jeudi 13 juin 2024

La chronique de Noël Tosi : les entraîneurs français sont-ils vraiment moins bons que les étrangers ?

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Entraîneur très expérimenté, qui a baroudé sur plusieurs continents, dirigé une douzaine de clubs et été sélectionneur en Afrique, Noël Tosi* nous livre chaque lundi sa chronique.

Mais qu’est ce qu’ils ont de plus que nous ? C’est la question que nous devons nous poser et que pas mal de présidents devraient se poser. La réponse est pourtant assez simple : rien !

Aujourd’hui, nous vivons une période où l’entraineur passe de héros à paria, en l’espace de quelques mois. Le dernier exemple en date : Marcelo Bielsa, héros de l’ascension de Leeds en Premier League, nouvel héros du maintien du club, avec une neuvième place, laissé pour compte et remercié quelques mois après pour manque de résultats.

Vous me direz : lui ! Il n’est pas Français, certes ! Mais c’est pour montrer que la vie d’un coach dans un club est de plus en plus courte.

Les entraîneurs étrangers, quels avantages ?

Un des rares avantages est qu’ils ne parlent pas, ou pas bien, la langue, donc on a du mal à leur faire des reproches qu’ils ne comprendraient pas. Ensuite, il faut savoir qu’il est peut être plus difficile d’être entraineur en National, en France ou d’un club amateur, que d’être entraineur d’un club professionnel.

Notre formation d’entraîneurs est l’une des meilleures au monde. Nos entraîneurs français ont tous des idées différentes, sur la conception de jeu sur le projet de jeu, de leur équipe. Les entraîneurs français sont innovants, créatifs et ils sont capables de se remettre en cause.

Parlons des entraîneurs de Ligue 1. Pensez-vous qu’un Génésio a quoi que ce soit à envier à un étranger ? Issue de la formation lyonnaise, il a mené la barque de façon magistrale dans l’un des plus grands clubs français, et aujourd’hui, il façonne Rennes comme jamais personne ne l’a fait. Mais pas que ! Stéphan à Strasbourg a pris la suite d’un autre grand entraîneur, Thierry Laurey, qui est une valeur sûre en Ligue 1 ou Ligue 2. Avec Thierry, le sérieux, la rigueur, est de mise. Rien ne pourra vous arriver, tant son professionnalisme dans le travail est connu et reconnu.

Mais revenons en à Julien Stéphan à Strasbourg. Nous sommes en train de vivre l’ascension d’un des plus grands coachs de ces dernières années. Vous me direz, bon sang ne saurait mentir, car il a eu une formation hors normes, en étant le fils de Guy Stéphan ! Je suis prêt à parier que dans quelques années, on dira, Guy Stéphan… le père de Julien.

On passera très vite sur le boss : Christophe Galtier. Lui, il peut tout faire, il sait tout faire. Il est même capable de gagner un match avec cinq tonneaux et six joueurs sur un terrain !

Il y a aussi nos valeurs sûres : Rudy Garcia, Fred Antonetti, Roland Courbis, Gernot Rohr, qui a été le sélectionneur qui a tenu le plus longtemps à la tête d’une nation africaine, Hevé Renard, le fils de Claude Leroy et de Raquel Welch (lol !), seul entraîneur français a avoir gagné la CAN avec des pays différents.

Mais aussi des entraîneurs « phénomènes » en Ligue 2 ou National avec Stéphane Le Mignan, l’entraineur le plus « chiant » à jouer avec ses équipes, David Vigne qui, lorsqu’il était entraîneur à Pau et dernier du classement de National, pratiquait un football magnifique, et qui aujourd’hui récolte la juste récompense de ses efforts.

Des génies qui n’ont pas encore percé

Parlons encore des génies qui n’ont pas encore percé et qui se retrouvent en National 2 ou 3, voire en Régional, à l’image d’Antonio Tavares, qui a élaboré une thèse sur Friedrich Nietzsche et est sorti avec mention spécial du jury.

Antonio, David et bien d’autres jeunes entraîneurs n’ont rien à envier à n’importe quel entraîneur étranger qui vient coacher en France. On demande aux coachs de prendre des risques, d’être ambitieux dans leurs méthodes et dans leur jeu. Je pense que les présidents français devraient donner la chance à nos talents français. Eux aussi peuvent prendre le risques du talent.

Oui, bien sûr, il faut jouer la carte des Français et être « cocorico ». Mais quelle est la valeur hypothétique d’un entraîneur ? Sur quoi est-il jugé ? Sur les résultats ?

Sur le niveau où il a coaché ? Nous allons revenir quelques années en arrière et nous rappeler que Zidane avait failli entrainer Bordeaux et puis cela ne s’était pas fait. Aurait-il eu la même carrière s’il avait entrainé les Girondins avant d’entrainer le Real de Madrid ? Nous ne le saurons jamais. J’ai ma petite idée sur la question ! Sur quels critères jugeons-nous un entraineur étranger ?

Pochettino a joué la finale de la Ligue des Champions avec Tottenham, est-il apte à entrainer Paris Saint-Germain ? Je suis sûr que Bruno Génésio ferait aussi bien que lui, et certainement mieux.

Enfin, il y a quand même eu des entraîneurs étrangers qui ont apporté beaucoup de part leur personnalité et leur style. Je pense à Carlo Ancelotti, Thomas Tuchel… et quelques autres, mais personne ne m’enlèvera de l’idée que nos Français font partie des meilleurs.

Le défaut des Français : la communication !

Alors, quel serait le seul domaine où nous pourrions progresser ? La communication ! C’est certainement dans ce domaine-là que nous devrions faire le plus de progrès. Mais là, nous avons un exemple d’exception : Didier Deschamps. Le sélectionneur national est l’archétype même du communicant d’exception. En prenant exemple sur lui et en se faisant aider, nous pouvons encore exceller dans ce domaine.

Dernière chose : si un club français pense à recruter José Mourinho, je vais lui faire faire des économies. Recrutez « Tonio Tavarès ». Il est Franco-Portugais, il est plus doué que Mourinho à son âge et surtout il est beaucoup moins cher.


*Premier technicien français à avoir entraîné aux États-Unis, Noël Tosi a commencé sa carrière sur un banc à l’âge de 27 ans. Passé par Grenoble, Nîmes, Gueugnon, Arles-Avignon, Angers et Cherbourg (entre autres) en France, il a aussi été sélectionneur du Congo et de la Mauritanie.

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