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Il y a un peu moins de 29 ans, j’ai eu un grave accident de moto et, dans l’urgence, on a dû m’enlever la rate. Rien de bien méchant en fait, sauf que ça vous laisse une cicatrice d’une douzaine de centimètres de long, au milieu du ventre. Je me souviens que Rolland Courbis, alors entraîneur des Girondins de Bordeaux, m’avait appelé à l’hôpital. « Alors, tu veux faire un concours de cicatrices ? », m’avait lâché Rolland, avec son accent si particulier. Moins d’un an plus tôt, il avait pris deux balles dans l’abdomen, lors de l’exécution du président du club de Calvi, son ami. « Ce n’était pas mon soir pour mourrir » expliquait le natif de Marseille.
Rolland Courbis est devenu mon parrain
Cette relation avec Rolland Courbis, qu’il serait prétentieux de qualifier d’amitié, était née quatre ans plus tôt, quand Olivier Rey, avait créé But! Bordeaux, un mensuel dédié aux Girondins de Bordeaux. Tous les mois, je passais trois ou quatre jours à Bordeaux pour finaliser les articles, faire des interviews… La première fois, j’étais dans le bureau de Rolland quand Olivier Rey l’a appelé pour lui demander de bien s’occuper de moi, de faciliter mon travail. J’étais au tout début de ma carrière et celui qui, en 1999 emmènera l’OM en finale de la Coupe de l’UEFA, jouera le jeu. D’abord par amitié pour Rey, puis par affection pour moi.
Quand Rey a raccroché, nous avons discuté et, de cet entretien, est né une certaine complicité. Il était devenu mon parrain. S’en sont suivi de longues interviews, des envolées « à la Courbis », s’en prenant notamment au président Le Graët, quand Toulouse n’avait pu profiter de l’interdiction de monter de l’OM (les deux clubs étaient alors en Ligue 2) pour une question de règlement de la Ligue. Des appels au milieu de la nuit pendant la période des transferts pour avoir des confirmations, alors qu’il était en train de jouer au poker.
Rolland était ce qu’on appelle dans le métier « un bon client », toujours disponible, toujours prêt à sortir une punchline dont il avait le secret. A condition d’être réglo avec lui. Au fil du temps, ma carrière a évolué, on a été de moins en moins souvent en contact et nous nous sommes éloignés. Comme il a fini par s’éloigner des bancs de touche pour se consacrer à ses activités dans les médias (il collaborait depuis près de 20 ans avec RMC).
Sa gouaille, son sourire, ses compétences…
La dernière fois que nous nous sommes parlés, c’était en mars 2024, pour faire une longue interview (LIRE ICI). Quelque chose qu’il faisait de moins en moins, mais qu’il avait accepté parce que c’était moi. Il ne m’avait pas oublié. Luis Enrique, Kylian Mbappé, Jean-Louis Gasset, l’OM… Tout y est passé. Sans langue de bois.
À lireL’OM, docteur Jekyll et Mister HydeAujourd’hui, c’est sans larmes de bois que j’accueille l’annonce de son décès. C’est une figure très forte de notre football qui s’en est allée retrouver Jean-Louis Gasset, disparu il y a quelques jours. Un homme vrai. Pas sans défauts, mais vrai. Si son prénom s’écrivait Rolland, avec « deux L », c’était « pour voler plus haut », lui avaient expliqué ses parents. Sa gouaille, son sourire, ses compétences, n’ont pas fini de planer au dessus de nous.
