mercredi 29 mai 2024

Rétro : José Arribas, inventeur du « jeu à la Nantaise »

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C’est d’un immigré espagnol, qui accosta dans le port de Nantes à 14 ans, pour fuir la guerre d’Espagne qu’est né le concept du jeu à la Nantaise. En 1960, quand il prit en mains le FC Nantes, en D2, José Arribas ne se doutait pas qu’il allait révolutionner le club, et au delà, le football français.

Au moment où il quitta Nantes, en 1976, pour un improbable crochet vers Marseille, et avant de terminer sa carrière à Lille, ses soutiens, parmi les dirigeants ou les supporteurs étaient rares.

Le temps n’avait pas encore fait son oeuvre pour placer José Arribas là où il le méritait, tout en haut de la pyramide de ceux qui ont fait l’histoire des Canaris. Car il faut se souvenir de ce qu’était le FCN à son arrivée en 1960, un club de D2 comme les autres qui se cherchait une identité et qui, faute de moyens financiers suffisants, se tourna vers un entraîneur amateur qui avait fait parler de lui du côté de Noyen sur Sarthe par ses expérimentations tactiques, ses réflexions sur le jeu.

De la théorie à la pratique, la greffe fut assez longue à prendre et Arribas faillit à plusieurs reprises être démis de ses fonctions. Mais avec le soutien des joueurs qui sentaient qu’ils avaient là un entraîneur pas tout à fait comme les autres, en avance sur son temps, et surtout en parvenant à monter en D1 en 1963, l’entraîneur aux idées révolutionnaires qui s’inspiraient directement du Brésil champion du monde en 1958 allait poser les jalons d’un style nouveau, d’une approche résolument moderne, ambitieuse et séduisante, celle d’un football qu’on appellerait bientôt : le jeu à la nantaise.

En s’appuyant, déjà, sur des joueurs du cru, renforcés par quelques recrues plus expérimentées, Arribas ne mettra qu’une saison pour apprivoiser l’élite et aller chercher les deux premiers titres de champion de France du club, en 1965 et 1966, un troisième suivra en 1973, pour enfoncer encore davantage sa marque et s’assurer que la méthode pouvait s’appliquer à d’autres générations.

Brésil 58, une source d’inspiration

Avant de perpétuer l’héritage comme di- recteur sportif, Robert Budzynski, arrivé de Lens, faisait partie des cadres de cette époque, coéquipier d’un certain Jean- Claude Suaudeau : « José et Coco, c’était comme le père et le fils, le premier a mis en place les prémices du football nantais et le second y a ajouté sa touche personnelle et a porté l’équipe et le club à un niveau encore supérieur, avec un style de jeu qui est copié par beaucoup d’équipes, ce qui nous a aussi permis de rivaliser avec des clubs aux moyens plus importants, qui avaient des individualités nettement supérieures. »

C’est donc au coeur des années 60 qu’est aussi née la rivalité avec l’AS Saint-Etienne, au jeu qui allait devenir plus physique et engagé, pour deux footballs assez différents que les dirigeants du football français de l’é- poque avaient essayé de mêler après une Coupe du Monde 1966 décevante en Angleterre, offrant aux Bleus un inédit ticket Snella-Arribas qui ne passa toutefois pas l’année (4 matches pour 2 victoires et 2 défaites), renvoyant dos à dos ces deux philosophies qui allaient faire vivre et progresser le football français dans les années 70.

Défense en zone et l’art du hors-jeu…

Après les deux titres consécutifs, Nantes dut attendre l’émergence de la premiè- re promotion de son centre de formation, inauguré en 1972, pour aller chercher un troisième titre en 1973, le dernier d’Arribas, à l’orée de la carrière des Blanchet, De Michèle, Maas ou Pech, à l’aube de celle des Henri Michel, Rampillon, Bertrand-Demanes ou Osman. Suaudeau avait pris en mains la formation du club et se préparait à prendre la relève… en disciple du maître. Inspiré du Brésil de Pelé, Arribas faisait jouer ses équipes en 4-2-4, avec une défense en zone qui jouait le hors-jeu et essayait de repousser l’équipe adverse le plus loin possible de ses buts. Aux antipodes du fameux WM.

Outre le Brésil, ses sources d’inspiration venaient d’Angleterre où, à Liverpool, un certain Bill Shankly imposait sa légende. En France, Snella faisait aussi partie de ses amis. Ils partageaient la même volonté de jouer, le même souci de l’esthétisme, au détriment parfois du combat et de la force mentale, indispensables dans les matches de Coupe de France… que Nantes mit tant de temps à gagner (en 1979).

Vitesse, technique, mouvements… Les principes du « jeu à la Nantaise »

« Mon père, c’était le plaisir de jouer collectivement, le jeu qui prime sur les résultats” déclarait à l’un de nos confrères son fils, Claude, qui fut aussi un de ses joueurs à Nantes, avant de faire carrière au PSG, à Bordeaux, Rennes, Cannes et Angers. Ce qui ne serait plus possible aujourd’hui.»

Mais ce que les Suaudeau et Denoueix ont formulé autrement en con- sidérant que le résultat ne pouvait être qu’une conséquence, en aucun cas une fin en soi. Vitesse, technique, mouvement et jeu collectif étaient déjà les grands axes de son travail, pour des séances d’entraîne- ment qui ne se délestaient du ballon qu’une fois par semaine.

En 1966, José Arribas qualifiait de la sorte l’essence de son approche : « Au delà de la valeur individuelle de mes joueurs, ce qui est bien plus important, c’est la prise de conscience de leur valeur collective. Donc plus que d’un système je préfère parler d’une conception de jeu, d’un état d’esprit où chacun essaie de se fondre dans l’ensemble et fait confiance au partenaire. » Les bases ainsi posées, l’essentiel ayant été formulé, la légende pouvait s’écrire.

Tom Boissy

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