! « Quand Romain gagne au Bettex, il avait réalisé une très belle descente. De souvenir, Nibali et Froome étaient partis à la faute dans la descente de Sallanches. La route était mouillée. ASO prévenait que cela glissait beaucoup. J’en avais appelé à la radio à la prudence vues les conditions climatiques.

Je demandais de rester devant en étant placé. Ce jour-là, les coureurs ne m’avaient pas écouté. Tant mieux pour nous ! L’acteur n°1 reste le coureur. Avec Mikaël Cherel, ils avaient fait un trou dans une descente. Je ne dis pas que c’est devenu impossible à faire dans une descente très technique. On le voit dans une course comme le Tour de Lombardie avec la descente du Sormano. C’est la descente la plus technique qui existe. Les chutes sont assez fréquentes dans cette portion et les groupes restent compacts ». Le spécialiste

Matej Mohoric a un avis bien précis sur la question : « Je ne suis pas convaincu qu’il soit nécessaire d’être un grand descendeur, très rapide, pour remporter une quantité de courses de nos jours. Rares sont les courses qui se finissent en bas d’une descente.

C’est bien davantage le cas en haut d’un col ou en côte. Cependant, lors des grandes courses d’un jour, les grandes classiques, des descentes peuvent s’avérer des tournants, des moments-clés. On peut le constater sur un Milan-San Remo, un Liège-Bastogne-Liège. Ce sont les courses que j’affectionne le plus ».

Quand il était en activité, John Gadret, 3ème du Giro 2011, était un très bon grimpeur, mais il ne boude pas son plaisir de voir certains équilibristes descendre :

« Les arrivées en bas de cols, c’est vraiment pas mal. Cela met du piment aux courses. Sur le Tour de France, il est arrivé que des leaders se soient faits lâcher dans des descentes en perdant du temps. Un grand Tour peut se perdre aussi en descente. Stratégiquement, un coureur qui descend très bien par rapport à un autre va mettre la pression en prenant des risques pour accentuer son avance.

John Gadret : « Nibali, Alaphilippe, Bardet sont de très bons spécialistes »

Ensuite, c’est une question d’agilité. A un moment donné, Pinot descendait très mal. Il en est conscient et a perdu beaucoup de courses à cause de cela. Nibali, Alaphilippe, Bardet sont de très bons spécialistes. Avoir fait du cyclo-cross aide beaucoup. Nibali par contre commence à vieillir. Dans ce cas, on commence à avoir plus peur. Je l’ai vécu.

On ne prend plus les mêmes trajectoires. Quand vous faîtes une chute dans une descente de col, vous vous en rappelez ! En 2011, le décès de Wouter Weylandt en Italie m’avait profondément marqué. Je l’avais vécu en direct (dans la descente du Passo del Bocco, Ndlr), j’étais sur le Giro.

Quand vous avez des enfants, vous ne prenez plus les mêmes risques. C’est notre métier, mais on s’engage alors moins ». Cela ne devrait pas être le cas lors du prochain Tour de France !

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