lundi 15 juillet 2024

Où sont les vraies terres de foot en France ?

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Frédéric Denat
Frédéric Denat
Journaliste

Entre les régions qui ont le plus de licenciés, celles qui hébergent le plus de clubs pros ou génèrent le plus de spectateurs et de passion dans les stades, essayer de déterminer où se situent les vraies terres de foot de France est un exercice très difficile. Car, même si on ne vit pas le football de la même manière à Paris qu’à Marseille, à Rennes qu’à Lens, la passion, elle, reste la même.

Selon que l’on place le curseur sur telle ou telle statistique, les axes forts du football en France mettent tour à tour les projecteurs sur les Hauts de France (où le pourcentage des licenciés foot par rapport aux licenciés sport est le plus important à 19,3%), sur la Bretagne (qui possède le plus de licenciés foot par habitant), sur Paris Ile-de-France, qui est la seule Ligue à avoir dépassé les 300 000 licenciés, ou sur Auvergne Rhône-Alpes qui héberge le plus de clubs de haut niveau.

300 000 licenciés dans la plus grande Ligue parisienne

Face à un Grand Ouest (Bretagne et Pays de la Loire) où le football atteint le taux d’implantation le plus élevé (jusqu’à un habitant sur deux licenciés dans certains départements), le Sud-Est et la région parisienne ferment la marche avec un pourcentage jamais supérieur à 25% (1 sur 4).

Pourtant, c’est bien d’Ile-de-France que viennent la majorité des joueurs appelés dans toutes les équipes de France (13 sur 26 lors du dernier Euro, 91 sur 196 toutes catégories confondues cette saison), c’est bien en Ile-de-France qu’ont été formés la plupart des joueurs de L1 et même jusqu’à 6% des joueurs des cinq grands championnats européens. Cela suffit-il pour en faire le poumon, ou le coeur, du football français ?

« Plus que des régions, ce sont des villes qui rayonnent, analyse Jean-Claude Plessis, depuis Sochaux où il vient de revenir pour participer au sauvetage du club. Et Paris en premier lieu principalement en raison de la présence de beaucoup d’immigrés qui jouent au foot en permanence et amènent un grand dynamisme dans tous les clubs de proche ou lointaine banlieue. »

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L’Ile de France, plus grand vivier du foot

En termes de recrutement de jeunes, de transactions, de réseaux, la région parisienne n’a pas d’équivalent en France, mais également en Europe où elle concentre toutes les attentions des scouts de tous les grands clubs du continent. Depuis une vingtaine d’années, le vivier francilien est une référence qui fait forcément de l’ombre aux autres bassins de population du territoire où le football règne en maître.

« Même si l’arrivée des Qataris n’a pas encore permis l’émergence d’un autre club de L1 à côté du PSG, on sent que les choses évoluent avec la remontée du Red Star et les ambitions du Paris FC. A l’instar de Saint-Etienne, Lens ou Reims, des clubs avec une histoire et un palmarès ne disparaissent jamais. »

Dans la lutte que se livrent à intervalle régulier Paris et Marseille pour se revendiquer capitale du foot français, longtemps en avance, la cité phocéenne a pris pas mal de retard depuis vingt ans car elle ne parvient pas à exploiter son propre vivier, et ne génère pas dans son sillage l’émergence d’au moins un autre club professionnel.

Plus qu’Endoume dans les années 90, la remontée de Martigues en L2, voire la montée d’Aubagne en National avec la création d’une nouvelle structure autour de Bel Air et d’Huveaune sont-elles de nature à combler ce vide ? Rien n’est moins sûr tellement il a toujours été difficile d’exister à Marseille à l’ombre de l’OM.

Les régions du sud, terre de foot, l’ouest, terre de rugby

Originaire de Tours, mais aussi tour à tour président de l’AS Brestoise, de Strasbourg et évidemment de Sochaux, Jean-Claude Plessis a vécu le football dans quatre régions différentes, son expertise n’en est que plus pertinente.

« Le Centre de la France n’est pas une terre de foot, au contraire de la Bretagne où le maillage des petits clubs est exceptionnel. Dans l’Est, tous les clubs souffrent pour rester au plus haut niveau dans la durée ; Auxerre, Troyes, Nancy ou Metz. Même s’il ne suffit pas d’être en L1 pour mériter le qualificatif de terre de foot. C’est aussi une question de ferveur. Dans le Sud, il y en a davantage à Marseille qu’à Montpellier ou Bordeaux. »

Et peu importe le niveau. Les clubs les plus enracinés dans leur territoire génèrent toujours la même passion. « Si à Sochaux nous allons jusqu’à accueillir près de 15 000 spectateurs pour des matches de National, c’est parce que les gens ont eu très peur de perdre leur club. Dans ces villes ouvrières, le foot reste très très important. »

Même en L2, Lens et Saint-Etienne affichaient souvent complet à Bollaert et à Geoffroy-Guichard, au contraire de Bordeaux où le rugby a pris le dessus en investissant le stade Chaban-Delmas pour la meilleure moyenne du Top 14, laissant les courants d’air du Matmut Atlantique aux Girondins. En L2, on doute que les Parisiens se ruent au Parc des Princes pour encourager le PSG avec la même force que les Marseillais ont pu le faire à la fin de l’ère Tapie.

« On reconnait une vraie terre de foot au profil des gens qui le font vivre. A Paris, ils vont au spectacle, à Lens, ils vont à la messe », poursuit le truculent président Plessis. Tous les week-ends, quel que soit le sermon, comme un rituel immuable qui traverse les générations… et qui se heurte à une situation économique difficile.

« Dans certaines régions qui ont déjà perdu leurs industries, les clubs sont obligés de passer sous pavillon étranger pour survivre. L’économie du foot est étonnante. » Elle s’attache surtout à exploiter un contexte local ou régional susceptible de générer des revenus, à Paris, Lyon ou Marseille plus facilement qu’à Clermont, Bordeaux ou Toulouse… pour le coup des terres de rugby.

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