vendredi 7 octobre 2022

Daniel Riolo : « La Ligue 1 est un championnat de seconde zone »

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Éditorialiste vedette sur RMC et auteur de plusieurs ouvrages remarqués, Daniel Riolo n’a pas sa plume dans sa poche. Dans son dernier essai, Cher Football français (Hugo Sport, 238 p.), il démontre pourquoi, selon lui, le football français est au bord du précipice…

Pensez-vous que Cher Football français puisse être réellement utile ?

Je ne suis pas certain de l’avoir fait pour ça… C’est un constat. Une façon de montrer tout ce qui ne va pas. Si les gens qui le lisent et ont des responsabilités veulent trouver des pistes dedans, tant mieux !

Vous n’avez pas peur de passer pour quelqu’un qui déteste le foot français ?

Je ne le déteste pas. Écrire ce livre, au contraire, c’est afficher ma volonté que les choses évoluent enfin… Personne ne peut nier que le football français n’avance pas, que nous régressons au lieu de progresser. Si je n’aimais pas le football français, je n’en parlerais même pas. Comme le font beaucoup de gens qui, au final, ne le regardent même plus…

J’ai lu l’autre jour ce que disait Maxime Saada (président du directoire du groupe Canal+, ndlr) : « On constate qu’il y a un désamour, que personne ne regarde, que les audiences n’existent plus. » Il s’interroge même sur l’intérêt pour Canal+ de s’y remettre. Ça veut dire qu’on est peut-être au début d’une grande catastrophe et de la disparition de notre foot.

« Les joueurs français ne sont pas bien formés »

Vous êtes très sévère avec la formation française alors qu’elle est glorifiée à travers le monde. Quand vous voyez des joueurs comme Rabiot, Kouassi, Diaby, Fofana, n’avez-vous pas l’impression d’être dans l’erreur ?

Mais que font ces gens-là ? Ils ont des contrats, c’est tout… Tu peux avoir des contrats, mais cela ne fait pas de toi un grand joueur qui apporte à la Ligue 1. Vous parlez de Kouassi, mais c’est qui ? Le mec n’est même pas dans la liste du Bayern pour la Ligue des Champions. C’est un pari. Ces clubs se servent chez nous parce que ça ne coûte pas cher. Ensuite, est-ce que ça fait de toi un grand joueur ? Je ne suis même pas sûr qu’ils aient le niveau pour rester en Ligue 1.

En France, on donne un cadre global, ce qui fait que le joueur français sait à peu près tout faire moyennement. Pour qu’il devienne fort, il a besoin d’aller à l’étranger où il apprend le haut niveau, l’exigence et le travail. Ce n’est pas moi qui le dit. Quand ils arrivent à l’étranger, la plupart des mecs disent : « Ici, on a trouvé ce qu’était le vrai travail. » On ne peut pas dire qu’ils sont bien formés. Ils ne sont pas bien formés puisqu’ils apprennent le travail ailleurs. Ils le disent tous.

Quid de Rabiot qui réussit à la Juve et de Leicester qui vient de mettre 40 millions sur la table pour acheter Fofana ? Est-ce à dire que la France fait une sorte de « préformation » ?

Préformation, ce n’est pas vraiment le terme… On livre un produit standard de qualité et après c’est au joueur de progresser à l’étranger pour montrer ses qualités. Le meilleur exemple, c’est Martial. Quand il est vendu à Manchester United en 2016 pour 80 millions d’euros, son contrat comprend toute une série de bonus, dont notamment un bonus relatif à son classement au Ballon d’Or (un autre est relatif à ses buts en équipe de France, ndlr).

Quatre ans plus tard, il n’a rien fait de tout ça. Maintenant, il est devenu titulaire à Manchester United, un club qui ne va pas super bien et qui s’est beaucoup planté dans le recrutement ces dernières années. Est-ce un crack européen ? C’est un bon joueur qu’ils n’avaient pas chez eux et qu’ils n’ont pas formé.

« Si Mbappé ne part pas à l’étranger, il va stagner »

La France forme-t-elle plus de joueurs que les autres pays ?

Les autres forment moins parce qu’ils ont compris qu’on était l’usine. Alors, ils prennent dans l’usine et après ils font ce qu’ils peuvent sur le travail du joueur. Vous me parlez de Rabiot. Mais Rabiot au PSG, on comptait ses bons matchs sur les dix doigts d’une main. Aujourd’hui, il est à la Juve, mais c’est l’une des moins bonnes Juve de ces dix dernières années. C’est une équipe en régression, avec très peu de joueurs au milieu de terrain. Il a donc réussi à se faire une place, mais est-ce que ça joue bien ? Est-il fort ? Est-ce qu’on en dit du bien en Italie ? Non, on en a dit du bien deux fois quand il a fait des bons matchs, c’est tout. Au final, c’est qui ? C’est quoi ? On parle d’un grand joueur ? D’un joueur top niveau ? Non.

La France produit de bons joueurs, mais pour devenir excellent, ils ont besoin de partir. C’est l’image du champ d’orangers. Tu as les oranges, mais le mec qui les cueille et presse le jus n’est pas ici. C’est également vrai pour Mbappé. Je pense que s’il reste au PSG, il va stagner.

Vous êtes très critique envers les entraîneurs français. Quelle est la différence entre Christophe Galtier et Ronald Koeman ?

Galtier a énormément évolué. L’entraîneur que l’on connaissait n’est plus du tout ce qu’il est devenu aujourd’hui. Il a progressé dans une structure totalement étrangère, avec Campos, Lopez et Llinga qui lui ont dit, à l’image de ce qui se passe dans des clubs comme Leipzig : « Tu dois pratiquer un football attractif, tu dois accepter les ventes, les recrutements de joueurs. » Lui a dit : « Ok ». Et d’une façon très intelligente, il s’est adapté et a changé sa façon de faire.

« Galtier n’est pas moins bon que Koeman, mais l’image c’est que nos entraîneurs sont bidons »

Aujourd’hui, le LOSC n’est pas dans une structure type Ligue 1, mais dans un environnement beaucoup plus favorable à la performance. Le club s’est adapté aux standards européens. Ensuite, qu’est-ce qui les sépare ? Koeman était sélectionneur des Pays-Bas, il a un tout autre réseau… Il n’est pas fondamentalement meilleur que Galtier, mais il y a l’image. Et l’image est que nos entraîneurs sont bidons. Ils ne sont donc pas recrutés par les clubs étrangers, ils sont très mal considérés. Mais c’est notre football qui a provoqué ce manque de considération. Au point d’être surnommé la « farmer league », ou d’être perçu comme le championnat dont tout le monde veut se barrer très vite…

Selon vous, on se voile la face en disant que les joueurs partent à l’étranger pour l’argent. En fait, ce serait surtout pour progresser.

Et ça, les joueurs le savent. Plus personne n’est dupe de ça. Tout le monde le sait, à commencer par l’entourage des joueurs. Ils savent que s’ils veulent continuer à évoluer, il faut partir. Donc, tout le monde se barre et au final, notre championnat ne vaut pas mieux que le championnat belge ou suisse. Tout le monde a enregistré le fait que ça ne valait plus rien.

Ce qui nous a tenu, ce sont les droits télé, qui ont permis à la Ligue 1 d’être considérée comme un championnat où il y avait de l’argent. C’est vrai qu’il y a de l’argent, les clubs vivent bien… Sauf que la crise est arrivée, on a fait la connerie de ne pas reprendre après le confinement, ce qui nous a plombés économiquement. J’ajoute à ça la crise Mediapro… Le milliard de Mediapro était un leurre et on va se retrouver avec des droits télé qui vont peut-être baisser de moitié… On va tellement baisser qu’on va se retrouver au niveau des championnats que je viens de citer.

« Avec Le Graët, tout est bidon, magouilles… C’est la pire personne du football français »

Aujourd’hui, la France est reconfinée mais le football continue. Or, la situation sanitaire est pire qu’en juin… C’est la preuve qu’il était possible de terminer la saison dernière ?

C’est bien la preuve qu’on a fait une énorme connerie, mais ça, tout le monde le sait. Plus personne ne pense qu’on a eu raison de ne pas reprendre.

La faute à qui ?

Cette connerie est imputable à la nullité de nos dirigeants qui n’ont pas réussi à se mettre d’accord. Qui n’ont pas réussi à s’imposer et à parler d’une voix forte. Qui ont laissé parler Noël Le Graët, la pire des pires personnes pour notre football. Après, il y a aussi eu des personnes qui ont voulu protéger leurs intérêts. Je pense à Jacques-Henri Eyraud (président de l’OM), Pierre Ferraci (président du Paris FC) ou encore Didier Deschamps… Ils ont fait peser leur avis, en faisant parler l’émotion plutôt que la raison.

L’intervention de Sylvain Kastendeuch, co-président de l’UNFP, a aussi pesé à l’époque. Qu’avez-vous envie de lui dire aujourd’hui ?

Qu’est-ce que vous voulez que je lui dise, ou que lui dise ? Son interview dans Le Monde à l’époque a fait beaucoup de mal au football français. Mais il a parlé au nom de quoi ? De qui ? D’un syndicat de joueurs qui ne représente rien ! Qui prend 10 millions de droits télé par an pour ne rien faire… C’est une catastrophe totale !

Vous vous en prenez très durement à Noël Le Graët, président de la FFF. Que lui reprochez-vous exactement ?

Il est à côté de la plaque de A à Z. Il est à côté de la plaque depuis qu’il est dans le football ! Ce mec a soutenu Domenech et n’a pas voulu de Deschamps qu’il a fini par prendre parce qu’il ne pouvait pas faire autrement. Maintenant, il prétend que c’est son choix…

Il s’est glorifié du contrat Nike à 40 millions, alors que c’est Jacques Lambert (président de la Fédération entre 2005 et 2010, ndlr) qui a tout fait. Aujourd’hui, ce n’est pas lui qui gère la Fédération, c’est Florence Hardouin (directrice générale, ndlr) et visiblement, ça pose des problèmes parce qu’elle aurait un fonctionnement dictatorial en interne

Au moment du contrat Nike, Le Graët, a misé sur le fait qu’en 2012, les filles ne se qualifieraient pas pour les Jeux olympiques pour ne pas payer l’amende à Adidas (par contrat, l’équipe de France féminine aurait dû porter des équipements Adidas lors des JO, ce qui a finalement valu une amende de cinq millions à la FFF, ndlr).

« Tous les gens qui bossent avec Le Graët le détestent et disent qu’il n’est attiré que par l’argent »

Tout est bidon, il magouille, il place ses amis… Tous ses amis qui sont passés par Guingamp ont obtenu des postes. C’est tellement minable comme fonctionnement ! Et ce gars-là jouit d’une protection incroyable. Les gens le taillent par derrière, mais personne n’ose rien faire. La Direction technique nationale n’existe pas. C’est un poste de complaisance ! Vous vous rendez compte : nous n’avons pas de DTN dans notre football.

Si Le Graët tient, c’est parce que les Bleus sont champions du monde. Et il n’est responsable de rien du tout dans ce succès. Les compétitions de jeunes sont dirigées par des incompétents. Si ça tient, c’est grâce à Deschamps, et Deschamps n’est même pas son choix ! C’est un choix contraint. Ce type a un bilan totalement négatif. Tous les gens qui bossent avec lui le détestent et disent qu’il n’est attiré que par l’argent, que rien d’autre ne l’intéresse…

On le voit avec « l’affaire Diacre » chez les Bleues…

Il est à côté de la plaque. La gestion de cette affaire est une catastrophe. Plusieurs joueuses ne veulent plus venir en équipe de France, le jeu est catastrophique… Pourtant, la concurrence n’est pas formidable, il y a moyen de faire beaucoup mieux.

Que peut-on attendre de la prochaine élection programmée le 13 mars 2021 ?

Le problème, c’est qu’il n’y a pas de candidats qui se dégagent… Personne ne se propose. Je ne comprends pas, c’est complètement fou !

Pourtant, à vous écouter, la Fédération a besoin de renouveau…

La Fédération ne tient que par l’équipe nationale. Si elle marche, tout le reste derrière, on s’en fiche… Dans le foot amateur, il y a des problèmes de violence extrême tous les week-end, mais on ferme les yeux. Une seule chose intéresse Noël Le Graët : l’équipe de France et les contrats juteux avec les chaînes de télévision.

Derrière, la Fédé n’existe pas. Au moment de l’arrêt des championnats, il n’a pensé qu’à une chose : placer sa finale de Coupe de France tout de suite, ainsi que les matchs des Bleus, pour faire rentrer de l’oseille dans les caisses. C’est un hypocrite, un menteur. Ce type est horrible.

« C’est un hypocrite, un menteur. Ce type est horrible »

La question des droits télé enflamme le foot français. Comment tout cela va se terminer ?

Je pense que ça va être une catastrophe. Je ne sais pas qui rachètera derrière. Mais si Canal+ ne veut pas donner plus de 500 millions, ça va être très compliqué…

Jean-Michel Aulas, lui, a une solution…

Il a tout compris. Il sait que tout va couler et qu’il va peut-être devoir négocier ses droits tout seul.

C’est bon pour les gros clubs…

Oui, et les petits clubs vont crever. Ensuite, les gros clubs intègreront la future Super League en priant pour que cela arrive le plus vite possible.

« Aulas sait que tout va couler et qu’il va devoir négocier ses droits tout seul »

Vous y croyez à ce projet de Super League ?

Bien sûr, oui, ça va se faire…

La Ligue 1 deviendrait alors un championnat de seconde zone…

Mais c’est déjà un championnat de seconde zone ! Et sans les droits télé, ce sera bien pire. Nous allons nous retrouver face au néant, face à un vide économique. Et chacun va tenter de le remplir tout seul. On va vendre la Ligue 1 par petits bouts. Un diffuseur voudra diffuser trois clubs… Les autres s’associeront entre eux pour vendre à quelqu’un d’autre pour même pas 100 millions…

Les clubs français vont se retrouver avec des budgets identiques à ceux des clubs belges, autrichiens, suisses… Au Portugal, par exemple, les budgets des clubs oscillent entre 10 et 20 millions d’euros. Ce sera pareil en France.

Propos recueillis par Stéphane Désenclos


« Cher football français », de Daniel Riolo, Hugo Sport, 238 p., 14,95 €.

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