dimanche 26 mai 2024

Football : les consultants ont-ils pris le pouvoir ?

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De plus en plus omniprésents, les consultants foot agacent certains fans de football pour leurs excès.

Imaginez-vous aujourd’hui regarder un match de football sans entendre un consultant venu aporter son expertise ? Imossible ? Dès lors qu’un match est commenté par au moins deux personnes, il y a toujours un consultant pour accompagner le journaliste.

Cela n’a pourtant pas toujours été une évidence. Au contraire. En 1968, le tout premier consultant, un ancien champion cycliste lyonnais dénommé Henri Anglade, avait déclenché l’ire de la profession, étant même attaqué par le Syndicat National des Journalistes de l’époque pour « exercice illégal de la profession ».

Face à la menace d’un procès, Anglade avait renoncé. A la fin des années 70, l’ancien rugbymen Pierre Albaladejo avait vécu une mésaventure similaire : interdit d’accès à la tribune de presse, il avait dû commenter pour Europe 1 de l’autre côté du grillage, attrapant comme il le pouvait le micro que lui confiait quand il le pouvait le journaliste de la station !

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Larqué le premier consultant

Il faudra finalement attendre la constitution du duo Thierry Roland-Jean-Michel Larqué (ancien capitaine de l’AS Saint-Etienne) pour que le consultant s’impose pour de bon aux yeux des téléspectateurs. Mais ce n’est réellement qu’à partir des années 90, et notamment des Jeux Olympiques de Barcelone 1992, qu’ils deviennent quasiment incontournables. Patron des sports de Canal + à l’époque, Charles Biétry avait un jour expliqué :

« Certains concurrents avaient considéré que le consultant était un gadget. Pour moi, le consultant devait apporter quelque chose dans l’analyse. Pas son nom ! Moi, je m’en fous du nom… Le public de sport est trop averti, trop connaisseur tu ne peux pas le tromer ! » Consultant phare sur Canal+, l’ancien international français, Sydney Govou est bien conscient de son devoir d’apporter une expertise :

« Le truc, c’est de rester à sa place. Je ne suis pas là pour envoyer de l’info, c’est le rôle du journaliste. Moi je dois expliquer ce que je vois avec mon œil d’ancien joueur. Je ne dois pas paraphraser le journaliste mais, pour cela, il faut que lui aussi reste dans son rôle. »

Rothen s’enflamme… Et agace

Aujourd’hui, avec l’explosion du nombre de médias sportifs, les consultants sont partout : chroniques dans les journaux, à la radio, interventions dans les émissions télévisées, commentaires des matches et même animateurs d’émissions. C’est ce dernier point qui agace parfois le plus la confrérie. Consultant d’accord, mais présentateur principal ?

C’est pourtant ce rôle que tient Jérôme Rothen sur RMC avec son émission « Rothen s’enflamme ». Comme d’autres (Christophe Dugarry, Marion Bartoli…), l’ancien international dirige le programme. C’est lui qui prend la parole en premier et qui donne la direction à suivre. Il s’agit évidemment d’un rôle complètement différent que celui d’un consultant pendant un match :

« Rothen, Bartoli et les autres ne commentent pas du live, décrypte Sidney Govou. Ils ont une expertise plus réfléchie sur les sujets prédéfinis. Quand tu parles dans une émission, tu la prépares différement qu’un match. Moi par exemple, je bosse davantage avant le Canal Football Club qu’avant de commenter une rencontre. Sur un match, tu es dans l’instant, tu ne peux pas prédire ce que tu vas dire. Dans une émission, c’est différent car le sujet a été anticipé en amont. »

Si les audiences de Rothen s’enflamme sont au rendez-vous, les critiques le sont aussi. Rothen joue de sa réputation de prétentieux, parfois à l’excès. Il est parfois d’ailleurs remis en place par des gens du milieu. Comme dernièrement par Emerse Faé, fraîchement sacré champion d’Afrique avec la Côte d’Ivoire :

« Je pense qu’il ne comprend rien au foot. Quand on regarde la carrière internationale qu’il a eue, je ne suis pas étonné. Je l’ai laissé parler, il s’est fait remarquer, il a fait son intéressant. C’était une CAN extraordinaire avec des rebondissements, des buts, du spectacle. Il a été très malhonnête de dire que cette CAN n’était pas de qualité. »

Govou le contre-exemple Rothen

Mais Jérôme Rothen n’est évidemment pas le seul consultant à essuyer des critiques. Comme les journalistes-commentateurs, ils ne sont guère épargnés par les réseaux dès lors qu’ils ont le malheur d’être approximatifs ou d’émettre une opinion inverse à celle du téléspectateur. Sidney Govou ne s’en émeut guère et préfère même en rigoler :

« De temps en temps, on peut se mélanger, en dire trop ou pas assez… Les critiques ? C’est très simple : tu peux commenter n’importe quel match, tu auras autant de critiques des deux côtés car les supporteurs sont rarement lucides ». A l’heure où certains aiment faire le buzz, il convient de trouver le juste milieu.

Consultant est un vrai métier et ne doit pas être pris à la légère comme une facilité d’après carrière et le palliatif tout trouvé à une carrière d’entraîneur. Il est d’ailleurs amusant de noter que certains anciens joueurs qui n’étaient pas fans des médias pendant leur carrière et c’est un euphémisme ! se sont engouffrés dans la brèche des consultants. Après l’arrêt de son émission « Team Duga » en juillet 2020 sur RMC, Christophe Dugarry avait affirmé que, pour lui, les médias c’était terminé. En mars 2023, il était pourtant de retour dans « Rothen s’enflamme ». Il commentera même l’Euro 2024 sur M6 !

Julien Huet

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