samedi 26 novembre 2022

Jimmy Casper : « Van Aert a la même facilité qu’Eddy Merckx »

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L’ancien sprinteur français, Jimmy Casper vainqueur d’étape sur le Tour de France 2006, s’est éloigné à 43 ans du vélo qu’il a rangé en 2012, mais garde toujours un œil sur sa discipline de cœur.

Que devenez-vous ? 

Je suis actuellement contrôleur SNCF. 

Comment vous êtes-vous retrouvé à devenir contrôleur SNCF ?

Après mon passage dans l’équipe de l’Armée de Terre, je n’ai pas trouvé de poste dans une équipe professionnelle. Je voulais surtout une équipe pro, pas pour le prestige, mais parce que j’ai beaucoup moins de connaissances du monde amateur. Et j’ai toujours un peu de mal à donner des directives à des coureurs qui ne sont pas payés. Dans les équipes pro, chacun a son rôle défini, donc c’est super intéressant stratégiquement à mettre en place.

Malheureusement, je n’ai pas eu d’ouverture pour intégrer une équipe en tant que directeur sportif. Après, pendant environ trois ans, j’ai fait la moto info pour certaines courses d’ASO. Je me suis occupé des relations publiques sur plusieurs Tours de France. J’ai ensuite voulu plus de stabilité.

Aujourd’hui, j’ai une compagne avec qui je préfère passer du temps que d’être sur une course. J’avais envie de trouver un boulot stable. Un jour, j’ai discuté avec Christian Mortier qui est l’ancien président du club de Montdidier, c’est un ancien cheminot qui m’a dit pourquoi tu ne voudrais pas être contrôleur. Je me suis dit oui pourquoi pas donc j’ai suivi les démarches pour postuler et ça s’est fait comme ça.

Jimmy Casper encore actif dans le cyclisme de La Somme

Vous n’avez plus du tout l’ambition de refaire quelque chose dans le vélo professionnel ?

Non. Le seul truc que j’ai fait encore, c’est encadrer l’équipe de la Somme. Il y a toujours des journées de tests, des choses comme ça pour les jeunes. Paris-Roubaix avec la région, et le Tour de France, je ne sais pas si je le ferai cette année. Pour l’instant, on ne m’a pas contacté et je ne suis même pas sûr d’être disponible. 

Quel est votre meilleur souvenir de cycliste ? 

Mon meilleur souvenir reste l’étape du Tour en 2006, et aussi d’avoir remporté mon tour régional ; le Tour de Picardie. Sur le Tour, j’ai vécu un rêve de gosse, c’est arrivé à un moment où je n’y croyais presque plus. A un certain moment, je me mettais la pression pour à tout prix arriver en forme sur le Tour pour essayer de gagner.

A force de passer à côté, j’ai perdu l’espoir, et puis cette année-là, j’étais arrivé un peu, je ne vais pas dire la fleur au fusil, mais je m’amusais chez Cofidis avec les copains. C’était beaucoup de plaisir sur le vélo, je me suis dit que je ferai ce que je pourrai et point barre.

Sans me mettre de pression. Et puis, elle est arrivée à la surprise générale. Ce dont je me souviens, ce sont les émotions qui vont avec, malgré que j’essaye de savourer un maximum, ça va tellement vite qu’on n’arrive pas à enregistrer tous les événements du moment.

« L’étape du Tour de 2006 reste mon meilleur souvenir » 

Avez-vous des regrets ? 

On peut toujours faire mieux, mais je n’ai pas de regrets. J’ai fait des erreurs de parcours, mais je n’ai pas de regrets. J’aurais pu faire mieux en bossant plus, en étant plus sérieux, mais si je ne l’ai pas fait à ce moment-là, c’est que je n’étais pas prêt psychologiquement à le faire. Oui, j’avais du talent, je bossais en dilettante étant plus jeune, mais c’est parce que psychologiquement, je n’étais pas prêt à faire plus. 

Quel regard portez-vous sur le peloton d’aujourd’hui ? 

On a l’impression que les coureurs rigolent de moins en moins. C’est de plus en plus des machines, moi je ne les envie pas forcément. Si, eux, ils sont heureux comme ça tant mieux pour eux. Je pense que notre période était un peu plus détendue. Mais après toutes les générations avant moi me disaient que c’était mieux avant, donc je ne veux pas faire mon vieux con, je pense que ça évolue, chacun son époque. 

Quels sont vos coureurs préférés ? 

Forcément, il y a Julian (Alaphilippe), mais après, j’ai beaucoup regardé cet hiver le petit combat Van Aert contre Van Der Poel. Ce sont un peu les deux ennemis de toujours, et on aime bien voir qui prend le dessus sur l’autre. Van Der Poel est impressionnant par ces coups d’éclat, mais Van Aert lui, il est impressionnant parce qu’il est fort partout. Moi, je le compare à Eddy Merckx, il a la même facilité. 

« On a l’impression que les coureurs rigolent de moins en moins » 

Quelle est la dernière course qui vous a fait vibrer ? 

La dernière où j’ai été à bloc derrière la télé, ce sont les championnats du monde. Quand Julian attaque, je me dis que ce n’est pas possible. Il en remet une, il ne va pas y arriver et il finit par tenir jusqu’au bout. C’est juste énorme les émotions qu’il procure. 

On parle de nouveau d’un cyclisme à deux vitesses avec les formations françaises en retard sur les équipes étrangères. Etes-vous d’accord ?

Ce terme de cyclisme à deux vitesses a toujours existé, ma génération, c’étaient les étrangers qui n’avaient pas compris, je pense que les règles avaient changé au niveau du dopage. Maintenant, je suis plus vraiment au cœur du système, mais je pense que le problème est autre. Les équipes étrangères ont sûrement plus de moyens pour développer les à-côtés.

Moi ce que je connais des équipes françaises pour y avoir couru, j’ai fait 15 ans en professionnel et je n’avais jamais fait une étude posturale en soufflerie. Est-ce que tous les coureurs français en font maintenant ? Demandez chez Ineos ou chez Jumbo, tous les coureurs le font, j’en suis sûr. Le cyclisme à deux vitesses, je ne pense pas que ce soit un problème de dopage. A l’étranger, ils ont plus de moyens et ils les mettent à profit. 

Que pensez-vous de la nouvelle génération de coureurs français qui est en train d’émerger ?

Dans ma génération, on avait du mal à voir un Français dans le top 10 du Tour de France. Maintenant, certains ont fait leur place, on n’a peut-être pas encore le champion hors normes pour gagner le Tour. Je ne vois pas de coureurs capables de le faire, Thibaut Pinot en a les capacités physiques, mentalement, je pense moins. Julian sur un coup d’éclat et un peu de réussite pourquoi pas.

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