lundi 4 mars 2024

Japhet N’Doram : « Nantes et moi, on était fait pour se rencontrer »

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Frédéric Denat
Frédéric Denat
Journaliste

Il n’est pas un ancien canari qui l’a cotoyé, joueur, entraîneur ou dirigeant, qui ne vante la trace indélébile que le tchadien a laissée à la jonelière et à la beaujoire entre 1990 et 1997. Pendant sept ans, Japhet N’Doram, éducateur depuis 2014 dans le petit club amateur de l’ES haute goulaine et dont le fils Kevin (21 ans) est néo-pro à Monaco, n’aura jamais cessé de faire preuve de classe sur et en dehors des terrains, en flamboyant représentant d’un jeu à la nantaise qu’il avait fait sien.

Nantes et vous, ça semblait évident. Est-ce que ça l’a été vraiment ?
J’ai eu la chance d’ être repéré par Philippe Mao, de faire un essai et d’être retenu. A partir de là, ça a été comme une rencontre naturelle. On était fait pour se rencontrer et pour fonctionner ensemble.

Auriez-vous pu exploser comme vous l’avez fait ailleurs que dans le contexte nantais ?

Oui, je pense, parce que je ne suis pas non plus issu du centre de formation, je suis arrivé assez tard en France. J’avais 24 ans et j’avais déjà prouvé que je pouvais m’adapter à des contextes différents comme ce fut le cas lorsque j’ai rejoint le Tonnerre de Yaoundé, avec tous ses internationaux, depuis le Tchad.

J’étais déjà formé, je n’ai fait qu’adapter mes qualités à celles du style de jeu nantais. Il faut croire que nous étions compatibles.

Qu’est-ce qui fut le plus difficile pour vous ?

L’exigence du sport de haut niveau que j’ai découvert à Nantes n’avait rien à voir avec ce que je connaissais. Athlétiquement, il m’a fallu du temps avant d’être dans le rythme.

J’avais du retard et les premiers mois ont été très durs. En plus, au début, pendant six mois, je dormais au centre de formation avec les jeunes de 15 ou 16 ans. J’en avais 24, le décalage n’était pas facile à vivre. Même si tout le monde était adorable avec moi et que le club faisait tout pour faciliter mon intégration, j’ai pas mal souffert d’isolement.

1995, une année exceptionnelle pour les Nantais

Jusqu’à l’envol. A quand le datez-vous ?

Mon premier match a été important (22 septembre 1990) face à Saint-Etienne (victoire 2-1) à la Beaujoire parce que je marque aussi mon premier but. A partir de là, j’ai eu la chance de tomber sur une génération exceptionnelle et un club à forte identité de jeu, très sain, qui me correspondait bien. Jusqu’à mon dernier match, en 1997, à la Beaujoire, et le bouquet de fleurs jaunes qu’on m’a offert avant le coup d’envoi, je n’ai eu que de bons moments.

Quel fut votre meilleur souvenir ?

Le titre de 1995 a été exceptionnel car il associait à la fois les résultats et la manière. On a tous eu le sentiment, renforcé avec le temps qui passe, de partager quelque chose de rare, d’inoubliable. On a séduit énormément de gens grâce à notre qualité de jeu.

A titre personnel, vous avez pourtant été plus efficace lors de votre dernière saison, 1996/1997, avec 21 buts marqués, votre record !

J’ai peut-être été plus décisif à ce moment là, mais la dimension individuelle passe au second plan. La réussite collective de 1995, même si elle s’est accompagnée de moins de buts de ma part, est largement plus valorisante quand on pratique un sport collectif. L’empreinte laissée par cette génération n’est pas prête de s’effacer. Par contre on a déjà oublié mes 21 buts…

Quels rapports aviez-vous avec Coco Suaudeau ?

Au début, ça a parfois été compliqué car il était d’une grande exigeance avec moi. Cela a suscité quelques incompréhensions. Mais, à l’arrivée, on a fini par avoir beaucoup de complicité, à travers des échanges toujours instructifs. On partageait les mêmes valeurs humaines, la même conception du football et du jeu. Sans forcément être très proches, on était complices pour faire passer des messages au groupe.

« Au début, avec Coco, ça a été compliqué »

Imaginiez-vous avoir le potentiel pour faire partie de ce qui était, à ce moment-là, une des meilleures équipes d’Europe, demi-finaliste de la Ligue des Champions en 1996 ?

Oui, je savais que j’avais des qualités et un potentiel important, parce que je l’avais déjà démontré dans mes clubs précédents. Encore fallait-il parvenir à l’exprimer au plus haut niveau européen.

Il fallait trouver un contexte favorable. J’ai eu la chance de le trouver à Nantes. Et une fois dans le grand bain, la question n’était plus de savoir si j’avais le niveau, mais jusqu’où je pouvais aller.

Lorsque je suis arrivé à Monaco, et avant de me blesser, j’avais réussi à m’imposer dans un club qui fonctionnait différemment et qui venait d’être champion de France. Beaucoup pensaient pourtant que je ne pourrais pas m’exprimer ailleurs qu’à Nantes. Mon seul regret restera de ne pas avoir pu terminer ma carrière en bonne santé.

Vous êtes revenu à Nantes dans le staff en 2005. Avec le recul, pour quel bilan ?

J’étais dans le staff du recrutement de Monaco lorsque les dirigeants nantais m’ont sollicité pour venir leur donner un coup de mains. Je n’ai pas hésité parce que Nantes restera toujours mon club de coeur, avec mes amis, mes repères. Mais en huit ans, le club avait énormément changé et j’avais sous-estimé cette réalité. Ce fut très compliqué à vivre et cette descente en Ligue 2 a été un vrai échec.

De nature à vous interdire un second come-back?

Non, pourquoi pas revenir un jour ! Je suis passionné et amoureux de ce club. Je suis ses résultats, et ma porte reste grande ouverte même si je ne cours pas après non plus.

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