lundi 24 juin 2024

Stade de France : Patrick Karam (vice président de la région Ile-de-France) est « très inquiet pour les JO »

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Pour Patrick Karam, lorsqu’un pays n’est pas capable d’assurer la sécurité d’un événement qui réunit 75 000 personnes dans un stade fermé, il y a de quoi s’inquiéter pour les Jeux olympiques…

Vice-président du conseil régional d’Ile-de-France, en charge du sport et des Jeux Olympique et Paralympiques, Patrick Karam réclame la démission du Préfet de Paris, principal responsable, selon lui, de ce qu’il qualifie de « faillite du dispositif sécuritaire de l’État ». L’élu des Républicains se montre très inquiet pour les JO de Paris organisés en 2024. Notamment la cérémonie d’ouverture qui doit se dérouler sur la Seine, devant 600 000 spectateurs incontrôlables.

Quel est votre sentiment sur les incidents du Stade de France ?

Tout d’abord, je regrette, de manière très claire que Gerard Darmanin nie la vérité. Il s’agit d’une erreur majeure de stratégie policière. Je ne comprends pas pourquoi le Préfet de Paris n’a pas présenté sa démission. Vous vous rendez compte de l’image déplorable de la France ? Les images ont fait le tour du monde. Le coup d’envoi a dû être décaler de 35 minutes, tout le monde l’a vu…

Patrick Karam : « Je ne comprends pas pourquoi le Préfet de Paris n’a pas présenté sa démission »

Selon vous, quelles sont les erreurs grossières commises par le Préfet ?

Pour commencer, il était persuadé que des milliers d’hooligans anglais allaient venir, alors que l’on savait que ce n’était pas le cas. Il a concentré la très grande majorité des forces policières, sur les Fan Zones.

La deuxième erreur, c’est de ne pas avoir sécurisé le trajet des supporters, ce qui est normalement toujours le cas.

On sait que ce type d’évènements attire, ce que j’appelle des voyous, venus d’un peu partout. Pas seulement des quartiers proches du Stade de France. On devait s’attendre à ce type d’agressions.

Patrick Karam : « Voir aujourd’hui Gérard Darmanin soutenir le Préfet de Paris me pose problème.  Je me sens humilié, comme tous les Français. »

Et la troisième erreur ?

La troisième erreur a eu lieu en début de soirée. Le RER B étant fermé, les supporters sont tous arrivés via le RER D, créant un véritable goulot d’étranglement. Il aurait fallu ouvrir d’autres guichets, provoquer un détournement de ces supporters qui arrivaient en nombre…

On vous sent très en colère. Vous dénoncez un échec total de l’organisation autour de l’événement…

C’est un échec total dont le premier responsable, après le ministre, mais qui lui, n’était pas dans l’action, est le Préfet. Et voir aujourd’hui Gérald Darmanin le soutenir me pose problème.  Je me sens humilié, comme tous les Français.

Vous parlez de « scènes d’horreur »…

Mais il y a eu de véritables scènes d’horreur ! Des supporters qui étaient venus en famille ont été agressés, des femmes déshabillées, des personnes handicapées ont été frappées… Les supporters n’ont pas été protégés. Des scènes de violence extrême ont été rapportées par de nombreux témoignages.

L’attitude des forces de l’ordre à l’encontre de supporters a quand même été fortement critiquée…

Mais quels ordres ont été communiqués ? On a parlé de « gazage », oui. Mais les forces de l’ordre pensaient avoir à faire à des hooligans. Je ne veux pas tirer sur la police. Tout dépend des consignes que les policiers ont reçues…

Il y a aussi cette grève du RER B qui a perturbé l’accès au Stade de France. En vue des Jeux Olympiques, c’est le genre d’événement qui peut gâcher la fête…

C’est pourquoi je milite pour que ce type d’opération soit interdit. Il faut mettre en place un service minimum.

M. Darmanin explique que le comptage des gens aux tourniquets du RER D confirme un afflux exceptionnel de supporters…

Je conteste complètement ces affirmations. Il y a des milliers de personnes qui rentrent chez eux, qui sont passées par le RER D en début de soirée.  Il y avait tout juste 2 ou 3000 personnes sans billet, en plus, autour du Stade. Mais ça s’arrête là.

En tant que vice-président du Conseil Régional en charge des Jeux Olympiques, vous devez être inquiet ?

Il est évident que ça ne me rassure pas. Quand on voit qu’on n’est pas capable d’assurer la sécurité pour un événement qui réunit 75 000 personnes dans un lieu fermé, on peut s’inquiéter de l’organisation des Jeux Olympiques qui attirent des millions de spectateurs, dans des lieux ouverts. Avec comme point d’orgue, la cérémonie d’ouverture.

« Comment voulez vous sécuriser un lieu comme les bords de Seine avec 600 000 spectateurs, quand vous êtes incapable de sécuriser le Stade de France ? »

Ça vous fait peur ?

Je ne sais pas si vous vous rendez compte ? Mais il est question d’organiser la cérémonie d’ouverture sur la Seine, avec 600 000 spectateurs sur les quais ! 600 000 personnes qui ne seront pas invitées. Ça peut tourner au carnage. On peut être sûr que ce qui compte de voyous en France seront parmi ces spectateurs, sans parler du terrorisme… Et comment voulez-vous intervenir dans une foule de 600 000 personnes ? Au moindre incident, il peut y avoir des scènes de panique, des gens qui se marchent dessus, d’autres qui tombent dans l’eau…

Mais ce principe de la cérémonie d’ouverture, qui sera la première à se dérouler en dehors d’un stade, a été validé par le COJO (Comité d’Organisation des Jeux Olympiques) dont vous faites partie…

Oui, mais, avec Valérie Pécresse (présidente de la Région Ile-de-France, ndlr), nous avons été très clairs. Nous avons donné notre accord sous deux conditions : que les coûts financiers ne soient pas faramineux et que la sécurité soit garantie.

Aujourd’hui, la deuxième condition n’est pas remplie ?

Non seulement elle n’était déjà par remplie, mais depuis samedi soir, nous sommes encore plus inquiets ! Je me répète, mais après la faillite du dispositif sécuritaire de l’Etat pour la finale de la Ligue des Champions, on peut se demander comment ils vont faire pour assurer la sécurité de l’événement.

Vous n’avez pas moyen de peser dans la décision ?

Quand le président du COJO est pour, tout comme la Maire de Paris, et que le président Macron valide, c’est difficile de s’opposer au projet.

Quelle est la solution aujourd’hui ?

Il faut absolument pouvoir assurer la sécurité de la cérémonie d’ouverture. Avec moins de spectateurs… des spectateurs conviés, de manière à pouvoir mieux les contrôler. Aujourd’hui, je tire la sonnette d’alarme. Je suis un lanceur d’alerte.

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