samedi 2 mars 2024

Jacques Vendroux à cœur ouvert : « Je n’aime pas les gens qui ne pleurent pas »

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A l’occasion de la sortie de son livre témoignage, « Sur un malentendu », chez Michel Lafon, Jacques Vendroux s’est plié à notre questionnaire vérité.

55 années de carrière (pas encore terminée), 14 Coupes du monde et 7 Jeux Olympiques : la fiche de « stats » de Jacques Vendroux est impressionnante. Mais ce qui intéresse avant tout le petit neveu du Général de Gaulle, ce sont les rencontres, les amitiés et toutes les émotions qui ont jalonné son parcours. C’est avec délice que l’on se plonge dans sa mémoire, en lisant son dernier livre, « Sur un malentendu ». En exclusivité pour Le Quotidien Du Sport, il a répondu à nos questions, qui nous en disent déjà beaucoup sur l’homme derrière la carrière.

Premier bon souvenir ?

La Coupe du Monde 1966 au côté de Thierry Roland ! J’avais signé trois mois plus tôt à Radio France et je suis parti couvrir la Coupe du Monde en tant qu’assistant de Thierry Roland. On lisait les journaux ensemble, on parlait de l’équipe de France… On allait faire les interviews des joueurs et le soir, j’allais à la poste pour les envoyer. Il y a avait aussi Mario Beunat, qui était tombé amoureux d’une Anglaise. Ces mecs là m’ont appris a vie.

« Une ambulance qui me double, un handicapé qui traverse la rue… Tout me rappelle le drame de Furiani »

Premier mauvais souvenir ?

Un samedi soir vers 23 heures… Je travaillais notamment avec Denisot, Drucker, Collaro… Le samedi, l’un de nous était de permanence et enregistrait pour les infos qui passaient à la télévision (à l’époque, il n’y avait qu’une seule chaine). Je dois commenter un sujet sur le patinage artistique, et je dis « tapinage »… C’était un sujet enregistré, ils ont été bienveillants et on coupé au montage. Mais ils se sont bien foutus de ma gueule.

Dernier bon souvenir ?

Jeudi 14 octobre, je suis dans le vestiaire du stade de Poissy et je vis un moment irréel. Je suis là, en costard, Il est 17h10 et j’annonce la composition de l’équipe pour le match contre le personnel hospitalier. Tout le monde a envie de débuter au côté d’Emmanuel Macron, d’être dans le onze qui va être sur la photo…

Et moi, je dis à Arsène et Marcel, je ne voulais pas dire les noms mais les prénoms, qu’ils vont jouer en défense centrale… Puis à Karembeu qu’il sera arrière droit mais qu’il doit faire attention parce que en face, ça va vite… Quand je cite Sonny Anderson pour jouer devant, je lui dis. « Je ne veux pas le Sonny de Lyon, Monaco ou Marseille, mais celui de Barcelone », et tout le monde éclate de rire. On est hors du temps à ce moment-là, quand je me retrouve en face de ces stars. Sans oublier bien sûr le président de la République.

Dernier mauvais souvenir ?

La maladie, au Brésil (ndlr : lors de la Coupe du Monde 2014, Jacques Vendroux a souffert d’une grave pneumonie qui l’a conduit deux mois à l’hôpital), et Furiani… Furiani, il n’y a pas un jour sans que j’y pense (ndlr : Jacques était sur la tribune qui s’est effondrée et a souffert de nombreux traumatismes, qui lui ont valu plusieurs semaines d’hôpital). Quand je vois passer un handicapé, quand une ambulance me double, toutes sirènes hurlantes… On ne peut pas oublier ce genre d’événement.

Ce dont vous êtes le plus fier ?

Ces 55 ans de carrière. Je suis fier de cette longévité. Il n’y a pas longtemps, avec Michel Denisot et Michel Drucker, on disait en se marrant que Macron allait nous mettre au Panthéon…

La fierté, c’est aussi qu’on ne vous laisse pas partir…

Un jour, il faudra bien que je prenne la décision d’arrêter.

Ce sera un moment difficile…

Non, parce que je me prépare.

« Thierry Roland avait une décontraction hallucinante. Il ne se rendait pas compte qu’il parlait devant 10 ou 15 millions de personnes »

La personne qui vous a le plus étonné ?

Thierry Roland. Ce type était extraordinaire. Il ne se rendait pas compte qu’il parlait devant 10 ou 15 millions de personnes. Il avait une décontraction hallucinante. Je suis en admiration devant les gens qui font carrière.

Thierry Roland avait un sacré caractère…

Je n’aime pas les journalistes procéduriers, qui ne se rendent pas compte qu’ils sont payés pour suivre une Coupe du Monde, des Jeux Olympiques… Je n’aime pas les gens qui ne pleurent pas, qui ne disent pas de conneries…

La personne qui vous a le plus enthousiasmé ?

Roberto Rivelino. On l’avait invité aux 20 ans du Variétés avec Michel Platini, en 1991, et depuis, il m’envoie ses vœux tous les ans ! Tu te rends compte ! C’est un truc incroyable.

Avec Michel Platini, on se regarde, on se comprend. Pour France Info, nous avons réuni cinq légendes du sport (ndlr : Bernard Hinault, Alain Prost, Serge Blanco, Marie-Josée Pérec et Michel Platini) pour une émission spéciale (ndlr : passée hier soir). Il ne manquait que Yannick Noah, qui nous a envoyé une vidéo de huit minutes. Avec eux, c’est une histoire d’amour.

« Mon regret ? Ne pas avoir mis mon poing dans la gueule de certaines personne, qui ont fait du mal à mes amis »

Le jour le plus long ?

Le 13 novembre 2015, le jour de France – Allemagne au Stade de France avec les attentats terroristes. On savait tout ce qui se passait, mais on n’avait rien le droit de dire. En plus, ma fille était dans le stade et je n’arrivais pas à la retrouver. Le soir, je suis repassé à la radio, vers une heure ou deux heures du matin, c’est le jour le plus dur de ma vie. Le lendemain matin, je suis allé passer une demi-heure dans une église.

Le jour le plus court ?

C’était en 1966 lors d’une fête de famille pour a Toussaint. Le Général De Gaulle m’a dit : « Si c’est ce que tu as envie de faire, continue, ai confiance en toi ». J’ai eu envie de lui répondre, de l’interroger, mais je n’ai pas osé.  Il me parlait de sport, de Kopa, Mimoun… J’aurais voulu que cette journée ne s’arrêtent jamais.

Un regret ?

Je regrette de ne pas avoir mis mon poing dans la gueule de certaines personnes qui se sont mal comportées, qui ont fait du mal à certains de mes amis.

Dans le livre, vous donnez des noms ?

Non, pas de noms… Les intéressés se reconnaîtront.

“Sur un malentendu” (Michel Lafon), écrit en collaboration avec Florian Anselme et préfacé par Claude Chirac et Fabien Barthez, en vente dans toutes les bonnes librairies, à partir du jeudi 4 novembre.

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