dimanche 2 octobre 2022

La Belgique attend (depuis longtemps) son vainqueur du Tour

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Jean-Marc Azzola
Jean-Marc Azzola
Journaliste

D’année en année, depuis 1985, la France attend, désespérément, le successeur de Bernard Hinault sur la Grande Boucle. Dans le plat pays, en Belgique, l’attente se fait encore plus longue…

Depuis 1976 exactement ! Cette année-là, Lucien Van Impe prenait le meilleur sur Joop Zoetemelk et Raymond Poulidor : « Eux-aussi ont été débordés par des nations en voie de développement. Ils ont, comme nous, un peu piétiné par rapport à ce processus. Il faut essayer de se retrouver et celui de la victoire. Ce n’est pas simple. On n’est pas seuls sur le marché », estime l’ancien journaliste Jean-Paul Ollivier.

Grand spécialiste du cyclisme belge, le commentateur de la RTBF Rodrigo Beenkens voit d’autres explications : « La Belgique attend également peut-être pour des raisons assez identiques que la France avec Hinault un vainqueur du Tour. C’est surtout pour nous une question de génération. Pendant des années, on n’a pas eu de grimpeurs. Puis, on a manqué de rouleurs. Désormais, on manque cruellement de sprinteurs alors que c’était notre point fort à une époque. On n’a pas eu depuis Van Impe le profil idéal pour gagner le Tour. Il y a aussi un lien à trouver avec le hasard, le talent, l’hyper-spécialisation et les opportunités. La Belgique a eu Merckx et Van Impe, la France Hinault et Fignon. Maintenant, la Slovénie mise sur Pogacar et Roglic alors que ce n’est pas un pays de cyclisme. On a eu chez nous des athlètes qui n’étaient pas loin de la vérité comme Claude Criquielion (trois fois 9ème, Ndlr). Mais sans jouer vraiment la gagne.

Ensuite, il y a eu Johan Bruyneel (7ème en 1993, Ndlr). Il avait ce profil pour être bon en contre-la-montre et il pouvait bien passer la montagne également. Mais on n’avait pas ce coureur capable de bien grimper et d’être fort en contre-la-montre en même temps. C’était souvent l’un ou l’autre. Il y a des périodes de cycles et de spécialisation dans certains domaines plus que d’autres. »

Un problème de génération et de spécialisation en Belgique

Dries De Bondt, le champion de Belgique en titre, donne lui aussi son point de vue : « La Belgique est un pays de tradition cycliste. Il y a eu de grands coureurs belges. Mais ce sport ne s’était pas encore internationalisé à ce point comme maintenant. Le vélo est devenu un sport planétaire. La concurrence est beaucoup plus vive. Les Colombiens, par exemple, peuvent très bien se préparer pour le Tour du fait du relief existant dans leur pays avec beaucoup de montagne. On ne dispose pas de cet atout en Belgique. C’est peut-être même encore plus dur pour nous qu’en Italie ou en Espagne. Pour réussir sur de telles courses à étapes, il faut le talent d’un Remco (Evenepoel), mais aussi les bonnes conditions pour bien s’entraîner. Par contre, on regorge de champions de classiques avec Van Aert, Van Avermaet, Gilbert, Boonen avant et d’autres avec une Belgique dominante. » Toute l’attention est désormais portée sur le prodige Remco Evenepoel.

Dries de Bondt : « Remco a tout pour devenir un candidat à un podium dans les grands tours »

Mais le commentateur de la RTBF en appelle à la prudence : « Remco a tout pour devenir un candidat à un podium dans les grands Tours, mais de là à pouvoir gagner le Tour… Il n’est pas encore dans la situation de Pogacar. On connaît ses qualités. Il est déjà dans le top 3 mondial en contre-la-montre et devrait prendre du temps à ses adversaires directs. Il ne sera pas facile à lâcher dans la montagne non plus. De là gagner… A-t-il le moteur pour rouler trois semaines ? On pense que oui, mais personne ne le sait. Comment gérera-t-il trois semaines et donc un effort répétitif notamment en haute montagne, c’est la grande question ».

La Belgique risque d’attendre encore davantage son futur lauréat sur le Tour, elle qui ne l’a finalement gagné que 6 fois dont 5 pour le seul Merckx (1969, 1970, 1971, 1972, 1974) contre 7 fois à l’Italie, 12 fois à l’Espagne et 21 fois à la France.

Pour trouver la trace d’un Belge sur le podium du Tour, il faut remonter à 2010 avec Jurgen Van den Broeck (3ème après le déclassement de Contador). Remco, le Plat Pays compte sur toi. Surtout que sur les autres grands Tours, ce n’est guère mieux, le dernier vainqueur belge du Giro étant Johan De Muynck en 1978 et sur la Vuelta Freddy Maertens en 1977…

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