mercredi 5 octobre 2022

Pourquoi Wout Van Aert peut gagner le Tour de France

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Frédéric Denat
Frédéric Denat
Journaliste

En gagnant le maillot vert sur un Tour qu’il gagnera peut-être un jour, Van Aert, 27 ans a ajouté une corde à un arc déjà bien outillé et qui fait de lui le coureur le plus complet du peloton.

Il serait Néerlandais, on le comparerait volontiers aux Oranje de Johan Cruyff qui ont inventé le football total au début des années 70. Au sein de la très batave formation Jumbo-Visma, le Belge, né dans une ville néerlandophone de la région flamande, pourrait aisément revendiquer cet héritage prestigieux. Car, à l’instar des joueurs de l’Ajax, premiers footballeurs de l’histoire capables d’attaquer comme de défendre avec la même efficacité, Wout Van Aert ne s’est jamais fixé de limites.

En 2021, en gagnant sur le Tour une étape de montagne, un contre la-montre et un sprint, il rejoignait deux autres légendes, Eddy Merckx et Bernard Hinault, les seuls à avoir accompli pareil exploit en 1974 et en 1979. 42 ans après, en levant les bras en haut du Ventoux, à Saint-Emilion et sur les Champs Elysées, en remettant ça cette année avec un panache fou (3 victoires d’étapes !) pour endosser le maillot vert, et faire plus que sa part de boulot en montagne pour Vingegaard, il a remis ça.

Van Aert sait tout faire sur le Tour de France

Plutôt spécialiste du contre-la-montre, très bon sprinteur, grand coureur de classiques (il a gagné Milan-San Remo, les Strade Bianche, l’Amstel God Race et Gand-Wevelgem), c’est évidemment dans ses années de formation qu’il faut chercher l’origine de cette polyvalence rare.

Champion du monde de cyclo-cross à trois reprises (2016, 2017 et 2018), avant de rejoindre Jumbo-Visma en 2019, c’est dans la boue et les rudes hivers belges que Van Aert s’est forgé un physique et un mental encore amélioré par sa collaboration avec Rudy Heylen, un coach mental qui lui a permis d’assumer sa volonté de ne rien s’interdire. Du haut de son mètre quatrevingt-dix, une taille inhabituelle pour un coureur de sa dimension (quand la taille moyenne du peloton est de 1m75),

Wout trace une route jusqu’à présent jamais vraiment empruntée par les stars du peloton, si ce n’est son alter ego batave, Mathieu Van der Poel, mais dans des proportions nettement moins convaincantes sur les grands Tours. Si leur réussite commune, associée à celle du Britannique Tom Pidcock, a depuis poussé les entraîneurs à regarder d’un peu plus près le potentiel des crossmen, elle ne tombait pas sous le sens lorsque le Campinois (de Campine, région du nord de la Belgique) a décidé de franchir le rubicon et de ne pas se contenter d’être une star du VTT et du cyclo-cross.

Entre ses idoles, belges, de jeunesse, Erwin Vervecken, double champion du monde de cyclo-cross (2006 et 2007) et Tom Boonen, comme lui originaires d’Herentals, le jeune Wout a d’abord suivi le premier avant d’emboiter le pas du second et de prendre l’endurance et la résistance du double champion du monde de cyclo-cross (2006 et 2007), la vélocité et l’explosivité du champion du monde sur route (2005) pour créer un nouveau profil de coureur. Celui d’un futur qu’il écrit au présent depuis trois ans où il ne cesse d’impressionner tous les observateurs.

Merckx : « Il peut gagner le tour à condition… »

« Débuter le cyclisme dans la boue m’a aidé à manier un vélo, déclarait-il dans le quotidien Le Soir. Le cyclo-cross m’a appris à avoir confiance en moi, notamment dans les sprints. C’est dans les labourés que j’ai acquis ce feeling ! »

Sans oreillettes, les crossmen apprennent très tôt à prendre leurs responsabilités, à faire preuve d’initiative, ce qui leur permet d’avoir ensuite un coup d’avance lorsqu’ils passent sur route.

Son Tour 2022 illustre à merveille cette capacité hors norme à ne pas se laisser dicter la course, à la provoquer plutôt qu’à la subir. Moins formaté, Van Aert puise dans ses années de « labour » sa capacité à provoquer son destin. De l’approche instinctive, quasi animale, qui caractérise pas mal de crossmen, à une réflexion plus aboutie et indispensable pour intégrer le peloton du World Tour, Wout Van Aert a réussi la transition avec un incroyable aplomb.

« Wout dégage une autorité naturelle, nous dit Maarten Wynants, son ancien coéquipier et aujourd’hui directeur sportif chez Jumbo-Visma. Il fait preuve d’une grande sérénité dans sa manière de gérer les courses. Il anticipe beaucoup, sans jamais paniquer, en restant calme, comme doit l’être un vrai leader. »

Van Aert cohabite avec Vingegaard et Roglic

Un leader parmi d’autres dans une formation Jumbo-Visma où il doit cohabiter avec Vingegaard et Roglic, en lieutenant de luxe prêt à se sacrifier pour un collectif qui sait pouvoir s’appuyer, tout le temps, sur les terrains et en toutes circonstances, sur celui que beaucoup considèrent comme le meilleur cycliste du monde, le plus complet, le plus prometteur aussi dans l’optique d’un succès dans le Tour que la Belgique attend désespérément depuis 1976 (Van Impe).

« Il peut gagner le Tour un jour, témoignait son compatriote Eddy Merckx dans Le Soir, à condition d’effectuer une préparation spécifique, de perdre quelques kilos pour encore mieux passer en montagne et d’avoir une équipe à son service. »

Car, en Belgique, beaucoup espèrent le voir un jour dans une formation où il serait l’unique leader. Chez Jumbo-Visma, après Roglic, la montée en puissance de Vingegaard le prive d’un statut protégé, mais lui offre une force de frappe unique dans les Classiques, pour l’heure son principal terrain de chasse. Surtout pas le seul…

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