jeudi 13 juin 2024

Jean-François Bernard : « Pogacar est capable de tout gagner »

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Eric Mendes
Eric Mendes
Journaliste

Consultant de luxe pour Radio France, Jean-François Bernard n’a pas perdu une miette du Tour de France. L’occasion d’avoir son regard sur le monde du vélo. Entretien pour Cyclisme Magazine et Le Quotidien du Sport.

Que retenez-vous du Tour de France 2023 ?

Je préfère aller sur les courses en ce moment avec les coureurs actuels qu’à une certaine époque. On a une génération incroyable de jeunes coureurs et ce n’est pas fini, il y en a d’autres qui arrivent derrière. Ça nous change de ce qu’on avait avant. Ce n’était pas le même cyclisme avec l’époque Froome ou même Armstrong. On a des coureurs qui sont capables d’attaquer à 200 km de l’arrivée, même s’ils sont leaders. Je préfère commenter la victoire de Vingegaard devant Pogacar que commenter ce que je commentais avant.

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D’autant plus que cela s’était déjà vérifié sur le Giro et le Tour, l’audace était souvent récompensée…

(Il coupe) Les coureurs attaquent. Ils n’ont pas peur de calculer. C’est rafraichissant. Il y a des échappées. Sur le Giro, on l’a vu. Cela offre un beau spectacle.

Pensez-vous que ce Tour 2023 ait été une belle édition ?

Je le pense. Il y a eu tellement de suspicions et de blablas. Pogacar a été très fort. Il y a eu une bataille incroyable. Jusqu’à ce qu’il se prenne une « branlée » (sic) dans le chrono. Il est comme tout le monde. A un moment, ça va moins bien. Sa préparation a joué un rôle. Je ne pensais pas que le chrono allait permettre un tel écart. Je pensais 30 secondes max. Le lendemain, il est à côté. C’était mental et physique. Mais il y a eu une réaction d’orgueil qui n’est pas permise à tout le monde. Ça reste Pogacar.

Evenepoel, le grand danger

D’ailleurs, les deux se donnent rendez-vous pour 2024…

(Sourire) C’est bien. Dommage qu’ils ne se croisent pas plus souvent dans la saison. Vingegaard n’aime pas trop les Classiques. Il y en a un (Pogacar) qui est capable de tout gagner, pas l’autre.

Et si on ajoute Remco Evenepoel ?

C’est ce qui nous manquait cette année. Mais après on mettra Ayuso, d’autres coureurs qui arrivent. Les Français comme Martinez ou Grégoire. C’est une génération incroyable avec plusieurs coureurs capables de dominer le peloton. On l’attend encore en France. Elle arrive peut-être. Sur la Vuelta, on verra déjà le niveau de certains. Surtout que le plateau devrait permettre d’avoir du spectacle avec Evenepoel, Vingegaard ou Roglic. Nous passons à un autre niveau. On arrive sur les vraies courses à étapes.

On espère aussi les voir gagner des courses d’une semaine comme Paris-Nice, le Dauphiné, le Pays basque ou le Romandie. C’est notre problème en France, nos coureurs ne gagnent plus ce genre d’épreuves. Ils pensent prendre le podium sur le Tour de France. Gaudu a pris la 2ème place sur Paris-Nice mais, derrière, on ne gagne pas de courses par étapes. C’est un problème, surtout pour viser le Tour de France.

« Les Français doivent d’abord gagner des courses à étapes »

Peut-on parler de nouveau chapitre dans le cyclisme avec plusieurs équipes capables de viser haut ?

On parle de gros budgets comme Jumbo-Visma ou UAE. Ce sont eux qui dominent. Quand on a un Sepp Kuss qui peut être leader dans n’importe quelle équipe, simple coéquipier, ça veut tout dire. Après, peut-être qu’il aime ce rôle. C’est le cas de certains qui préfèrent être au service d’un leader et ne pas l’être soi-même. Il faut trouver sa place. On voit tellement de coureurs, en amateurs, ne pas réussir quand ils passent pro car ils n’ont pas l’habitude de rouler pour les autres. On peut être un bon équipier et faire une longue carrière. C’est un choix. C’est même recherché. Il en faut.

Etes-vous surpris par la précocité des talents qui arrivent ?

Tout a tellement évolué. Très tôt, ils sont détectés. Il y en a beaucoup qui font une année de Juniors ou Espoirs avant de passer pro tout de suite. On peut être prêt physiquement et physiologiquement plus tôt. C’est une autre époque. Ça ira en augmentant.

Comment avez-vous vécu le Tour de Thibaut Pinot, son dernier ?

(Sourire) Thibaut, ça reste Thibaut. Tout le monde l’aime bien. On sait comment il a fonctionné. C’est difficile de lui mettre des responsabilités. Il n’aime pas le bruit, les médias. C’est un coureur atypique. Il aime faire comme il l’entend sur une course. C’est l’un des meilleurs coureurs français de l’histoire. Ce n’est pas son truc de viser un Top 5. Il était là pour gagner une étape. C’est dommage qu’il parte sans, mais c’est tellement cher.

« Thibaut Pinot méritait de gagner une étape »

Avez-vous préféré le podium du Tour sur les Champs-Elysées ou celui du championnat de France à Cassel ?

(Rires) C’est une autre histoire. Madouas n’a pas fait le Tour qu’il méritait. Avait-il aussi des consignes par rapport à Gaudu ? Il aurait pu être plus présent, mais il fallait protéger son leader. Il y a des stratégies d’équipe. On peut être équipier tout en étant champion de France.

Etait-ce une fierté de voir votre fils, Julien, sur le podium à Cassel ?

Pour dire vrai, je n’ai pas vu grand-chose. J’étais sur le bord de la route et surtout sans télé (sourire). Au fil des tours, on voyait que des coureurs disparaissaient et que la course était dure surtout quand on est que deux coureurs (Gallopin et Bernard, Ndlr) d’une même équipe (Lidl-Trek). Il ne fallait pas avoir un coup de retard.

Un dernier mot sur le cyclisme féminin, sentez-vous que ça prend avec le Tour de France Femmes ?

Le niveau est bon. Après, les filles ne courent pas comme les hommes. On peut voir qu’une fois lâchées, elles lâchent plus. Chez les hommes, on abandonne seulement quand on ne peut plus monter sur le vélo. Mais il y a du monde au bord des routes pour elles. Il y a une vraie évolution et un intérêt grandissant.

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