mercredi 5 octobre 2022

Jean-Michel Larqué : « Au PSG, il y a trop d’interférences »

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Frédéric Denat
Frédéric Denat
Journaliste

Personne n’a oublié que c’est au PSG que l’emblématique capitaine des Verts a terminé sa carrière de joueur à la fin des années 70 (de 1977 à 1979), à Paris qu’il s’est essayé à une fonction d’entraîneur (1977/1978) qu’il a vite laissé de côté pour mieux inventer un nouveau métier : consultant télé. Depuis, Jean-Michel Larqué entretient forcément un rapport un peu particulier avec un club qu’il n’hésite pas à égratigner. Qui aime bien châtie bien ?

Si l’AS Saint-Etienne est le club qui a fait votre gloire, quels rapports entretenez-vous avec le PSG ?

Même si je suis arrivé dans une période troublée de la vie du jeune club qu’était le PSG, je n’en garde que de bons souvenirs. Malheureusement, à ce moment-là, on parlait davantage de l’affaire Hechter, dite de la double billetterie, que des résultats sportifs de l’équipe. Les problèmes extra-sportifs ont relégué le foot au second plan. Nous avions pourtant une bonne petite équipe.

C’est aussi au PSG que vous avez vécu votre première et seule expérience de coach !

Avec un effectif extrêmement réduit qui se limitait à 13 ou 14 pros. Nous en avions profité pour lancer quelques jeunes du centre comme Lemoult, Morin ou Brisson, mais ce n’était pas suffisant pour jouer autre chose que le milieu de tableau. Je garde surtout en mémoire la relation très forte que j’ai toujours entretenue avec le président Borelli.

« Mon expérience sur le banc du PSG fut un moment charnière de ma vie »

En quoi cette expérience sur le banc du PSG a-t-elle influencé la suite de votre carrière ?

Ce fut un moment charnière de ma vie. Est-ce que j’aurais continué à entraîner si nous avions eu de meilleurs résultats avec le PSG ? Je ne le sais pas. Ça m’a en tout cas permis de prendre conscience que je n’étais certainement pas fait pour être entraîneur d’une équipe professionnelle, qu’il me manquait quelque chose.

Pourtant, avec un groupe restreint, nous avions fini au milieu de tableau (11ème, Ndlr) avec une des meilleures attaques de D1, le meilleur buteur (Bianchi, 37 buts, Ndlr) et un contenu dans le jeu qui était attrayant. Mais, plus que tout, j’ai eu du mal à passer du rôle d’acteur à celui de spectateur, impuissant à regarder son équipe depuis le banc. Je ne l’acceptais pas alors que je croyais pourtant avoir les arguments pour réussir.

Au moins, ça m’a permis d’avoir un regard moins dur et critique sur les entraîneurs. Je les défends bien davantage que tous mes collègues journalistes ou consultants.

« Que reprochait-on à Laurent Blanc ? »

A l’instar du dernier, Pochettino, que pensez-vous du profil des entraîneurs choisis par les dirigeants actuels ?

Je ne remets pas en cause le fait que l’entraîneur a aujourd’hui un rôle important dans les clubs de la dimension du PSG, mais plus dans le management et l’assistance «sociale» que dans l’aspect purement football. Parce que je reste persuadé que la réussite d’une équipe dépend davantage de la qualité des joueurs et de leur état d’esprit que du profil de leur coach.

Disons que le coach est la valeur ajoutée. Depuis l’arrivée de QSI, nous avons vu un défilé d’entraîneurs avec plus de déceptions que de satisfactions et des décisions que je n’ai toujours pas comprises. Que reprochait-on à Laurent Blanc ? Pourquoi avoir évincé Antoine Kombouaré alors qu’il était premier du championnat après un déplacement à Saint-Etienne ? Entre autres… J’ai du mal à considérer que c’est un entraîneur qui va faire gagner le PSG.

Pourquoi ?

Parce que tous les petits problèmes qui empêchent le club de gagner la Ligue des Champions ne viennent ni de la qualité de l’effectif, ni du profil des entraîneurs, mais bien de l’institution elle-même, de son management, du chevauchement des responsabilités.

Quand un dirigeant dit blanc à Neymar et qu’un autre lui dit noir… ça ne peut pas fonctionner. Quand un entraîneur met un joueur de côté pour un match qui ne lui semble pas important et que dans la foulée le joueur va se plaindre à un dirigeant et est réintégré par le coach… je me dis qu’il y a quelque chose qui dépasse l’entraîneur.

Larqué égratigne l’égoïsme des joueurs

N’est-ce pas aussi à l’entraîneur de s’imposer, d’avoir l’autorité nécessaire pour imposer ses choix ?

Cette autorité naturelle que doit incarner un coach ne peut pas fonctionner dans un club où les dirigeants vont tout de suite le suspecter d’empiéter sur leurs prérogatives. Et qui s’empresseront de l’épingler à la première contre-performance. Il y a trop d’interférences et le rôle de l’entraîneur n’est pas de changer le fonctionnement interne, l’influence de Leonardo, celle du président.

C’est à eux de le faire. Et tant qu’ils ne le feront pas, vous pouvez mettre n’importe quel coach, ce sera pareil. Car les joueurs sont de grands égoïstes. Lorsque Tuchel se la joue paternaliste avec certains d’entre eux, ils ne lui rendent rien. Comme Payet avec Villas-Boas à l’OM… Ils ne pensent qu’à eux. Emery avait gagné trois Ligues Europa, ce n’est pas rien, Pochettino a fait des choses magnifiques à Tottenham où il a fait émerger beaucoup de talents… je ne doute pas de leurs qualités, je doute de leur connexion avec les joueurs et les autres responsables du club.

Dans cette configuration, ils sont quand même passés à deux doigts de gagner la Ligue des Champions la saison passée !

Bien sûr, et heureusement qu’avec leur budget ils parviennent, de temps en temps, à s’inviter dans le dernier carré… et encore en passant près de l’échafaud face à l’Atalanta. Le Panathinaïkos aussi a été finaliste, et Bucarest a même gagné la C1… Et je ne doute pas que le Real ou le Bayern ont aussi des problèmes de management et d’organisation interne mais, du haut de leurs 13 et 6 C1, il faut croire qu’ils les règlent différemment.

« Tous les petits problèmes qui empêchent le club de gagner la ligue des champions ne viennent ni de la qualité de l’effectif, ni du profil des entraîneurs, mais de l’institution elle-même »

Vous semblez pointer du doigt l’influence négative du directeur sportif Leonardo. Pourtant, son retour a fait l’unanimité.

J’ai passé 15 ans à l’AS Saint-Etienne avec un directeur sportif de très grande qualité (Pierre Garonnaire, Ndlr) qui ne se trompait quasiment jamais dans son recrutement pas le style à recruter un Jesé par exemple (!), et on ne l’entendait jamais.

Le boss, c’était Herbin, et le président qui intervenait rarement devant nous. Aujourd’hui, la mode est de mettre des strates dans un club, d’en faire de vrais mille feuilles. Des clubs comme Bordeaux ont près de 300 salariés, idem au PSG.

Or, pour marcher droit, un club doit pouvoir s’appuyer sur trois personnes, pas plus : un président, un coach et un directeur sportif. Et chacun de rester à sa place. Le meilleur exemple en France est l’Olympique Lyonnais. J’ai lu une interview de Jean-Michel Aulas qui résume tout lorsqu’il déclare : «Rudi Garcia a bien compris l’ADN de l’institution : tout le monde peut s’exprimer, mais il sait très bien qui prend la décision finale.» Et je crois savoir que ça marche pas trop mal.

Retrouvez cet entretien ainsi que toute l’actualité du PSG dans le denier numéro du Foot Paris, en vente ici ou chez votre marchand de journaux.

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