mercredi 5 octobre 2022

Rétro : Mattias Sindelar, l’international autrichien qui a défié les nazis

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Né à Kozlov, en République Tchèque le 10 février 1903, Mattias Sindelar est un footballeur Austro-Hongrois, Autrichien par la suite, évoluant au poste d’attaquant durant la période d’entre deux guerres. Peu connu du grand public, il est à son époque, l’un des meilleurs footballeurs du monde.

Si le ballon d’or ou la Ligue des champions avaient existé à son époque, il les aurait sûrement remportés, et pas qu’une fois. D’un milieu défavorisé, Mattias Sindelar apprend le football dans son quartier. Avec ses amis, il passe son temps à jouer au ballon dans la rue, pieds nus. Il ne le sait pas encore, mais le jeune homme à de l’or dans les pieds.

Un génie du football

La carrière de l’Autrichien débute alors qu’il n’a que quinze ans. Repéré en 1918 par le Herta Vienne, il intègre rapidement l’équipe jeune ou il peut montrer l’étendue de son talent. Deux ans plus tard, il rejoint l’équipe première alors qu’il n’est pas encore majeur. Surnommé « Der Papierene » l’homme de papier en raison de sa corpulence (1m75 pour 60 kg) sa technique et ses dribbles endiablés lui permettent de déposer ses adversaires les uns après les autres sans aucune difficulté. La légende du football brésilien, Pelé en personne, n’en dit que du bien : « Il y avait du Garrincha avant l’heure dans son dribble ».

Mais alors qu’il est en pleine évolution et que son club compte de plus en plus sur lui, une terrible blessure au genou vient compromettre la suite de sa carrière. En 1923, il est écarté des terrains pour une durée non déterminée. Parallèlement à sa blessure, le club traverse une grosse crise financière et se voit obliger de licencier un grand nombre de ses joueurs dont Mattias. Le football étant sa seule source de revenus, il retourne travailler en tant que serrurier ou vendeur d’articles de sport pour subvenir à ses besoins.

Blessé, viré, il doit travailler pour vivre, mais revient plus fort

De retour dans le club prestigieux du FK Austria Vienne en 1924 après une opération du ménisque, l’Autrichien peut enfin rejouer au football. La blessure aurait pu le briser, lui mettre le doute, mais non. Elle n’a fait que le renforcer. 

Joueur le plus décisif de son équipe, il mène les siens à la victoire lors de la Coupe d’Autriche la même année. Les deux années suivantes, rebelote. Il étouffe ses adversaires, ses dribbles sont d’une efficacité jamais vue auparavant, aucun défenseur ne peut lui enlever le ballon des pieds. De plus, son réalisme face au but ne fait qu’accroître sa supériorité. En 700 matchs avec le club, il inscrit pas moins de 600 buts. Il est, à ce moment l’un des meilleurs joueurs du monde des années 30.

Entre 1931 et 1934, il met l’Autriche au sommet

Ses premiers pas avec la sélection autrichienne se font en 1926 contre la Tchécoslovaquie. Il n’aura suffi que d’un seul match au petit prodige pour ouvrir son compteur. Les sélections suivantes sont tout aussi prolifiques. Un but, deux buts, trois buts, il continue sur sa lancée et participe à plusieurs succès historiques (6 – 0 contre l’Allemagne ou 8 – 2 contre la Hongrie). La Wunderteam, (équipe d’Autriche) emmenée par Mattias Sindelar, est alors considérée comme l’une des meilleures au monde. Ne perdant qu’un seul match (sur 31) entre 1931 et 1934, elle se rend en Italie pour la Coupe du Monde de 1934 en tant que grandissime favorite. 

Épuisés par la guerre civile de leur pays, les joueurs d’Hugo Meisl réussissent tout de même à se hisser jusqu’en demi finale (éliminé par l’Italie) où ils sont victimes d’un arbitrage plus que litigieux. 

Dans un contexte où Benito Mussolini, fondateur du fascisme règne sur le pays, la sélection italienne doit absolument remporter le trophée pour montrer sa supériorité. Celui que l’on surnomme « le Mozart du football » devient alors l’homme à abattre. Dès la cinquième minute de jeu, l’attaquant est victime d’un tacle assassin. 

Tout au long du match, les fautes afflueront sans que jamais aucune d’elles ne soit sifflée. L’équipe d’Autriche s’inclinera finalement 1 – 0. Eprouvés physiquement par cette rencontre, ils perdront également le match de la troisième place face à l’Allemagne.

Sindelar refuse de jouer pour les Nazis

L’annexion de l’Autriche par l’Allemagne en 1938 signe le coup d’arrêt de la carrière de l’Autrichien. Désormais sous contrôle du régime antisémite, les joueurs, entraîneurs ou encore les dirigeants sont destitués de leur fonction. Sous les ordres du Führer, les meilleurs joueurs du pays sont recrutés pour jouer au sein de l’équipe d’Allemagne. Symbole de la révolution, Mattias Sindelar n’y échappe pas. Mais refusant catégoriquement de jouer pour les Nazis, l’attaquant prétexte de nombreuses blessures et n’assiste à aucun entraînement, aucun match.

Pour affirmer sa supériorité et apaiser les tensions avec l’Autriche le 3 avril 1938 est organisé un match amical confrontant l’équipe d’Allemagne à celle de l’Autriche, match durant lequel Mattias Sindelar participera en tant que capitaine des blancs et rouges. Ce dernier étant une œuvre de propagande, des consignes claires ont été donnés aux Autrichiens : les deux équipes doivent terminer sur un match nul. Pendants près de 78 minutes, les joueurs de la Wunderteam et Mattias Sindelar acquiescent. Des actions sont crées, la possibilité de marquer est présente, mais aucun tir ne rentre dans les cages adverses. 

Surveillé par la Gestapo, il est retrouvé mort…

Mais cette situation ne plaît plus au Mozart du football à l’esprit révolutionnaire. Durant les dix dernières minutes, il inscrit deux buts avant de célébrer à base de petits pas de danse devant les tribunes des dirigeants Nazis. Une action mal perçue par ses derniers qui aura de lourdes conséquences. Surveillé par la Gestapo pendant plusieurs mois après les faits, l’attaquant sera retrouvé mort dans l’appartement de sa compagne, intoxiqué au monoxyde de carbone. Ce dernier match avec l’Autriche aura été le dernier d’une fantastique carrière.

Mattys Bernard

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