vendredi 19 août 2022

Hervé Revelli : « Tellement de rigolos sont passés à la tête de l’ASSE ! »

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Frédéric Denat
Frédéric Denat
Journaliste

A 75 ans, le meilleur buteur de l’histoire des Verts n’a jamais relâché le lien indéfectible qui le lie à l’ASSE, ce qui ne l’a jamais empêché de donner des avis parfois tranchés qui ont pu déplaire aux directions successives. Alors que le club cherche un repreneur tout en luttant pour sa survie en L1, Hervé Revelli en appelle à la responsabilité des présidents actuels pour ne pas vendre le club à l’importe qui.

Entre l’ASSE et vous, c’est une longue histoire !

J’avais 16 ans quand j’ai débarqué à Sainté. Et j’étais loin de me douter que ça durerait si longtemps, qu’on parlerait encore de moi en 2022 !

Vous doutiez de votre réussite ?

J’étais comme tous les jeunes qui rêvent de de devenir footballeur. Il était impossible de se projeter sur tout ce qui allait se produire, tous ces titres, ces coupes… Rien n’était acquis d’avance, il a fallu bosser, faire preuve d’obstination. Et avoir de la chance aussi. La mienne aura été de me retrouver au bon endroit au bon moment.

« Au moins, Romeyer, c’est un vrai amoureux du club, on ne peut pas lui enlever ça. »  

Depuis votre midi natal, pourquoi avezvous choisi Saint-Etienne ?

J’étais très sollicité, par le Racing Paris, Nice, Reims, Marseille… tous les gros clubs de l’époque me voulaient et étaient prêts à me donner plus d’argent que ce que me proposait Saint-Etienne. Mais à travers ce que j’avais perçu de ce club, et de tous les progrès que je savoir devoir faire pour espérer être pro, j’ai vite perçu que c’était l’endroit idéal pour moi. J’y ai fait toutes mes classes et je ne l’ai jamais regretté.

Même lorsque vous avez signé à Nice en 1971 ?

J’ai signé là-bas parce que je ne trouvais plus ma place au sein d’une équipe où avait explosé Salif Keita. Pour le mettre dans les meilleures conditions, j’avais reculé d’un cran et les gens ne comprenaient pas pourquoi je ne mettais plus autant de buts. Je m’en suis ouvert à Albert Batteux, le coach de l’époque, et au président Rocher, mais aucun ne voulait me laisser partir. J’avais déjà gagné le championnat, la Coupe de France, le titre de meilleur buteur… et finalement les deux ont compris ma position. J’ai passé deux saisons magnifiques à Nice avant que Robby (Herbin), qui était devenu le coach, me rappelle. Là encore, j’étais très demandé et le président Rocher a dû faire un gros effort financier pour me rapatrier.

Et vous y êtes resté jusqu’en 1978…

J’avais intégré le staff du centre de formation avec Guy Briet à sa tête, un grand formateur. Avant que le CS Chénois m’appelle pour prendre l’équipe en D1 suisse. J’ai sauté le pas. Mais, à chaque fois, j’ai toujours gardé de bonnes relations avec l’ASSE. Par la suite, j’y suis revenu comme dirigeant puis ambassadeur à vie aujourd’hui. J’ai mes places au stade, je viens à tous les matches.

Qu’avez-vous pensé des péripéties qui ont conduit le club en L2 puis en L1, au gré des changements d’entraîneurs ou de propriétaires ?

Je suis toujours resté Vert dans ma tête. Encore aujourd’hui, ce club, je le connais par coeur. On l’a parfois donné à n’importe qui. J’ai essayé de rester neutre le plus souvent possible, je ne suis monté au créneau qu’à une reprise. Lorsque j’étais au Conseil Général et que le club était dirigé par Alain Bompard et Gérard Soler, je m’étais permis de dire que si on continuait comme ça, le club allait droit en L2. Et c’est ce qui s’est passé.

Est-ce un problème de profil présidentiel, on ne tombe pas sur un Roger Rocher tous les matins, ou de contexte, parce que le football a énormément évolué depuis les années 70 ?

Si on parle encore aujourd’hui des Verts partout dans le monde, si la notoriété de Saint-Etienne est ce qu’elle est 50 ans après, c’est grâce à Roger Rocher. Il est évident que le foot est de plus en plus dirigé par les puissances financières. Dans ce contexte, le président Romeyer, pour qui j’étais revenu comme dirigeant, et qui est très critiqué, fait avec les moyens du bord. Au moins, lui, c’est un vrai amoureux du club, on ne peut pas lui enlever ça.

Hervé Revelli, favorable à une vente de l’ASSE

Au moment où la vente du club parait inévitable, pensez-vous qu’elle est souhaitable ?

Peut-être faut-il ouvrir l’ASSE à des capitaux étrangers… Le mieux serait quand même que le club revienne à quelqu’un qui connaisse bien la maison. J’avais bien aimé la présidence d’André Laurent, il avait fait des choses intéressantes. Mais tellement de rigolos sont passés à la tête de l’ASSE ! Je les appelle les Lucky Lucke. A peine arrivés et déjà partis…

Cette vente vous fait-elle peur ?

Il ne faut pas que l’ASSE soit l’otage d’intérêts particuliers. On en a vu qui se servaient du club pour leurs affaires, ou qui n’avaient d’autres ambitions que ça, comme le projet russe. C’est désastreux. Il faut arrêter et ne jamais donner le club à ces gens là !

A qui alors, quel est le profil idéal ?

Franchement… je n’aimerais pas être à la place des deux présidents. Mais, pour le moment, la réalité c’est cette 20ème place en championnat avec une équipe qui aurait largement les moyens d’être mieux classée.

Auriez-vous conservé Claude Puel ?

Pour se permettre de juger, il faut vivre les choses de l’intérieur. Si on en est là, c’est forcément que des erreurs ont été commises. Les entraîneurs sont les premiers qui payent les mauvais résultats, cela a toujours été le cas et ça le sera toujours. La question n’est pas de savoir s’il fallait le garder, plutôt regretter de ne pas avoir gardé Christophe Galtier.

C’est lui qu’il fallait garder, quitte à le payer bien plus cher. Un coach comme ça, ça n’a pas de prix. On le voit bien depuis avec les bons résultats qu’il a obtenus à Lille, où il a été champion de France devant le PSG, et à Nice, un autre club qui me tient à coeur et qui n’a jamais été aussi proche de jouer la Ligue des Champions.

Galtier est-il du niveau d’un Herbin ?

Avec lui, on savait où on allait, sur quelles bases précises. A Sainté, j’ai connu Jean Snella, qui a bâti le socle stéphanois, puis Albert Batteux, qui l’a amélioré, et enfin Robby (Herbin) qui l’a magnifié avec les épopées européennes. Galtier est de cette trempe là.

« Galtier était de la trempe d’un Batteux, d’un Herbin, il fallait le garder ! »

Regrettez-vous qu’on ne fasse pas davantage appel aux anciens ?

Peut-être que si on avait consulté tous ceux qui connaissent bien le club et qui l’aiment vraiment, on aurait évité pas mal d’erreurs, peut-être celle de ne pas savoir retenir Galtier. Il ne faut pas avoir peur d’écouter ceux qui ont l’expérience. Au moins les laisser s’exprimer, se mettre autour d’une table et, sans prétendre détenir la vérité, essayer de trouver les meilleures solutions. Ce n’est pas une critique, juste un constat, parce qu’au final je suis le plus malheureux des hommes de voir l’ASSE dans cette situation.

En vente ici, ou chez votre marchand de journaux.

Revenons au buteur que vous étiez. Savez-vous de quel record Kylian Mbappé vous a dépossédé en mars 2021 ?

Oui, oui, j’avais vu ça dans la presse… mais je ne savais même pas que je détenais ce record (du plus jeune joueur à atteindre la barre des 100 buts en championnat à 22 ans et 91 contre 23 ans et 159 jours, Ndlr) ! Mbappé, c’est Mbappé, Revelli c’était Revelli…

Chacun avec ses qualités et ses défauts. Kylian a un avantage sur moi, il est plus grand, il va plus vite, est plus puissant. J’étais davantage un joueur de surface, lui c’est un joueur d’espace, de profondeur. On aurait été complémentaires. J’aurais aimé jouer avec lui, évidemment, comme avec tous les grands joueurs qui sont capables de s’adapter à tout.

De vos années de joueurs à l’ASSE, quel est le souvenir le plus émouvant que vous conservez, plus de 40 ans après avoir arrêté votre carrière ?

Mon premier match avec mon frère (Patrick, son cadet de 5 ans, Ndlr) avec le maillot vert (23 juillet 1969 face à l’OM en finale du challenge des champions au Parc, Patrick entrant à la pause à la place d’Aimé Jacquet, Ndlr), puis ensuite avec l’équipe de France (23 mars 1974 face à la Roumanie au Parc pendant 25 minutes, Ndlr).

Deux frères à ce niveau, c’était rare. Pour mes parents, ce fut une grande émotion. Je pensais alors à mon père qui m’amenait au foot en moto à 4 heures du matin dans le froid de l’hiver.

On avait beaucoup bossé pour en arriver là, c’était une belle récompense. Je n’oublie pas non plus mon 200ème but en championnat face à Sochaux (9 février 1975, 1-0, 26ème journée de D1, sur un total de 216 marqués entre 1965 et 1978, 3ème meilleur buteur de l’histoire derrière Onnis et Lacombe, Ndlr).

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