jeudi 25 avril 2024

Qui est Clan Uijtdebroeks, la nouvelle star du cyclisme ?

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Après Remco Evenepoel place à Cian Uijtdebroeks. Après un transfert houleux de BORA-hansgrohe vers Visma Lease a Bike, le jeune belge (21 ans le 28 février), 8ème de la Vuelta, va pouvoir poursuivre sa progression.

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« J’en avais entendu parler en bien, mais c’est à la Classique des Alpes en 2021 que je l’ai vraiment découvert. Il s’était imposé avec plus de 4 minutes d’avance sur le 2ème. Les purs grimpeurs du style Lucien Van Impe n’existent plus, il ne faut pas s’emballer mais, dans les épreuves à étapes avec beaucoup de relief, il ne faiblit pas dans la troisième semaine. Cian est l’homme des grandes chevauchées, des grandes envolées en montagne. Plus c’est haut, plus c’est long, mieux il se sent. Quand les gens ont commencé à le comparer à Remco Evenepoel, Jeff Robert l’un de ses anciens entraîneurs leur a répondu : « C’est une version améliorée de Remco ».

« Il n’a pas les qualités de Remco sur les courses d’un jour. Il faut qu’il progresse dans le chrono pour les courses à étapes même s’il a quand même des références, il avait été médaillé d’argent sur le contre-la-montre des Championnats d’Europe juniors en 2021. »

« En haute montagne, il est plus fort. Je l’ai interviewé à 17 ans, il avait crevé l’écran, l’ITW était hyper longue et très intéressante. J’apprécie beaucoup son enthousiasme, sa spontanéité. Il avait aussi clamé son amour pour le Tour de France. Je pense qu’il a eu raison de partir car il n’était plus heureux chez BORA et c’est un coureur qui a besoin de se sentir bien pour performer. Deux épisodes l’ont fâché. »

« D’abord sur la Vuelta, à la régulière il était plus fort que Vlasov, il s’est passé des choses en coulisses dans son dos. Une double attaque de ses coéquipiers lui a coûté la 7ème place. Et au Chrono des Nations, une course très importante à ses yeux il y a eu un manque de professionnalisme avec un vélo défaillant. L’arrivée de Roglic n’a rien arrangé, Roglic ne venant pas pour être équipier. »

« Chez Visma, il va progresser, il a une grande ouverture d’esprit, notamment grâce à sa famille. Elle ne fait pas du sport, elle est passionnée d’art, de peinture abstraite. C’est un gars atypique qui joue de la guitare, fait du solfège, aime l’équitation. Il a d’ailleurs déclaré qu’il rêvait de gagner le Tour pour… s’acheter une ferme, j’ai trouvé ça génial. Il a commencé des études en psychologie l’an dernier, il va apporter un vent de fraicheur incroyable au peloton. On va vraiment le découvrir. Pour les médias, c’est un client formidable. »

Commentateur RTBF

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Didier Dieudonné : « il a hérité du surnom de banane »

« Il est arrivé chez nous en cadets, en U17. Il était déjà suivi par plusieurs équipes, on l’avait repéré, on en avait parlé avec Marcel Verbrugghe, le papa de Rik, qui s’occupait de lui. A l’époque, il sortait déjà du lot, il avait terminé 2ème du championnat de Belgique en U15. Quand ça montait, il était déjà le meilleur, on voyait qu’il avait de bonnes dispositions en montagne. »

« Cian est un coureur de grands Tours qui peut aussi être performant je pense sur des classiques comme Liège-Bastogne-Liège. C’est un garçon qui apprend très vite. Quand il est arrivé, il ne parlait pas trop français. Il allait toujours à l’école, ses parents tenaient absolument à ce qu’il poursuive ses études. Ce sont des personnes intelligentes, il est parfaitement entouré. »

« Ils ne sont pas du tout issus du milieu, ils sont dans la banque et les assurances et ils n’avaient pas envie qu’il laisse l’école de côté, il prenait encore la saison dernière des cours par correspondance car ce n’était plus possible pour lui de tout faire, sa carrière cycliste a pris une trop grande ampleur. C’est un garçon intelligent qui parle aujourd’hui trois ou quatre langues. Il a hérité du surnom de Banane car il en mangeait tout le temps, il en avait toujours dans ses poches (rires). Ce qui m’épate le plus chez lui, c’est son amour du cyclisme. »

« Quel que soit le temps, il est toujours content d’aller rouler. Tout le monde le compare à Remco. Cian me fait plus penser à Vingegaard. Ils n’ont pas le même profil avec Remco. Cian est plus fort en montagne, mais plus faible que Remco en contre-la-montre. Il a rejoint l’équipe la plus forte du monde, je pense qu’il a fait un bon choix. Ça ne va pas stopper sa progression. Il peut gérer la pression, il aura des opportunités de se montrer malgré le nombre élevé de grands coureurs dans l’équipe. Uijtdebroeks est très professionnel, fait attention au moindre détail. Il sera capable un jour de se battre pour la victoire finale dans un grand Tour. »

Son entraîneur chez Sprint 2000 Charleroi

Cyril Saugrin : « Cian n’a pas de jour sans »

« Il grimpe bien et il roule correctement. C’est pas mal comme profil, ça ouvre des perspectives sympas (rires). Depuis sa performance au Tour des Alpes juniors en 2021, je pense qu’il peut être le coureur de grands Tours de demain. On l’a reçu deux, trois fois sur des directs et c’est un garçon qui a la tête sur les épaules, qui est intelligent, agréable à écouter. »

« Psychologiquement et athlétiquement, il a le profil du coureur qui fera une belle carrière. Après, il peut se passer tellement de choses dans une carrière que l’on ne peut être sûr de rien, mais les bases sont là. Il faudra voir s’il a été perturbé par les histoires qui ont mené à son départ de chez BORA, il était là depuis un moment. Il a dû se concentrer sur son entraînement, son arrivée chez Visma. L’équipe va le faire progresser. »

« C’est une équipe qui a l’expérience dans la préparation de ses coureurs aux grands Tours. Depuis la défaite de Roglic face à Pogacar sur le Tour, ils ont enchaîné les grosses performances sur les trois grands Tours. Cian va apprendre dans la stratégie de course, il aura des opportunités, il ne restera pas équipier longtemps. Il a déjà fait Top 10 d’un grand Tour (8ème de la Vuelta 2023). »

« Uijtdebroeks aura carte blanche pour durcir la course pour ses leaders. Il est très fort et régulier dans la répétition des efforts en montagne. Remco est très fort aussi, mais Cian n’a pas de jour sans, s’il se sent moins bien il arrivera à gérer cette baisse de régime. Il sait se placer, il aime les courses difficiles. Je trouve qu’il a un peu le profil d’un Pogacar. Avec sa science du placement, il peut briller sur un Tour des Flandres. Il doit s’améliorer sur les chronos bien roulants, mais son avenir s’annonce beau. »

Ex-coureur professionnel, consultant RTBF.

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