vendredi 1 mars 2024

Nibali, Gallopin, Barguil : revenir à la maison, une bonne idée ?

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Frédéric Denat
Frédéric Denat
Journaliste

Avec Tony Gallopin, un deuxième coureur de premier plan effectue un retour vers le futur. L’Italien Vincenzo Nibali croisera en effet le Français chez Trek Segafredo pour revenir chez Astana, sept ans après avoir quitté l’équipe kazakhe. Une bonne idée, vraiment, de vouloir écrire une suite à un premier épisode qui s’est souvent bien passé ?

Se demander s’il est pertinent de revenir dans une équipe où on est déjà passé, où on a éventuellement beaucoup gagné, c’est aussi et surtout se demander si on peut être et avoir été ? Lorsque Vincenzo Nibali décide de revenir chez Astana, sept ans après en être parti, il est forcément influencé par tout ce qu’il a vécu de beau avec la formation kazakhe entre 2013 et 2016.

« Je connais le plupart des membres de la direction et de l’équipe, déclarait-il sur le site officiel de son ex-future team, c’est une vraie famille qui m’a beaucoup apporté. »

Mais, à 37 ans, il sait très bien qu’il n’est plus en mesure de prétendre gagner un Tour de France (2014) et deux Giro (2013 et 2016).

Le Requin de Messine, un des rares coureurs à avoir gagné les trois grands Tours, avait depuis porté les couleurs de Bahrain (2017 et 2019), de Trek Segafredo ensuite. Plus que de relancer sa carrière, rêver retrouver des sensations oubliées, son retour est appréhendé ainsi par Alexandre Vinokourov, le boss d’Astana :

« Il a passé les meilleures années de sa carrière dans notre équipe et il est symbolique qu’il la termine chez nous. Pour nos jeunes coureurs, la présence d’un champion comme Nibali peut jouer un rôle très important dans leur développement. »

Nibali, un grand retour chez Astana

Encadrer les plus jeunes, apporter son expérience, sans négliger ses ambitions personnelles, dans un contexte qu’il connait bien et qu’il apprécie, l’Italien n’a pas grand-chose à perdre de tenter ce come-back tardif.

« Lorsqu’on revient dans une équipe qu’on a déjà marquée de son empreinte, le danger est de revenir en terrain conquis, précise Denis Troch, préparateur mental, entre autres, de Groupama-FDJ pendant sept saisons. Il ne faut pas penser un seul instant que c’est la continuité de ce que vous avez vécu avant parce que l’équipe a forcément changé, vous avez aussi évolué et le contexte n’est donc plus le même. »

En 2015, un autre cadre du peloton, Sylvain Chavanel, était également revenu à ses premiers amours, une équipe Europcar managée par Jean-René Bernaudeau qui, 15 ans après, poursuivait sa route sous le nom de Direct Energie. « Je voulais finir ma carrière en Vendée, mes racines et si ça n’avait pas abouti, j’aurais sûrement arrêté. »

« Ne pas revenir en terrain conquis »

A 36 ans, Chavanel avait déjà travaillé avec Bernaudeau à Vendée U puis chez Bonjour (2000-2002), où il était passé pro, enfin sous l’appellation Brioches La Boulangère (2003-2004).

Avant de voir comment Nibali négocie ce retour à la maison, celui de Chavanel, sur deux saisons, entre 2016 et 2018, lui permit d’étoffer son palmarès d’un Tour du Poitou Charentes, de deux titres de champion de France de poursuite individuelle et de l’américaine, ainsi que de trois Tours de France supplémentaires pour établir un record à 18 participations d’affilée, terminant sur une 5ème place au Chrono des Nations qui validait ce retour aux sources tardif en forme de cure de jouvence.

« Je ne sais pas quelle motivation anime Nibali ou Gallopin, soulève Chavanel, mais, vu leur âge, il est fort à parier qu’ils veulent, comme moi, boucler la boucle dans un contexte qui leur est familier. Après avoir beaucoup voyagé, je voulais me poser, j’en avais marre des stages et des voyages. Revenir chez moi m’a permis de mieux vivre mes dernières années de cycliste pro. Les sentiments ont parlé et, avec Voeckler, avec qui j’avais aussi débuté ma carrière, on formait le duo français qui avait marqué les années 2000. Je pense que ça avait aussi aidé Jean-René (Bernaudeau) à trouver des partenaires. »

Gallopin dans les traces de Barguil

Plus près de nous, Warren Barguil a suivi la même trajectoire, retrouvant en 2018 chez Fortuneo Samsic la même structure connue en 2011 sous l’appellation Bretagne Schuller.

Il était encore stagiaire et se préparait à aller chez Argos Shimano devenue aujourd’hui Team DSM. Le meilleur grimpeur du Tour 2017, double vainqueur d’étape, avait souhaité rentrer en France et dans sa région natale, la Bretagne. Le coeur autant que la raison avaient parlé pour permettre à une formation qui n’était pas dans le World Tour de changer de dimension.

En retrouvant Emmanuel Hubert, sept ans après, le vainqueur du Tour de l’Avenir 2012 allait poursuivre sa progression en devenant champion de France en 2019, et en accrochant un nouveau Top 10 dans le Tour la même année…

Malgré une mauvaise chute à l’entraînement et une fracture du bassin qui mettait prématurément un terme à sa saison, il attaquait sa quatrième année chez lui avec toujours la même ambition d’accrocher une grande Classique à son palmarès après une 4ème et une 5ème place à la Flèche Wallonne en 2020 et 2021.

Son retour avait été positif peut-être « parce qu’il a fait comme s’il découvrait tout, poursuit Troch.

Au plus haut niveau, le crédit d’un entraîneur ou d’un coureur est très fragile. Si on pense qu’il suffit de faire référence au passé pour bien appréhender l’avenir et exister au présent, on se trompe. Il faut se projeter en permanence, pas en se basant sur ce qu’on a déjà réussi avant, mais en pensant au présent, en anticipant en permanence. Peu importe qu’on retrouve des coachs ou des coéquipiers… il faut faire comme si on repartait de zéro. »

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