mardi 4 octobre 2022

Eric Roy : « Pour les Anglais, l’OM est un grand club avec un grand stade, un grand public… à qui il manque une grande équipe »

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Frédéric Denat
Frédéric Denat
Journaliste

Lorsque nous avons joint l’ancien milieu de terrain olympien (1996-1999), il venait à peine d’en terminer avec une mission au FC Watford, débutée en décembre dernier, et qui visait à réaliser l’impossible après une première partie de saison catastrophique; se maintenir en Premier League. A défaut d’y être parvenu, et alors que son nom avait été évoqué pour succéder à Zubizarreta à l’OM, Eric Roy était de nouveau sur le marché… des entraîneurs cette fois. 

Votre nom a circulé pour succéder à Andoni Zubizarreta en tant que directeur sportif, avant que l’OM ne s’oriente vers Pablo Longoria. Etait-ce une réalité ou une simple rumeur ? 

J’ai eu quelques contacts pendant la pandémie, mais sans y donner suite car j’étais alors au coeur de ma mission avec Watford, donc pas disponible. J’en ai eus aussi depuis de manière indirecte, mais jamais avec la direction. 

Un tel poste vous aurait-il intéressé ? 

Une chose est sûre, l’OM reste un club dans lequel je me suis épanoui comme joueur, où j’ai pris beaucoup de plaisir. On peut toujours y revenir dans un rôle, de dirigeant pourquoi pas. Mon parcours de joueur, d’entraîneur, de directeur sportif et même de directeur marketing me permet d’avoir plusieurs cordes à mon arc et de me sentir légitime. En France, on a tendance souvent à aller chercher ailleurs, à l’étranger, des compétences qu’on a souvent 

pas loin de chez soi… L’OM reste un grand club et je souhaite beaucoup de réussite à Pablo Longoria car le projet est compliqué. 

Pourquoi compliqué ? 

Parce que le club est dans l’obligation d’avoir des ambitions sportives tout en étant obligé de céder des joueurs. 

Un challenge compliqué… mais dans vos cordes ?
Oui, si vous considérez que j’ai toujours relevé des challenges difficiles, avec Nice pour sauver l’équipe de la descente et assurer le maintien avec l’un des plus petits budgets du championnat, avec Lens qui était aux portes de la relégation en National avant que j’arrive et qui a échoué en barrages d’accession, avec Watford qui était dernier de Premier League et comptait seulement 9 points après 18 journées. J’ai une fâcheuse tendance à aller vers ce qui est difficile ! Au moins, on ne peut pas me reprocher mon manque de courage. 

Quelle image a l’OM outre-Manche ? 

« QUAND MON NOM EST SORTI DANS LA PRESSE, LES FRANCOPHONES DE WATFORD M’ONT DIT : « SI TU Y VAS, AMÈNE-NOUS AVEC TOI ! »»

Les grands clubs ne meurent jamais vraiment, et l’OM reste un grand club. Lorsque mon nom est sorti dans la presse pour occuper le poste de directeur sportif, je me suis fait chambrer par les Francophones de Watford (Capoue, Doucouré, Sarr) qui m’ont dit : « Si tu y vas, tu nous amènes avec toi ! » Aux yeux des Anglais, l’OM reste dans les standards d’un grand club européen avec un grand stade, un grand public… à qui il ne manque qu’une grande équipe. Avec Manchester, Liverpool, Barcelone, Naples… Marseille fait partie de ces villes de foot qui génèrent de grandes émotions. En même temps, l’OM est perçu comme une équipe en perpétuelle reconstruction, sans stabilité. 

Pour revenir à Watford, finalement relégué, que vous a-t-il manqué pour vous maintenir ?

Un peu de réussite et la possibilité, que nous n’avons pas eue en raison de la pandémie, de poursuivre notre bel élan du début d’année. Nous étions tellement loin du premier relégable qu’y avoir cru jusqu’au bout est déjà une satisfaction, qui aurait pu se transformer en totale réussite avec un peu plus de chance. Après avoir mis fin à l’invincibilité de Liverpool, en les battant 3-0 chez nous, nous avions le potentiel et les moyens d’aller chercher le maintien. Mais les conditions imposées par la reprise du championnat, avec des matches à huis clos, ont clairement avantagé les grosses écuries, moins dépendantes que nous du soutien d’un public qui peut parvenir à vous sublimer. Face à City notamment, il est évident qu’avec nos supporteurs dans ce stade à l’anglaise, le scénario n’aurait pas été le même. Sans public, j’ai envie de dire que ce n’est pas le même sport. Au final, on est revenu de loin, pour échouer à un petit point… 

Pourquoi ne continuez-vous pas avec Watford ?
Ce fut une magnifique aventure dans un beau club et avec un président qui m’a fait confiance pour redonner confiance à des joueurs, travailler dans la gestion de l’effectif en relation avec le coach. Nous n’avons pas été loin de réussir. C’est dommage car nous en avions le potentiel et nous avions fait ce qu’il fallait pour. Pour la suite, disons que les conditions n’étaient pas réunies pour que je poursuive. 

« Le terrain fait partie de mon ADN »

Désormais, pour la suite de votre carrière, quelle corde souhaitez-vous utiliser dans votre arsenal : entraîneur, directeur sportif, directeur marketing… ? 

Je donnerai la priorité au sportif car même si j’ai beaucoup appris en découvrant l’envers du décors, à Nice surtout, mais aussi à Lens, le terrain fait quand même partie de mon ADN. Je suis plus fait pour réfléchir à la stratégie sportive d’un club qu’à sa stratégie marketing ou commerciale. 

Après votre expérience positive à Nice, où vous aviez remplacé René Marsiglia pour permettre aux Aiglons de se maintenir, pourquoi n’avez-vous pas enchaîné sur un autre banc ? 

Parce que j’ai certainement voulu trop bien faire les choses en passant mes diplômes de coach. Comme j’ai été obligé de partir de la base, BE1, BE2, DEPF, jusqu’à la licence UEFA pro, cela m’a pris trois ans. Et entre temps, les clubs m’ont certainement un peu oublié. 

Peut-être aussi parce que vous n’avez pas l’image d’un coach, autant que celle d’un directeur sportif ou d’un manager ?

Vous avez certainement raison. Après ma carrière, j’ai passé un diplôme de management du sport à l’université de Limoges, avec Zidane, Diomède, Sagnol, Carrière… dans ce qu’ils ont appelé la promotion élite. Nous avions effectué des stages avec Bielsa à Marseille, Guardiola à Munich, Ancelotti au Real, pendant trois ans. J’ai ensuite passé le diplôme de management des enceintes sportives, avant de rejoindre Lens puis Watford. Toutes ces expériences m’ont enrichi et me permettent d’avoir aujourd’hui une vision globale du milieu du foot. J’estime que toutes ces compétences sont des atouts pour parvenir à s’adapter dans différents contextes. 

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