dimanche 29 janvier 2023

La chronique de Noël Tosi : l’épineuse et très commentée question des relations entraîneurs – joueurs

À lire

Entraîneur très expérimenté, qui a baroudé sur plusieurs continents, dirigé une douzaine de clubs et été sélectionneur en Afrique, Noël Tosi* nous livre chaque sa chronique. Il évoque l’épineuse question des relations entre les entraîneurs et leurs joueurs…

Il y a encore quelques années, les relations entraineur-joueurs se limitaient à : C’est comme ça puis c’est tout ! Tu écoutes, tu exécutes et tu joues ! 


Aujourd’hui ce mode de gestion parait révolu. Le joueur a besoin du coach pour avoir des clés à ses problèmes, à ses interrogations. L’entraineur qui va oublier d’écouter son vestiaire, va surement à sa perte. Alors faut il laisser les joueurs en autogestion ? Faut il être un gendarme autoritaire et gérer les joueurs comme des enfants ? Faut il être copains avec eux, pour mieux les gérer ?

Jean Vincent, viré de Bastia car « trop laxiste »…

Quels sont les entraineurs qui ont fait évoluer le management dans l’histoire. Un des premiers entraineur a laissé son groupe en autogestion presque totale fut Jean Vincent, merveilleux entraineur Français qui n’a pas perdu un seul match en coupe du monde avec le Cameroun et qui a été quand même éliminé !
 Il fit la même chose En 1970 avec Bastia qui se morfondait dans les bas fonds du classement. Il réussit à gagner 3 matchs sur quatre et à maintenir le Sporting.

Tout de même interloqués par sa méthode les dirigeants Bastiais ne le conserverons pas. Lorsque un journaliste de Corse matin ( ex Nice matin ) avait interrogé un dirigeant Bastiais sur la méthode de management de Vincent, ce dernier avait déclaré : « Il est très bien comme entraineur mais les joueurs font ce qu’ils veulent ! »

Mauricio Pochettino (PSG) et l’art de gérer les stars


Alors Jean Vincent était il un avant-gardiste ou un technicien trop laxiste ? L’essentiel n’est-il pas de gagner, quelque soit la méthode ? 
Plus proche de nous, pensez-vous que Mauricio Pochettino puisse gérer un tel groupe au PSG, sans écouter les joueurs ? 
Il se contente de leur donner des clés tactiques et leur proposer des options de jeu, les joueurs font le reste…

Je vois mal l’entraineur Parisien expliquer à Neymar, Messi ou Mbappé comment se déplacer ou comment se servir de leur technique !


En revanche gérer des stars est un vrai travail d’entraineur et Pochettino le fait à merveille.
 Nous sommes là dans une gestion d’équipe en « autogestion légèrement dirigée ». Mais comment faire autrement avec de tels stars.

Reste l’entraineur Ultra directif et autoritaire.
 A notre époque, celui ci n’existe plus en tout cas pas à ma

connaissance. Un des derniers a été le regretté de tous les Corses « Pierre Cahuzac ». « Cahu » était intransigeant sur tout : le travail bien sûr, les horaires évidemment. Je vais vous citer une anecdote qui m’a été contée par Merry Krimau l’ancien joueur du Sporting club de Bastia, celui qui nous gratifia d’une course effrénée de 60 mètres à Turin pour aller donner la victoire historique de Bastia en coupe d’Europe contre le « Torino ».

Pierre Cahuzac (Bastia), l’intransigeant

Merry était arrivé en retard et Pierre Cahuzac s’adressait au groupe dans un silence de cathédrale. Derrière le coach, Merry proféra plusieurs fois des excuses sans que Cahu ne réagisse. « Excusez-moi coach ! ». Au bout de quatre excusez moi coach … Merry Krimau rajouta : « Il y avait des feux rouges ! ». La réponse du coach fut tonitruante, car si vous connaissez la route qui va jusqu’a Furiani pour les matchs et les entrainements … il n’ y a bien sur aucun feu … rouge !

« Et dans mon … il y a des feux rouges ? » Merry Krimau fit des tours de terrains pendant une semaine pendant que le reste de l’équipe s’entrainait. Conséquence : Il n’arriva jamais plus en retard. La rigueur et l’autorité a parfois du bien.

Reste la troisième méthode, très proches sur la tâche mais très loin pour tout le reste. Les coaches sont nombreux à adapter cette méthode, ils ne sont pas amis avec les joueurs, mais en revanche, ils vont tout faire pour les aider footballistiquement, afin que ces derniers soient très performants.

Deschamps, Genesio, Stefan, si proches… et si loin

Ils vont avoir une attitude ultra positive sur la tâche, ils seront justes et intransigeants sur le travail, mais en aucun cas n’établiront des relations personnelles avec eux en dehors du carré vert.
 Jurgen Klopp est très proche de ses joueurs, on sent un grand respect de leur part, il est l’image même de cette méthode « très proche, très loin », tout comme l’ex Parisien Thomas Tuchel.

Mais n’oublions pas non plus nos Français … Didier Deschamp… Bruno Génésio… Julien Stefan… Gernot Rohr… et je pourrai en citer d’autres encore. « Tres proches , très loin ! », mais pas trop loin …

Si je pouvais me permettre de donner un conseil à Mauricio Pochettino ( ça ne sera pas un conseil technique, lol !), je lui dirais : « Mauricio exprime toi en Français au plus vite avec la presse , les proches du club, les joueurs… afin que tu ne t’en éloignes pas trop ! »

Thomas Tuchel et Carlo Ancelotti s’exprimaient en Français à Paris, alors si tu ne veux pas être beaucoup moins proche et très très loin… Deviens très vite bilingue.

*Premier technicien français à avoir entraîné aux Etats-Unis, Noël Tosi a commencé sa carrière sur un banc à l’âge de 27 ans. Passé par Grenoble, Nîmes, Gueugnon, Arles-Avignon, Angers et Cherbourg (entre autres) en France, il a aussi été sélectionneur du Congo et de la Mauritanie.

spot_img

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Actu

spot_img
spot_img

À lire aussi