mardi 4 octobre 2022

Lyon en tête de la Ligue 1 : la belle revanche de Rudi Garcia

Lyon - Nantes (21h)

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Critiqué à son arrivée, vilipendé en cours de saison passée, l’entraîneur de l’OL Rudi Garcia, est-il en train de retourner l’opinion publique ? Le simple fait de poser la question atteste du vent qui tourne. 

Il a des résultats 

S’il n’a pas su permettre à l’OL de terminer la saison 2019/2020 à une place européenne, Rudi Garcia a un paravent inattaquable : le choix (trop rapide) de la Ligue d’arrêter le championnat et surtout de figer le classement à 10 journées de la fin. D’ailleurs, le coach lyonnais rappelle régulièrement ce qu’il considère comme une évidence : « Il est évident que nous aurions été européens si le championnat était allé à son terme. » Impossible d’être aussi affirmatif que lui. Mais impossible aussi de le contredire. 

En revanche, en finale de la Coupe de la Ligue, son organisation a poussé le PSG dans ses retranchements et l’OL ne s’est incliné qu’aux tirs au but (0-0, 6 t.a.b à 5). Surtout, à l’échelle européenne, Rudi Garcia a frappé un grand coup en emmenant Lyon en demi-finale de la Ligue des Champions. S’il a bénéficié de circonstances cette fois favorables (Final 8), il a surtout réalisé deux coups tactiques qui ont permis à son équipe de battre la Juventus en huitième de finale aller à Décines (1-0) et Manchester City en quarts de finale (3-1). 

Cette saison, après des débuts médiocres, son équipe s’est mise à tourner à un rythme de champion en octobre et novembre, sitôt le Mercato terminé comme il l’avait prédit : « Notre championnat commencera quand le Mercato sera fini. » Mais est-ce vraiment de son fait alors qu’il a l’un des meilleurs effectifs de L1 à sa disposition et que l’OL ne joue qu’une fois par semaine ? Alain Perrin, dernier entraîneur champion de France avec l’OL (2008) et désormais consultant à Téléfoot La Chaîne, s’étouffe quand on lui soumet cette interrogation : « C’est incroyable comme question ! Pourquoi n’aurait-il pas sa part de responsabilité ? Ce n’est pas parce que vous avez un bon effectif que vous obtenez des résultats ! Malgré les ondes négatives, il a tenu le cap. » Sans que ce soit une revanche pour l’ancien technicien de l’AS Roma : « Je n’ai pas de revanche à prendre, j’avance. »

Le jeu s’est amélioré 

La saison passée comme durant les années Genesio, l’OL était en grande difficulté dès que l’équipe adverse évoluait bloc bas. Cette année, les progrès sont manifestes. L’équipe semble répondre aux principes du coach : « L’essentiel est que l’on soit capable de proposer les deux visages, efficace en possession comme en contre-attaque. (…) Les attaquants ont la possibilité de bouger sur le tout front de l’attaque. Ils ont même l’interdiction de rester sur le même côté. » Son attaquant Karl Toko Ekambi résume le sentiment de lassitude du groupe face à certaines critiques : « Au début de saison, on était l’équipe qui avait le plus de possession, mais nous étions en bas du classement. Maintenant qu’on gagne, on nous reproche de ne pas avoir le ballon ! On fait ce qu’on doit faire, on établit les plans de jeux pendant la semaine et si on gagne c’est que cela a fonctionné. »

Consultant pour Le Progrès et Canal +, Sidney Govou décrypte : « Je trouve utile les décrochages de Memphis qui libèrent de l’espace pour les joueurs de couloirs qui n’hésitent pas à faire des appels. Cela oblige les milieux à chercher la profondeur et donc à créer des occasions. On voit de vrais schémas de jeu. Et quand cette équipe joue de façon collective, ça devient intéressant. » Alain Perrin abonde et rappelle ce qui est pour lui une vérité : « Partout où Rudi est passé, il a bien fait jouer ses équipes. II y a des choses qui dépendent des entraîneurs, d’autres qui ne dépendent pas d’eux. A l’OL, il y a des choses qui n’ont pas été simples en début de saison avec le Mercato et qui ont empêché les joueurs d’être performants. Quand Rudi peut s’exprimer avec des choses carrées, il prouve sa valeur. Je le connais depuis longtemps, j’ai toujours trouvé injustes les critiques. En tant que technicien, il connaît son affaire. » Au point d’être son lointain successeur en permettant à l’OL de décrocher un titre de champion de France qui le fuit depuis 2008 ? Alain Perrin ne va pas aussi loin : « Ça ne dépend pas de Lyon, ça dépend de Paris. Mais c’est possible si le PSG se prend les pieds dans le tapis. »

« Partout où Rudi est passé, il a bien fait jouer ses équipes », Allain Perrin

Il défend ses joueurs 

Rudi Garcia n’hésite pas à monter au front pour protéger les siens, comme lorsqu’Anthony Lopes a été au cœur d’une polémique après une sortie aérienne à Angers : « Depuis l’école de foot, les gardiens apprennent à sortir avec un genou plié. (…) J’ai revu les images : il y a un joueur qui ne saute pas et un gardien qui regarde le ballon et qui va le chercher. Pour moi, il n’y a pas débat. Par contre, il y a un débat sur la semelle prise par Rayan Cherki. » Des propos caractéristiques d’un entraîneur qui maîtrise le jeu médiatique et qui ne se laissera pas embarquer dans des polémiques stériles. 

Il gère bien la concurrence 

Avec un tel effectif, comment l’OL allait-il gérer la concurrence et les egos ? Rudi Garcia est béni des dieux : la nouvelle règle des cinq remplacements lui facilite grandement la vie. L’entraîneur s’appuie dessus lors de chaque match : « A mes yeux, les joueurs qui entrent sont aussi importants que ceux qui sortent. Désormais, avec cette règle, on est pratiquement des entraîneurs de basket. » Même si certains doivent évidemment s’estimer lésés, chaque joueur avait fin novembre un temps de jeu respectable. Sidney Govou apprécie son management : « Dans sa gestion, il s’efforce d’impliquer tout le monde. Je sens une vraie relation collective. »

Il est protégé par l’institution 

Bruno Genesio aurait certainement rêvé avoir droit à ce privilège. Quand il a fallu sanctionner Houssem Aouar pour un comportement inapproprié, c’est le directeur sportif, l’icône Juninho, qui a pris la responsabilité de la punition. Qu’aurait-on entendu au sujet de Rudi Garcia s’il avait pris lui-même la décision d’écarter pour un match l’un des chouchous des supporteurs ? « Je ne sais pas s’il a été protégé ̧ répond Alain Perrin. Car l’entraîneur ne se serait pas passé du joueur, mais l’aurait peut-être sanctionné financièrement. Maintenant, vous avez raison, c’est paradoxal, la même cause n’aurait pas produit les mêmes effets si la sanction sportive avait été prise par Rudi Garcia. C’est bien que ce soit les dirigeants qui assument ce genre de sanctions. »

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