jeudi 29 septembre 2022

OM : Jorge Sampaoli et le défi Dimitri Payet

Nice - OM (20h45)

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Frédéric Denat
Frédéric Denat
Journaliste

L’effet Sampaoli agit avec Payet comme avaient agi l’effet Bielsa, l’effet Garcia et l’effet Villas-Boas à leurs débuts. Mais, avec l’international français de 34 ans, le coach argentin n’aura relevé le défi que s’il parvenait à faire en sorte qu’il ne se rendorme pas.

Cinq passes décisives et trois buts pour les cinq premiers matches de Sampaoli à la tête de l’OM ont suffi à remettre Dimitri Payet sur un piédestal d’où son talent ne devrait jamais le faire descendre. Baromètre d’une équipe qui ne parvient que rarement à être performante sans son inspiration et ses éclairs de génie, Payet est depuis longtemps soumis à cette irrégularité chronique.

Payet, un rendement irrégulier

Son âge, la maturité qui l’accompagne désormais, n’agissent pas sur son fonctionnement, son rendement en dents de scie. L’entraîneur argentin n’a pas tardé à en faire le constat :

« Par rapport à sa carrière, il s’agit de comprendre pourquoi il a cette irrégularité et lui donner les outils pour ne plus que cela se reproduise. Il faut qu’il se concentre sur le jeu et maintienne son niveau de concentration au-dessus de tout le reste, pour que le football soit à la hauteur de ses diverses autres tentations, que ce soit la priorité. Il semble avoir compris le style de jeu que nous voulons mettre en place et il est enthousiaste à ce sujet. Le plus important pour un entraîneur est que cela dure dans le temps. » 

Dans Le Parisien, un proche du clan Payet résumait la situation en ces termes : « Sampaoli lui a expliqué que personne n’avait de statut. Et comme Dimitri est quelqu’un d’intelligent, il a vite senti qu’avec lui il ne serait pas possible de faire le minimum. Le staff de Sampaoli a changé l’intensité des séances, une manière très différente de travailler que Villas-Boas.

Le problème, c’est qu’il ne faut surtout pas braquer Dimitri qui a beaucoup de caractère, un gros orgueil; Il faut l’inscrire dans un projet, c’est ce qu’a fait Sampaoli en le remplaçant au coeur du jeu avec moins de tâches défensives que sur un côté. On sent que Sampaoli lui donne l’énergie mentale pour être performant. » 

Le reste en découle, sa perte de poids, son envie de faire des efforts pour le collectif, son implication générale dans le groupe.

« Le prototype du bon joueur de L1 qui se contente de son statut et qui a assez de fierté pour rappeler de temps en temps de quoi il est capable » 

A chaque changement d’entraîneur, le même scénario se reproduit avec un joueur qui semble avoir besoin de ce tunr-over pour se remettre en cause, comme s’il n’en était pas capable tout seul. Souvenez-vous, en novembre 2019, l’arrivée de Villas-Boas avait aussi eu un effet positif sur ses performances. Et de déclarer à propos du technicien portugais : « Aujourd’hui, on a un coach qui parle avec son coeur, qui dit les choses, qui n’essaie pas de faire de la langue de bois… » 

En opposition avec un Rudi Garcia avec qui il avait aussi fini par s’embrouiller. Le même scénario s’est ensuite reproduit avec Villas-Boas avec lequel le courant avait fini par ne plus passer. En février 2017, Garcia avait déjà identifié la psyché d’un joueur qu’il retrouvait à Marseille après ses années lilloises :

« C’est parfois casse-pieds pour le pousser, mais il n’est pas bête. Il sait se remettre en question. Il a du caractère et du répondant. C’est intéressant pour un entraîneur de se servir de ça. »  L’impact de Bielsa sur la courbe de performance de Payet fut également important, avec un titre de meilleur passeur du championnat… sans lendemain puisqu’il signa dans la foulée à West Ham.

Dimitri Payet pas lâme d’un leader

À force, tout le monde sait que Dimitri Payet n’a pas l’âme d’un leader, plutôt celle d’un électron libre qui agit davantage dans la réaction et davantage par orgueil que par devoir.

« Avec le talent qu’il a, si son mental était au même niveau, il aurait fait une carrière internationale de premier plan, nous dit cet ancien Olympien devenu consultant qui ne souhaite pas se dévoiler. Son nom restera attaché à quelques exploits individuels, à des périodes fastes qui ont pu laisser croire qu’il avait l’étoffe d’un grand.

En fait, il est pour moi le prototype du bon joueur de L1 qui se contente de son statut et qui assez de fierté pour rappeler de temps en temps de quoi il est capable. C’est du gâchis, mais ça le regarde… s’il est heureux comme ça. » 

À bien des égards, le plus dur dans la gestion du Réunionnais n’est pas de le réveiller, ce que Sampaoli, comme tous ses prédécesseurs, a initié en en faisant un passage obligé du circuit préférentiel olympien, en le valorisant, en l’impliquant dans son projet de jeu.

Non, le plus difficile va être de le maintenir en éveil le plus longtemps possible sans le braquer le jour où il sentira qu’il lâche du lest. Dans ce registre, si Bielsa n’a pas eu la possibilité de tester une méthode, ni Garcia, ni Villas-Boas n’ont trouvé la bonne.

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