dimanche 2 octobre 2022

QSI – 2011-2021, la décennie qui a tout changé pour le PSG

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Frédéric Denat
Frédéric Denat
Journaliste

Le 30 juin 2011, le fonds souverain Qatar Investment Authority rachetait le PSG via sa filiale Qatar Sports Investments (QSI). Dix ans après, si le principal objectif est toujours à atteindre, gagner la Ligue des Champions, le chemin parcouru a permis au club de la Capitale de changer de dimension. L’heure est au bilan.

Il aura fallu un an pour se mettre sur orbite. Le temps de remplacer Kombouaré par Ancelotti et de le mettre sur le banc pour la première fois, comme un double symbole, lors d’un match amical disputé début janvier face au Milan AC… à Dubaï.

L’ancien buteur qui avait écrit sa part de légende face au Real Madrid avait pourtant plutôt bien fait les choses en terminant par un succès à Saint-Etienne. Ce qui lui permettait de reprendre la tête du championnat et d’être sacré champion d’automne. Le PSG de Nenê, renforcé par Sirigu, Pastore, Ménez, Matuidi, puis Alex, Maxwell et Thiago Motta n’allait pourtant pas réussir à accrocher un premier titre.

Des débuts difficiles pour QSI

C’eut été trop simple. Barré par Montpellier en L1, Lyon, Dijon et Bilbao en coupes, l’heure QSI n’était pas encore arrivée. La montée en régime serait progressive. Mais inéluctable devant l’évidence du talent des Ibrahimovic, Lavezzi, Thiago Silva, Verratti, Lucas Moura ou Van der Wiel, la deuxième vague estampillée Leonardo.

Après une première salve nationale en 2013 et le début des frustrations européennes face au Barça. Les saisons 2014/2015 et 2015/2016 étaient programmées pour être celles de la consécration. Avec Laurent Blanc, et l’arrivée de Cavani, en France, elles le furent.

Il fallait alors s’appeler le Barça ou Manchester City pour espérer vaincre le PSG. Encore renforcé par David Luiz, puis Di Maria et Dani Alves. Enfin Mbappé puis Neymar pour entrer définitivement dans la cour des grands.

D’Ancelotti à Pochettino, cinq coachs se sont succédés pour tenter de briser le plafond de verre des quarts de finale de la Ligue des Champions (entre 2013 et 2016). Puis la malédiction des huitièmes (entre 2017 et 2020). Jusqu’au dernier carré atteint à deux reprises en 2020 et en 2021 pour la première fois dans l’histoire du club. Un petit pas pour Neymar ou Mbappé, un pas de géant pour le PSG.

En perdant, il s’est humanisé pour devenir plus populaire

Les valeurs qui guident le développement du club n’ont pas foncièrement changé, tout juste ont-elle pris une autre dimension. De national, voire européen, l’écho se fait désormais entendre aux quatre coins de la planète. Paris ville lumière a toujours fonctionné avec des étoiles dans les yeux. Sur le terrain elle ne peut envisager de miser sur d’autres leviers pour espérer soulever les foules et fédérer les énergies.

L’époque du club familial cher à Francis Borelli est depuis longtemps terminée et ne reviendra plus n’en déplaise aux nostalgiques. Pour exister dans le football des années 2020, à l’heure de la mondialisation et des réseaux sociaux, il est aussi important de savoir former, acheter et vendre des joueurs, que de communiquer, se fabriquer une image pour mieux l’exploiter.

A ce niveau, en dix ans, le PSG est passé de 500 000 fans sur Facebook à plus de 41 millions, avec 29 millions d’abonnés sur Instagram. Quand le PSG de Dhorasoo vendait en moyenne 45 000 maillots par saison dans les années 2000-2010, le PSG de Neymar en vend 1,5 million aujourd’hui.

Quand la célèbre corbeille s’émoustillait à la vue d’une miss météo de Canal + dans les années 80, elle joue désormais les blasées devant les visites régulières de Di Caprio, Beyoncé ou Rihanna. Il serait cependant trop réducteur d’assimiler le PSG version QSI à ces signes extérieurs de richesse, aussi scintillants soient-ils.

Les dirigeants parisiens sont trop conscients des risques encourus pour ne pas actionner d’autres leviers. Ils n’ont pas oublié le sondage effectué peu après leur arrivée. En 2013, qui faisait de leur club le moins apprécié de France. Celui qui déplaisait à 40% des personnes interrogées s’intéressant au football. Jalousé, par ses principaux concurrents, Lyon et l’OM d’abord. Il était aussi rejeté par tous ceux qui ne voyaient que des valeurs mercantiles dans son projet.

Paris fait vivre la Ligue 1

Dans le même sondage, 82% des supporteurs de foot jugeaient choquantes les sommes dépensées. Une décennie après, la tendance a largement évolué. En faveur d’un club qui ne cesse de gagner en sympathie auprès des supporteurs de football de toutes les régions de France.

Comme si, dans un pays qui a longtemps aimé les perdants magnifiques, les échecs successifs pour aller chercher la coupe aux grandes oreilles, dans des circonstances jamais anodines, l’avaient humanisé.

Si en plus il avait la bonne idée de laisser de temps en temps un titre ou une coupe nationale à d’autres. Ça ne ferait que renforcer l’opération séduction entamée à travers toutes ses actions sociétales. Notamment pour lutter contre toutes les formes de discrimination. Puis, pour améliorer le quotidien des enfants malades. Ensuite pour valoriser le foot féminin. Enfin, pour développer son centre de formation. Y favoriser l’éclosion des jeunes franciliens en priorité… et pour conserver quoi qu’il en coûte ?

Kylian Mbappé dans notre championnat. Essentiel pour l’économie du foot français, à travers l’indice UEFA qu’il améliore.

Les droits télé qu’il transcende, mais aussi pour l’économie nationale (plus d’un milliard d’euros d’impôts versés à l’état français en dix ans). L’impact du PSG se mesure aussi à l’aune du soutien de plus en plus de personnalités publiques. En effet, les acteurs de cinéma, sportifs, politiques ou people, décomplexées à l’idée de supporter un club à qui on reproche de moins en moins ses attaches qataris. Tous ont notamment apprécié l’opposition ferme affichée par le président Al-Khelaïfi au projet de Super Ligue.

Le style de jeu : « Blanc, l’occasion manquée… »

En arrivant à Paris, Nasser Al-Khelaïfi n’a pas hésité à déclarer que le Barça était son modèle à suivre. D’abord en raison de son palmarès et de sa permanence au plus haut niveau. Puis sa capacité à former ses propres joueurs, surtout par rapport à son identité de jeu. Depuis, gagner, tout en jouant bien et en étant spectaculaire est la quête ultime après laquelle il court. Le défi qu’il propose à ses entraîneurs successifs, la raison pour laquelle il en change régulièrement. Pour un Ancelotti qui serait peut-être encore là s’il n’était pas parti de lui-même. Ensuite, Blanc, Emery et Tuchel ont été sacrifiés sur l’autel de cette double exigence si difficile à concilier : séduire et gagner.

« On ne gagne pas la Ligue des champions sans aller au bout de ses idées »

Créer un style de jeu identifiable parmi tous sans cesser d’enrichir le palmarès. « Je ne suis pas loin de penser que les dirigeants ont manqué avec Laurent Blanc. Une bonne occasion d’ancrer une vraie philosophie de jeu dans le club, insiste l’ancien coach parisien Guy Lacombe (2005-2007).

Car « Lolo » a été précurseur, innovant, avec un jeu de possession et des sorties de balles qui n’étaient pas courantes au PSG à ce moment-là. Même Ancelotti avant lui n’était pas allé aussi loin dans ce registre, davantage dans un jeu de transition. Et pendant l’ère Blanc, le PSG a aussi été dominateur comme jamais en France. »

Laurent Blanc, le précurseur

Buter à trois reprises en quarts de la Ligue des Champions lui a été fatal. « Or, on ne gagne pas la Ligue des Champions par hasard.Sans aller au bout de ses idées et sans une totale osmose entre les dirigeants et le staff, poursuit Lacombe.

Si City peut aujourd’hui se vanter d’avoir une vraie identité de jeu, c’est parce que ses dirigeants ont maintenu leur confiance en Guardiola depuis cinq saisons malgré des échecs répétés en Ligue des Champions. » Dans cette quête de style de jeu, avoir de grosses individualités dans un collectif est un handicap quand on n’offre pas à ses entraîneurs les conditions et le temps nécessaires.

« Ce sont les entraîneurs qui donnent un style, pas les dirigeants. Au Barça, tous les entraîneurs n’ont pas réussi à perpétuer le style de Cruyff, mais quand ils ont eu Guardiola, ils ont eu le nez de le garder le plus longtemps possible parce qu’ils sentaient qu’il avait la même philosophie et la capacité de la transmettre.

A Paris, ils n’ont pas eu la même sagesse ou la même patience avec Blanc. Mais ça va finir par passer car on sent malgré tout une forme de maturité dans le jeu en Ligue des Champions qui leur permet d’être dans le dernier carré deux fois de suite. »

L’ancien vainqueur de la Coupe de France 2006 n’est pas le seul à penser que le « président », parce qu’il avait de solides convictions dans le jeu, avait le profil pour être le Guardiola du PSG.

10 saisons de QSI dans le rétro

2011-2012 (Antoine Kombouaré et Carlo Ancelotti) 2ème de L1

Quart de finale de Coupe de France 8ème de finale de Coupe de la Ligue Phase de groupe en Ligue Europa

2012-2013 (Carlo Ancelotti) Champion de France de L1

Quart de finale de Coupe de France Quart de finale de Coupe de la Ligue Quart de finale de Ligue des Champions

2013-2014 (Laurent Blanc) Champion de France de L1

16ème de finale de la Coupe de France Vainqueur de la Coupe de la Ligue Quart de finale de Ligue des Champions

Laurent Blanc, les débuts du mythe PSG

2014-2015 (Laurent Blanc)

Champion de France de L1
Vainqueur de la Coupe de France Vainqueur de la Coupe de la Ligue Quart de finale de Ligue des Champions

2015-2016 (Laurent Blanc) Champion de France de L1

Vainqueur de la Coupe de France Vainqueur de la Coupe de la Ligue Quart de finale de Ligue des Champions

2016-2017 (Unaï Emery) 2ème de L1

Vainqueur de la Coupe de France Vainqueur de la Coupe de la Ligue 8ème de finale de Ligue des Champions

2017-2018 (Unaï Emery) Champion de France de L1

Vainqueur de la Coupe de France

Vainqueur de la Coupe de la Ligue
8ème de finale de la Ligue des Champions

2018-2019 (Thomas Tuchel) Champion de France de L1

Finale de Coupe de France
Quart de finale de Coupe de la Ligue 8ème de finale de Ligue des Champions

2019-2020 (Thomas Tuchel) Champion de France de L1

Vainqueur de la Coupe de France Vainqueur de la Coupe de la Ligue Finale de Ligue des Champions

2020-2021 (Thomas Tuchel et Mauricio Pochettino) 2ème de L1
Vainqueur de la Coupe de France Demi-finale de Ligue des Champions

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