lundi 20 mai 2024

L’entretien à contre-courant de Luis Fernandez sur le PSG : « Cette équipe a une âme »

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Frédéric Denat
Frédéric Denat
Journaliste

Consultant sur les émissions Ligue des Champions de beIN SPORTS, l’ancien joueur, Luis Fernandez (1978-1986) et entraîneur (1994-1996 et 2000-2003) du PSG analyse le début de saison d’une équipe qu’il voit aller très loin. Plus loin et plus haut que d’habitude…

A contre-courant d’une presse française qui émet des doutes sur la capacité du PSG à aller loin en Ligue des Champions, Luis Fernandez est optimiste. Si le coach parvient à gérer sans encombres la situation de ses deux gardiens et faire abstraction des pressions qui pourraient venir de ses dirigeants. Comme si le principal danger du PSG était le PSG lui-même. Entretien exclusif pour Le Foot Paris et Le Quotidien du Sport.

Vous entraîneur, comment feriez-vous jouer les trois stars du PSG, Messi, Mbappé et Neymar ?

Déjà un préalable, il n’y a aucune interrogation à avoir sur le fait de les faire jouer tous les trois en même temps et d’y ajouter même Di Maria et Verratti qui me paraissent au-dessus du lot et incontournables dans cette équipe. Pour le reste, il faut échanger, dialoguer avec eux, être en permanence dans la communication et tenir compte du calendrier.

Fernandez veut un dialogue permanent avec les stars

Le but est de les faire tous adhérer à un projet qui tient compte de tout ça, de la préparation des matches dans la semaine, des absences pour les coupures internationales, des périodes vécues ensemble et tout faire pour que ces grands joueurs qui sont aussi de fortes personnalités s’apprécient.

C’est la base de tout et je pense que ces trois-là en tout cas font preuve d’une camaraderie largement au-dessus de la moyenne. Cela se voit sur le terrain, ça se sent dans leur jeu. On sent qu’ils ont envie de jouer et de gagner ensemble. Forcément, c’est plus facile pour ensuite trouver le bon équilibre tactique, pour les pousser à faire des efforts défensifs. Il faut aussi qu’ils reçoivent de bons ballons.

Comment aurait défendu l’ancien milieu défensif que vous étiez sur Messi ou Neymar ?

En les empêchant de prendre de la vitesse, de se retourner, en étant très proche d’eux et surtout en anticipant. Parce qu’avec eux, dès qu’ils te regardent droit dans les yeux, c’est fini, ils sont déjà ailleurs !

Un duel Fernandez-Neymar, on imagine des étincelles !

J’avais du tempérament, mais j’ai rarement été expulsé parce que j’avais une bonne lecture du jeu qui me permettait d’anticiper. Et face à des joueurs aussi techniques et rapides, si vous ne prenez pas un temps d’avance, vous êtes mort. Dans le même registre, j’ai joué face à Maradona, mais face à ce style de joueurs, tu n’as pas envie de leur faire mal parce qu’ils te font rêver.

« Si on laisse travailler le coach tranquillement, ce qui n’a pas été le cas avec ses prédécesseurs, tout est réuni pour aller au bout »

N’est-on pas trop sévères avec le PSG sous prétexte qu’il ne parvient pas à dominer dans le jeu en Ligue 1 en ce début de saison ?

On sous-estime la période, compliquée par la crise sanitaire, la multiplication des compétitions qui laisse peu de place aux entraînements, et le temps d’adaptation nécessaire à Messi pour s’intégrer à son nouveau mode de vie, et donc à ses coéquipiers pour le mettre dans les meilleures conditions. Personnellement, je suis déjà super content qu’on puisse avoir de tels joueurs dans notre championnat.

Il faut s’en satisfaire et arrêter de tout le temps leur demander davantage, en permanence chercher des bouc-émissaires. Neymar tombe peut-être un peu trop facilement parfois, mais il a cette lumière lui, cette facilité technique qui le rend irrésistible. Ne leur cherchons pas toujours des noises. Même quand ils s’engueulent, ça fait partie du foot. Je me suis souvent engueulé avec des coéquipiers que j’admirais.

Mais la réalité m’a toujours rattrapé parce que j’étais conscient que, sans eux, on ne pouvait pas gagner. C’est pareil à Paris. On jugera à la fin des compétitions. C’est facile de parler après les matches, mais je préférerais qu’on le fasse avant. Surtout qu’on ne sait jamais trop ce qui se passe à l’intérieur d’un club.

Regardez au Barça, Koeman avait beau bien connaître la maison, il s’est lui aussi heurté à la réalité du terrain et aux limites de son effectif. A Paris, on sait gré au président Nasser de nous avoir ramené Messi ou Ramos, qui va lui aussi beaucoup apporter, mais c’est au coach et au directeur sportif maintenant de faire le job.

Le PSG a un problème avec ses entraineurs

La relation Pochettino-Leonardo est-elle en cause ?

Je ne sais pas, là encore je ne vis pas le club de l’intérieur. On m’a souvent reproché, lorsque j’étais entraîneur du PSG, la manière avec laquelle j’ai géré le cas Ronaldinho. Le fait est que la première année, quand il est arrivé, il a été exceptionnel et avec mon staff on en a fait un champion du monde. Même le sélectionneur du Brésil était venu pour nous féliciter !

Le saison d’après, il était livré à lui-même et d’autres personnes ont voulu s’en mêler. Ça s’est mal passé. Contrairement à Espagne, à l’Allemagne, à l’Angleterre ou à l’Italie, où l’institution club passe avant les joueurs, aussi grands soient-ils, en France on a du mal à avoir cette approche. Et il faut croire que ça ne vous intéresse pas, vous les médias, car chaque fois

que vous évoquez le passage de Ronnie au PSG, vous faites référence à mon management. Or, gérer ce genre de joueurs, ça fait partie de la stratégie d’un club, d’une politique sportive. Aujourd’hui, beaucoup d’entraîneurs sont passés à Paris, ont gagné ailleurs, les Emery ou Tuchel, et le directeur sportif est encore là…

« Ils ont envie de faire les choses ensemble et jusqu’au bout »

Croyez-vous que ce PSG-là peut enfin décrocher la timbale en 2022 en Ligue des Champions ?

Quand je le vois batailler dans des conditions difficiles pour s’imposer souvent en fin de match en championnat, plutôt que de regretter qu’il ne gagne pas 4-0, je me dis que ce groupe a une âme et a envie de faire les choses ensemble et jusqu’au bout.

On parle d’une équipe qui sort d’une finale de Ligue des Champions, d’une demi-finale, qui a recruté Messi et Ramos… J’ai donc une totale confiance et je suis impatient d’être au printemps pour voir ce que ça va donner. Il y a une énorme attente, mais je ne vois pas pourquoi ça ne marcherait pas. Si on laisse travailler le coach tranquillement, ce qui n’a pas été le cas avec ses prédécesseurs, notamment Tuchel, tout est réuni pour aller au bout. J’espère que le club a tiré les leçons des erreurs du passé.

Parce que l’équilibre reste fragile, que pensez-vous notamment de la situation des deux gardiens ?

J’ai toujours dit que j’étais contre cette concurrence. J’ai toujours eu dans mes équipes un n°1, un n°2 et un n°3. Dans tous les meilleurs clubs du monde, Neuer au Bayern, Courtois au Real, Mendy à Chelsea, Oblak à l’Atlético, le gardien n°1 joue tous les matches, même amicaux, même ceux de la coupe nationale.

S’imposer une concurrence à un poste qui était largement pourvu et n’était pas le maillon faible, mais plutôt le maillon fort, c’est se créer des problèmes où il n’y en avait pas. Je ne pense pas que ce soit le fait de l’entraîneur, plutôt du directeur sportif. A Pochettino de gérer ça, s’il l’accepte. Et il l’accepte apparemment.

« La concurrence Navas-Donnarumma, c’est se créer des problèmes où il n’y en avait pas »

Vous ne l’auriez pas accepté ?

Non, j’aurais poussé pour prêter Donnarumma en attendant qu’il prenne pleinement la place de n°1. Navas s’est fait expulser récemment, ce qui ne lui était encore jamais arrivé en France, on peut y voir une coïncidence, on peut aussi se demander si la situation ne lui pèse pas trop, s’il aurait eu la même attitude face au joueur s’il se savait intouchable.

Navas, c’est le présent, Donnarumma ça devrait être le futur. Dans un groupe très sud-américain où Navas est aimé et respecté, le vestiaire parle beaucoup et ça peut créer des distensions. C’est un poste trop important selon moi pour prendre le risque de le fragiliser et donc de fragiliser l’équilibre de l’équipe.

Sachant que l’objectif numéro 1 est la Ligue des Champions, à quoi doit servir la Ligue 1 ?

Elle doit être une rampe de lancement parce qu’il est évident que cette équipe va gagner le titre, mais ne sera jugée au final que sur ses prestations et ses résultats en Ligue des Champions. Donc en championnat, il s’agit de faire tourner, de permettre du temps de jeu à ceux qui reviennent de blessures ou jouent moins, d’en relancer certains, peut-être de tester des associations, des systèmes de jeu…

La version longue de l’interview exclusive de Luis Fernandez à retrouver dans Le Foot Paris, en vente ici, ou chez votre marchand de journaux.

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