lundi 24 juin 2024

Le hand boudé par la télé, pourquoi c’est injuste

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Frédéric Denat
Frédéric Denat
Journaliste

Troisième sport collectif en termes de licenciés derrière le foot et le basket, largement le plus titré au niveau international chez les filles comme chez les garçons, le handball français n’en reste pas moins très discret au niveau médiatique en dehors des grandes compétitions internationales. Pour espérer rattraper le retard, la perspective des JO de Paris offre une fenêtre de tir idéale. Encore faudra-t-il savoir la saisir…

En moyenne, la part des revenus issus des droits télés sur le budget d’un club de Starligue ne dépasse pas 5%. Elle est de 50% pour les clubs de football de Ligue 1, d’environ 20% pour les clubs de rugby du Top 14. Si les footballeurs sont sur une autre planète, le modèle du rugby entretient une frustration largement partagée par les principaux intéressés.

Entraîneur adjoint du HBC Nantes, avant d’en prendre, seul les rênes la saison prochaine, Grégory Cojean estime « qu’il y a une réflexion à avoir au sein de nos instances, à la Ligue, à la Fédé, dans les clubs… Ne doit-on pas travailler de notre côté pour devenir plus attractifs ? Il faudrait parvenir à rebondir sur la dimension spectaculaire d’un sport rapide et attractif. C’est un sujet de grande ampleur qui concerne la dimension culturelle du hand en France. »

Les droits TV, c’est 5% du budget d’un club

Grégory Cojean poursuit son analyse en l’orientant vers le PAF : « Les droits de la Ligue des Champions ont été rachetés par Eurosport, et c’est très bien, mais l’accès aurait été plus facile et accessible avec France Télévisions ou Canal +. Ceux qui ont connu comme moi le hand il y a une quarantaine d’années trouvent déjà la situation très satisfaisante… mais terriblement frustrante quand on voit comment Canal+ a réussi à transformer l’image et l’audience du rugby. Ça donne des idées. Un match en prime time tous les dimanches soir suivi d’une émission de débrief… » ça les fait tous rêver, même Benjamin Braux, l’entraîneur de Nancy et futur entraîneur de Saint-Raphaël :

« Nous avons deux belles vitrines, les deux équipes de France, mais un impact médiatique qui ne leur correspond pas. On est loin de l’image du rugby. Pour se faire une place dans le paysage médiatique, c’est long et difficile. C’est aussi aux clubs de faire les efforts nécessaires pour attirer de plus en plus de spectateurs et rebondir sur les bons résultats des équipes de France, profiter des prochains JO. Quand je vois que le rugby diffuse ses matches de Coupe d’Europe sur des chaînes gratuites, je me demande pourquoi nous ne le sommes que sur des chaînes payantes. Nous avons pris du retard, mais nous avons des atouts, notamment celui d’être présent sur tout le territoire quand le rugby est plus concentré sur des régions. Développer le hand dans les grandes villes pourrait nous aider à gagner en visibilité. »

« Quand on voit comment canal+ a réussi à transformer l’image et l’audience du rugby, ça donne des idées »

Les audiences télés sont pourtant toujours excellentes quand les deux sélections nationales sont programmées en prime time et en clair. « Mais ce soufflet national retombe trop vite, regrette Thierry Vincent, entraîneur de Celles-sur-Belle (D1F). Il faudrait parvenir à créer un feuilleton LBE toutes les semaines avec un diffuseur ayant pignon sur rue. Malheureusement, le sport féminin reste le parent pauvre du sport dans l’hexagone, malgré le soutien de la chaine Sport en France. C’est le serpent qui se mord la queue. Il faudrait plus de visibilité pour attirer de nouveaux partenaires qui permettraient d’être plus fort et bankable en termes de diffusion. »

Du côté de Bourg de Péage, où il vient de proposer ses services pour sauver le club en Ligue Butagaz Energie, le chef d’entreprise Dromois (LNA Solutions), Jean Pamart, a aussi l’ambition de proposer une nouvelle offre télé aux supporteurs.

« Je souhaite investir dans le hand parce que je considère que de tous les grands sports collectifs en France, derrière le foot, le rugby et le basket, il est le plus sous-estimé, celui qui a le moins de visibilité alors qu’il a énormément d’atouts. En montant notre projet de webTV (HandStar TV), nous avons pu avoir accès à des informations qui me font dire que le hand français est mal géré.

« Il n’est par exemple pas normal que beIN SPORTS, qui a acheté tous les droits télés de la Starligue, ne diffuse rien d’autre que les trois meilleures affiches de chaque journée, c’està-dire toujours les mêmes clubs. Ce système appauvrit le hand car des clubs comme Saran ou Chartres ne sont jamais diffusés. Je peux même affirmer que plus que les droits télés de la Starligue et de la Proligue, c’est toute la LNH qui a été entièrement vendue à beIN SPORTS. »

« C’est toute la LNH qui a été entièrement vendue à beIN SPORTS »

La LNH et beIN SPORTS viennent de prolonger de trois ans, jusqu’en juin 2026, un accord de diffusion qui prévoit effectivement la diffusion des trois plus belles affiches de chaque journée.

Partenaire du championnat de France masculin depuis 2014, beIN SPORTS est un diffuseur officiel sur le long terme qui « nous permet de travailler en concertation étroite sur la possible création d’une offre OTT commune afin de garantir aux fans une expérience de hand pro toujours plus riche, adaptée aux évolutions de la consommation du sport dans les médias » relevait avec satisfaction le président de la LNH au moment de la signature de ce nouveau bail, David Tebib, à qui Bruno Martini a succédé depuis.

Le nouveau président de la Ligue se rapprochera peut-être de Jean Pamart et de son ancien coéquipier Grégory Anquetil (voir encadré), également impliqué dans le projet HandStar TV.

« Nous voulons promouvoir la N1, tous ses derbys, le hand féminin, les amateurs, les sélections de jeunes, les matches européens, poursuit Pamart. Nous sommes aussi en relation avec le Portugal, l’Espagne, les pays du Maghreb pour acquérir leurs droits et offrir au hand une visibilité bien plus large. Les clubs payent pour passer à la télé, je voudrais leur permettre, à travers notre structure, de produire eux-mêmes leurs images pour les revendre ensuite sur différents canaux. »

Quand le foot regretterait presque parfois sa trop grande dépendance économique aux chaînes de télé, obligé de chercher d’autres manières d’élargir son audience, le hand se désespère de ne pas l’être assez.

Handball magazine et le désert français…

Depuis la disparition du mensuel Hand Action en 2019, il ne subsiste plus que Handball magazine dans le paysage médiatique de la presse écrite française. En dehors de la revue officielle de la FFHB, HandMag, éditée tous les deux mois, le trimestriel du groupe Lafont presse comble le vide intersidéral qui n’offre qu’un seul magazine, devenu de référence, à l’un des sports les plus populaires et les plus pourvoyeurs de médailles en France.

Si, dans les régions, la presse quotidienne régionale se fait l’écho de l’actualité des clubs professionnels ou amateurs de leur zone de chalandise, quand L’Equipe ne semble s’intéresser vraiment au hand qu’en période olympique ou poursuivre les équipes de France, se contentant du minimum vital pour valoriser le travail des clubs de l’élite, c’est surtout aujourd’hui sur la toile que se tournent les supporteurs et les pratiquants pour s’informer au jour le jour entre deux numéros de Handball magazine.

Le Hand a sa place dans le paysage médiatique

La page facebook de Hand Team, spécialisée dans le hand féminin avec ses 13 500 abonnés, permet de faire remonter des articles publiés dans la PQR. Dans le même registre, mais pour l’ensemble du handball français, Handzone.net condense un maximum de stats, de résultats et d’infos de toutes sortes, et de tous niveaux avec beaucoup de réactivité et d’interactivité pour afficher plus de 18 000 abonnés sur Facebook.

Plus élitiste dans sa ligne éditoriale, HandNews.fr parvient à fédérer plus de 118 000 followers. Enfin, nouveau venu sur la toile, lequotidiendusport.fr, également édité par le groupe Lafont presse, démontre avec une audience en constante hausse que le hand a aussi sa place dans un paysage médiatique bien trop impacté par le football.

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