jeudi 18 juillet 2024

Rétro : quand la Jonelière concurrençait la Masia…

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Frédéric Denat
Frédéric Denat
Journaliste

Seuls l’Ajax Amsterdam dans les années 70 et le Barça dans les années 2000 ont réussi à valoriser autant le travail de leur centre de formation. Référence des références dans la formation des jeunes, le FC Nantes s’est d’abord construit à la Jonelière.

Tout a commencé en 1972 lorsque José Arribas eut l’idée de créer ce qui allait devenir le premier centre de formation français, et qui n’était à l’époque qu’un internat dédié aux jeunes du FC Nantes.

Il fallut attendre la création de la charte du football professionnel, en 1973, qui imposait l’existence d’un centre de formation à tout club professionnel pour que sorte de terre la Jonelière, inaugurée en septembre 1978.

Mais, à l’initiative de l’inspirateur du jeu à la nantaise, le Franco-espagnol Arribas, les Canaris n’avaient pas attendu l’obligation réglementaire pour commencer à travailler et à former des joueurs qui, eux-mêmes allaient en former d’autres, et ainsi de suite d’une chaîne qui allait se régénérer sans cesse pendant quarante ans pour offrir au football français quelques uns de ses meilleurs éléments.

Dans le sillage d’Arribas, Suaudeau, puis Denoueix, joueurs puis éducateurs, enfin entraîneurs, sont parvenus à alimenter l’effectif professionnel dans des proportions qu’aucun autre club français, et même européen, n’a réussi à faire sur une période aussi longue. Chaque décennie a eu ses promotions exceptionnelles, générations dans lesquelles les sélectionneurs nationaux successifs allaient piocher allégrement.

Depuis les années 60, de grands joueurs sont passés par Nantes

Michel, Simon, Gondet ou Budzynski allaient représenter les années 60, Bossis, Rio, Amisse et BertrandDemanes les années 70, Deschamps, Desailly, Ayache ou Touré les années 80, Karembeu, Pedros, Loko ou Ouédec les années 90, Landreau, Toulalan ou Payet les années 2000…

Une source intarrissable qui reposait sur les mêmes principes de formation, le même slogan « celui qui renonce à devenir meilleur, cesse déjà d’être bon ! » qui a accompagné les jeunes Canaris avant qu’ils tombent du nid.

Et dans chaque promo, un leader naturel a toujours émergé pour mieux tirer les autres vers le haut. Henri Michel et Didier Deschamps ont été les capitaines de route les plus marquants, jusqu’à prendre les rênes de l’équipe de France, un destin que ne renierait pas un autre pensionnaire de la Jonelière, dépositaire du jeu nantais puis de celui des Bleus jusqu’en finale de la Coupe du Monde 2006, Claude Makelele.

Depuis la Belgique où il a relevé un nouveau challenge avec le club du KAS Eupen, cet autre milieu de terrain défensif, se rappelle souvent au bon souvenir de ses éducateurs nantais pour transmettre ses messages.

« Voir autant de joueurs passés au centre de formation devenir entraîneurs prouve qu’on leur a donné envie de transmettre, se félicite Denoueix. Landreau est le dernier exemple chez les pros, mais je n’oublie pas aussi tous ceux qui exercent avec les jeunes ou en amateurs et qui transmettent aussi les mêmes valeurs.»

Chez les pros, avec plus ou moins de réussite, Baronchelli, Amisse, Michel, Deschamps, Der Zakarian, Landreau, N’Doram, Kombouaré, Makelele donc mais aussi Pedros qui a depuis cette saison les féminines de l’OL s’y sont mis, comme portés par cet irrépressible besoin de transmettre qu’on leur avait transmis.

« Celui qui renonce à devenir le meilleur cesse déjà d’être bon »

« Et je pense que le prochain pourrait être Eric Carrière, poursuit Denoueix. Il est arrivé tard chez nous, mais sa capacité à s’adapter à ce que nous souhaitions, à réfléchir sur le jeu, autant que ses commentaires de consultant, où il va toujours à l’essentiel, me poussent à croire qu’il en aurait la capacité. »

L’intéressé a décliné toute offre pour le moment, mais il reste marqué à vie par son année passée dans l’antichambre des pros, au coeur du réacteur nantais, à la Jonelière. Ses débuts n’ont pas été simples.

« Il avait pris de mauvaises habitudes et lorsqu’il est arrivé il était rapide, mais pour lui même, pas pour le tempo de l’équipe, précise Suaudeau. On a insisté et, lui comme d’autres, a réussi à digérer ce qu’on lui avait donné. Parce qu’il pensait vite et jouait juste. »

Penser vite, pour jouer juste, préalable indispensable à toute expression collective. Depuis Arribas, c’est ce sillon qu’ont creusé tous les éducateurs nantais, avec passion et conviction.

Barcelone, Nantes, même philosophie de jeu

« Avec trente ans d’avance sur le Barça, lance, un peu provocateur, Jean Claude Suaudeau. Mais si vous prenez le jeu tel qu’il est développé là-bas depuis une dizaine d’années, ce sont les mêmes idées que celles que nous avions à Nantes dans les années 60 et 70, avec Zaetta*, dans la foulée d’Arribas. »

A la différence qu’à Barcelone, le concept est poussé à son paroxysme grâce à des moyens financiers bien supérieurs qui lui permettent de conserver ses meilleurs joueurs.

« Ils ont réussi à trouver et à garder une demi-douzaine de joueurs supérieurement intelligents qui entraînent tous les autres derrière eux. A Nantes, on n’avait que deux ou trois joueurs de ce profil et on en perdait un par an. »

Plus ils en perdaient, plus ils en formaient. Depuis le départ de Denoueix en 2001, ils en perdent moins. Et ce n’est évidemment pas bon signe…

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